Sempiternelles Elections

Ce que nous avons appris des élections précédentes : rien n’est joué avant le dépouillement de tous les bulletins de vote.

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October 16, 2012 18:09
Sempiternelles élections

Sempiternelles 1710 521. (photo credit: Marc Israel Sellem)


‘En politique israélienne, il y a la Gauche, la Droite et le Suicide,” avait raillé le héros de guerre Avigdor Kahalani, dont le parti La Troisième Voie avait fait son entrée à la Knesset en 1996. Il avait prononcé cette boutade quelques années plus tard, lorsqu’il était devenu évident que lui et ses compagnons allaient bientôt se retrouver de l’autre côté de la splendide grille en fer forgé, signée du célèbre sculpteur israélien David Palombo, qui orne l’entrée du parlement israélien.
La nuit des élections de 1996, alors que ses partisans l’arrosaient de champagne du Golan, il s’était enthousiasmé : “Mes amis, la Troisième Voie vit ; un groupe de gens décents, dotés de principes et qui n’ont blasphémé personne l’ont tracée. Nous avons montré qu’il existe un autre moyen...”
Mais comme on a pu le voir, Kahalani a très vite compris qu’être gentil et plein de bonnes intentions ne suffisait pas pour se faire élire et encore moins pour rester au pouvoir. Car en Israël, les partis centristes sont condamnés à mourir, un peu comme ces bulles qui donnent au champagne tout son éclat, mais perdent rapidement leur saveur une fois la bouteille ouverte.
Attention, cela ne signifie pas que les principes et la décence sont exclus, entendons nous, mais reconnaissons-le, la naïveté (politique ou autre) ne fait pas partie des qualités requises pour diriger un parti gagnant.
Ironie du sort, soit dit en passant, le parti de Kahalani - pour ceux qui s’en souviennent - est resté dans les mémoires pour avoir défendu corps et âmes la souveraineté israélienne sur le plateau du Golan, le terreau même de ces bulles pétillantes.
Le parti s’était voulu une solution alternative lorsque Itzhak Rabin avait traité les résidents du Golan comme des pions amovibles et promis un retrait en échange de la paix avec la Syrie.
Je me souviens de Kahalani en tournée dans les communautés juives de la bande de Gaza pour solliciter leur soutien. Une semaine comme la semaine dernière, où quelque 50 missiles ont été lancés sur le sud du pays à partir de la bande côtière à présent contrôlée par le Hamas, et où la Syrie de Bachar al-Assad continue de massacrer ses propres citoyens à un jet de pierres des communautés israéliennes du Nord, difficile de dire si ces souvenirs nous sont doux ou amers.
Les élections de 1996 ont été parmi les plus spectaculaires, même selon les critères israéliens.
Les circonstances étaient tragiques - les accords d’Oslo avaient fait exploser des bombes humaines un peu partout autour de nous et Rabin avait été brutalement assassiné.
Comme la plupart des citoyens israéliens, je m’étais couchée tard dans la nuit, convaincue que Shimon Peres l’avait emporté (comme les sondages l’avaient prédit) et me suis réveillée sur la victoire improbable et inattendue de Binyamin Netanyahou.

“Ce n’est pas fini, tant que ce n’est pas fini”

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C’était la première fois que j’avais entièrement saisi le sens de l’adage : ““Ce n’est pas fini, tant que ce n’est pas fini.” Une phrase que l’ancienne dirigeante Kadima, Tzipi Livni, aurait dû garder à l’esprit lors des dernières élections générales, il y a quatre ans. Alors qu’elle chantait ses propres louanges dans un discours de victoire, je n’étais pas la seule à constater que la belle dame avait remporté une bataille, mais n’avait pas gagné la guerre.
Lors des élections à venir également, beaucoup d’inconnues peuvent affecter le résultat final - de la météo du jour du scrutin à la situation sécuritaire du moment. Il y a aussi la question cruciale (du point de vue de Netanyahou) de ce que son ministre de la Défense Ehoud Barak décidera de faire de son minuscule parti Hatsmaout et de savoir si les anciens politiques Livni, Ehoud Olmert et Arieh Deri rejoindront la course : Livni malgré l’offense du parti Kadima qui l’a évincée de sa direction ; Olmert en dépit de sa récente condamnation pour abus de confiance et de ses poursuites juridiques dans l’affaire Holyland, et Deri, qui peut légalement revenir à la politique, même s’il est membre du club pas-du-tout-exclusif des anciens parlementaires et ministres qui ont siégé aux plus hauts postes du pays, mais aussi en prison.
J’ai perdu le compte du nombre d’élections où le débat portait sur ce qui se passerait si les nombreuses poursuites à l’encontre du leader d’Israël Beiteinou Avigdor Liberman débouchaient sur une accusation.
(Allez, puisque je suis plutôt d’humeur verre à moitié plein, je reconnais ma chance de vivre dans un pays qui traque la corruption politique.) Egalement au chapitre des “on ne sait jamais” : Shimon Peres qui officie aujourd’hui comme président et à qui il incombe de déterminer qui formera le prochain gouvernement. Ce même Peres qui en tant que politicien a acquis une belle réputation d’éternel looser. Cela me fait penser à l’un de mes souvenirs d’élections les plus excentriques : j’aperçois un jeune homme qui essaye de retirer un autocollant pro-Peres sur une voiture en stationnement.
M’armant d’un peu de courage, je lui fais poliment remarquer : “Vous ne pouvez pas faire cela.” “Pourquoi pas ?”, fut sa réponse du tac-au-tac. “Parce que ce n’est pas bien, quelles que soient vos convictions politiques”, répliquai-je. Sa réponse : “Mais c’est ma voiture !” avait mis un point final à la discussion. Je regrette encore d’avoir été trop abasourdie pour lui demander pourquoi il avait décidé de retirer l’autocollant.

Cela pourrait être pire

Toutes les élections sont uniques ; toutes les élections se ressemblent. Cette fois ce sont probablement les plates-formes socio-économiques qui feront la différence.
Sous Shelly Yacimovich, le parti travailliste est déterminé à promouvoir les questions soulevées par les manifestations sociales de l’été 2011. Netanyahou a proclamé qu’il convoquait des élections (un peu) anticipées afin de faire passer un “budget responsable avec une vision à long terme” et parce que “l’Etat d’Israël préférera une campagne électorale de trois mois à une longue campagne électorale sur une année entière qui porterait gravement atteinte à l’économie israélienne”.
Les débats sont ouverts. Ce qui est sûr, c’est que les promesses vont pleuvoir, que ce soit sur le budget national providentiel débloqué avant les élections ou le délicat processus d’élaboration d’une coalition qui suivra inévitablement.
C’est ce que Livni n’a pas compris la dernière fois : dans le système israélien, il ne suffit pas d’être à la tête du parti qui obtient le plus grand nombre de votes, il faut diriger la faction qui a les meilleures chances de créer une coalition stable.
Netanyahou - qui a gagné son surnom de “magicien” pour ses talents de jongleur politique - le sait très bien. C’est pourquoi il ne s’est pas contenté de s’évertuer à créer une coalition aussi large que possible, il garde un oeil sur l’Iran et la sécurité, et l’autre sur ses potentiels rivaux au poste de Premier ministre. Avec en arrière-plan, non seulement la pluie de missiles intermittente, mais aussi les conséquences probables des mesures économiques qu’il décrit comme essentielles pour éviter “la situation des économies d’Europe en ruine.”
Ce qui est sûr, c’est que les réseaux sociaux joueront un rôle crucial. Et je suis prête à parier qu’une fois les élections terminées, les politiciens s’occuperont, eh bien, de politique, le citoyen lambda continuera de se plaindre, et on reparlera en veux-tu en voilà de changer le système électoral. L’astucieux comprendra que les élections ne seront clôturées qu’avec le compte de tous les bulletins de vote.
Comme dans tous les pays démocratiques.
Chers concitoyens, dites-vous seulement que la situation pourrait être bien pire !

L’auteure est rédactrice en chef de l’édition internationale du Jerusalem Post.
liat@jpost.com


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