Tombe la neige... sur les épaules de qui ?

Après la tempête, l’inévitable jeu des accusations et recherche de boucs émissaires a commencé. D’aucuns évoquent la « belle solidarité » dont ont fait preuve les Israéliens entre eux. Mais d’autres, députés et citoyens, tentent de réfléchir aux échecs du week-end dernier.

By GIL STERN STERN HOFFMAN
December 24, 2013 18:50
Benyamin Netanyahou et le Maire de Jérusalem Nir Barkat

P6 JFR 370. (photo credit: Haim Sach)

 
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Lorsque l’incendie a éclaté dans le Carmel, il y a trois ans, le Premier ministre Binyamin Netanyahou s’est vanté d’avoir trouvé grâce à Google un avion pour aider à éteindre le feu.


Les habitants de Jérusalem mécontents se sont plaint, la semaine dernière, que Netanyahou et leur maire, l’ancien investisseur de capital-risque dans la haute technologie Nir Barkat, auraient dû chercher « chasse-neige » sur Google.


Heureusement que Barkat a été réélu pour un mandat de cinq ans il y a deux mois. Les prochaines élections sont loin, ce qui donne aux hiérosolomytains suffisamment de temps pour pardonner et oublier. Et à Barkat tout le loisir d’étudier ce qui doit être mis en place pour préparer la capitale à affronter la prochaine tempête.


Interrogé cette semaine afin de savoir qui est à blâmer pour le chaos qui a accompagné la tempête de neige et paralysé la ville, Barkat a déclaré qu’il était encore trop tôt pour se prononcer. Et d’expliquer aux journalistes qu’Israël a une certaine propension à rédiger des rapports. Et que, pour sa part, il préfère concentrer tous ses efforts sur le retour à la normale de la ville.


A noter que le leader de Shas, Aryé Déri – qui a tenté de renverser Barkat il y a deux mois aux municipales – a affirmé la même chose quand il a appelé à la formation d’une commission d’enquête gouvernementale. Selon lui, le rôle de cette future commission ne devra pas consister à désigner des fonctionnaires responsables, car ce qui importe n’est pas « de faire rouler des têtes », mais bien de tirer les leçons qui s’imposent et mettre en œuvre les mesures nécessaires avant la prochaine catastrophe naturelle. En vain. Le jeu des accusations, qui a démarré avec la première voiture coincée sur l’autoroute Jérusalem-Tel-Aviv, peut désormais commencer pour de bon.


Le contrôleur de l’Etat, Joseph Shapira, s’est engagé à rédiger un rapport, les députés réclament une enquête parlementaire, et Barkat promet de tirer les leçons de son propre chef.


Sel, pelles et chasse-neige


Parmi les questions susceptibles d’être posées, on trouve en vrac : ne pouvait-on pas prévoir l’énorme quantité de neige qui est tombée ? Pourquoi n’a-t-on pas découragé les non-résidents de Jérusalem de venir ? Pourquoi les sorties de la ville ont-elles été bouchées si vite ? Pourquoi a-t-il fallu si longtemps pour dégager les voitures abandonnées sur les autoroutes ? Et pourquoi leur réouverture a-t-elle mis tant de temps ?


Avant la tempête de neige, Barkat avait été interrogé sur les camions pelleteuses, qui apparemment n’étaient pas destinés au déneigement. Les routes n’ont pas été salées avant la tempête, comme c’est le cas dans les villes à l’étranger. Est-ce parce que nos routes sont conçues différemment, ou parce qu’une telle mesure a été jugée inutile ? La ville possède-t-elle des souffleuses à neige ? Et que dire des bonnes vielles pelles d’antan ? L’équipe des agents de stationnement municipaux de Jérusalem, en chômage technique pendant la tempête, ne pouvait-elle pas être embauchée pour aller déblayer les rues ? Au niveau national, le ministre de la Sécurité publique, Itzhak Aharonovitch, et le ministre de la Défense passive, Guilad Erdan, ont admis dans une interview que leurs ministères n’étaient pas préparés pour une tempête de cette envergure.


Même si l’on peut comprendre, surtout dans le cas du petit ministère pauvrement équipé d’Erdan, qu’Israël possède de nombreux plans pour les situations d’urgence et autres catastrophes en tout genre.


Ironie du sort, hôpitaux, armées et forces de police du monde entier viennent régulièrement en Israël pour apprendre à gérer lesdites situations d’urgence et les incidents causant des pertes massives. Ces pays devront-ils nous renvoyer l’ascenseur et nous apprendre comment gérer une quantité de neige inattendue ?


Les premiers à payer le prix de cette tempête traitée à la va-vite sont les ingénieurs de la Compagnie israélienne d’électricité, qui sont allés assister à une conférence à Eilat au lieu d’aider à rétablir l’alimentation électrique de Jérusalem et sa banlieue. Les ouvriers subalternes de la compagnie n’ont pas fait grande impression non plus sur les habitants de la capitale, qu’ils ont tenté en vain d’aider.


Se faufiler entre les flocons


Sur le plan politique, la tempête pourrait pousser Erdan et le ministre de la Défense Moshé Yaalon à enfin résoudre leurs divergences quant aux responsabilités de la Défense passive et sa viabilité. Proposer de fermer le ministère, comme l’avait fait Yossi Beilin lors de ses deux mandats à la Défense, constituerait un geste audacieux pour Erdan. Une initiative qui pourrait même le propulser au statut de nouveau chouchou national comme son prédécesseur au ministère de la Communication, Moshé Kahlon, qui s’est attiré les grâces des Israéliens en compressant leurs frais de téléphonie mobile.


Quant à Netanyahou, on lui a reproché de trop parler et de ne pas en faire assez.


Mais comme lors d’autres mini-crises, il a su résister à la tempête, qu’il n’a même pas pris la peine de mentionner dans le long discours qu’il a prononcé à la convention du Likoud mercredi 18 décembre au soir. Il y a de fortes chances que, pour lui, les « retombées de la neige » (une expression très tendance cette semaine sur Twitter) ne se fassent pas sentir. Mais Bibi a toujours su naviguer entre les « flocons ».


Naftali Bennett, lui, n’a pas passé la tempête sous silence et a même résumé les leçons positives qui peuvent en être tirées dans un discours à la Knesset. Il a mis en avant la belle solidarité dont il a été témoin parmi les citoyens du pays d’horizons très divers. Juifs et Arabes, ultra-orthodoxes et ultra-laïques, riches et pauvres, tous se sont retrouvés coincés dans les mêmes rues ensemble, a-t-il rappelé, et tous ont fini par s’entraider. Il suffit parfois d’une catastrophe naturelle pour unir une société des plus divisées.


Les habitants de Jérusalem savent bel et bien s’unir en temps de crise, tout comme ils savent se plaindre à l’unisson. Ils ont montré leur bon côté la semaine dernière dans des circonstances difficiles. Reste que Barkat a tout intérêt à tenir ses promesses sur les leçons à tirer des intempéries s’il veut figurer à une place honorable dans les annales de la ville. A commencer par acheter de vrais chasse-neige.



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