Un niveau normal de violence

Israël deviendrait-il extrémiste ? Ou adopte-t-il une attitude normale pour un pays en état de siège ?

By JUDITH SUDILOVSKY
July 31, 2014 13:35
Militants à Tel-Aviv

Militants à Tel-Aviv. (photo credit: TOMER NEUBERG/FLASH 90)


C’est sans doute cliché de le dire. Mais la tension en Israël était bel et bien palpable lorsque l’offensive terrestre a été lancée par l’armée pour éliminer la menace des tunnels construits par le Hamas tout au long de la frontière avec l’Etat juif.

A tel point qu’une simple demande d’interview sur le sujet de l’augmentation de la violence dans la société israélienne – réelle ou perçue – est accueillie par un refus poli, neutre ou carrément énervé. Un refus qui peut devenir verbalement agressif, accusant la gauche et les médias israéliens d’introspection maladive, et de contribuer à aider la presse étrangère – en mettant un accent injustifié sur des protestations de violence – à présenter Israël sous un jour négatif, au lieu de chercher à s’unir en ces temps de guerre.
Il évoque la violence dans les villes américaines, l’existence du Ku Klux Klan aux Etats-Unis ou des néonazis en Europe. Et pose alors la question : est-ce que cela reflète le racisme de tout un pays ? Est-ce que les journalistes américains passent leur temps à se tordre les mains, en déplorant le racisme et la violence de leur société ? Et donc, si trois délinquants commettent un crime terrible en tuant un adolescent palestinien, après l’assassinat de trois jeunes étudiants de yeshiva par des Palestiniens, et plusieurs manifestations houleuses, cela signifie-t-il que la société tout entière penche irréversiblement vers une violence dominant tout ?
Non, répondra-t-il.

Le pays est soumis à des circonstances anormales, et réagit de façon normale compte tenu de la situation. Et en général, insiste-t-il, Israël est l’une des sociétés les moins violentes au monde.
Le Pr Nissim Mizrahi, directeur du département de Sociologie et d’Anthropologie à l’université de Tel-Aviv, qui a accepté d’être interrogé, décrit l’atmosphère actuelle de façon plus modérée.
« Oui », note Mizrahi, « certains expriment plus de violence, se radicalisent vers l’extrême-droite et deviennent plus nationalistes. Mais c’est évident, si vous considérez la situation du pays. »

En Israël l’identité nationale éclipse tout

« Il y a un réel besoin d’unité… et de démonisation de l’autre. La tension diminuera, mais les signes d’un mouvement vers la droite n’ont rien à voir avec cela. Certaines franges de la population se décalent vers la droite, c’est une question démographique. Mais je préfère ne pas tomber dans la généralisation. Israël se comporte tout à fait naturellement pour un pays en état de siège. »

Mizrahi a publié en 2012 une étude coéditée avec Michèle Lamont, professeure de sociologie à Harvard, dans un numéro spécial d’Ethnic and Racial Studies (Etudes ethniques et raciales). Objectif : observer les réactions aux stigmates chez des personnes ordinaires issues de groupes minoritaires en Israël, aux Etats-Unis, au Brésil, au Canada, en France, en Suède et en Afrique du Sud. Parmi des découvertes intéressantes, il souligne qu’il est indispensable d’étudier minutieusement le contexte dans chaque pays pour saisir les nuances de comportement.

Pour Mizrahi, « si la notion de race est centrale pour comprendre les relations majorité/minorité aux Etats-Unis et dans d’autres pays, en Israël l’identité nationale éclipse les critères tels que la race ou l’ethnie. Par exemple, les citoyens arabes palestiniens souffrent plus d’ostracisme que les Juifs éthiopiens par exemple, qui présentent un phénotype évident. Le fait que les Juifs éthiopiens appartiennent et s’identifient à l’Etat juif les place dans une meilleure position que les citoyens arabes, qui eux sont identifiés avec l’ennemi, et souffrent d’une méfiance considérable. De plus, les frontières sociales sont extrêmement claires. Par exemple, les mariages entre Juifs et Arabes sont presque inconcevables, et le niveau de ségrégation résidentiel et institutionnel est très élevé. »

La réaction de la plupart des Israéliens, en ces temps de crise actuelle, ne le surprend pas. « Je ne suis pas étonné », avance Mizrahi, « ceux qui ressentent particulièrement la menace externe ont besoin de solidarité interne. Ils deviennent moins tolérants, plus nationalistes et expriment plus de préjugés. En général, les partis de droite se renforcent. »

Le foot, germe de violence ?

A propos de la supposée vengeance meurtrière sur la personne du jeune Palestinien Muhammad Abu Khdeir, Mizrahi ne dispose pas pour l’instant d’informations suffisantes pour tirer des conclusions ou replacer les événements dans un contexte plus général. Abu Khdeir a été tué le lendemain de l’enterrement des trois jeunes Naftali Fraenkel, Gil-Ad Shaer et Eyal Yifrah, probablement assassinés par des terroristes du Hamas. « On ne peut pas évaluer un courant à partir d’une seule donnée », explique-t-il.

Pourtant, lorsque Gadi Gvaryahou, à l’origine du Tag Meir, s’est rendu à Shouafat (à Jérusalem-est) dans la tente de deuil de la famille d’Abu Khdeir avec 350 autres Israéliens, il a déclaré qu’il était inévitable qu’un tel meurtre soit perpétré tôt ou tard. Tag Meir a été créé pour s’opposer aux actes de vandalisme de Tag Mehir contre les biens des Arabes, d’abord en Judée-Samarie, puis en Israël, en réponse à certaines actions du gouvernement, dont le démantèlement d’avant-postes illégaux. « Voilà deux ans déjà que nous déclarons qu’à force de brûler des mosquées et des églises, on finira par brûler aussi des êtres humains », déplore-t-il.

Trois suspects ont été désignés, deux jeunes de 16 ans, et Yossef Ben-David, 29 ans, du village d’Adam, tous trois marginaux de la communauté orthodoxe, selon la police. Deux sont par ailleurs accusés de tentative d’enlèvement la veille sur Moussa Zaloum, un jeune garçon palestinien de 8 ans. Et d’avoir tenté, à plusieurs reprises, de brûler des voitures dans la banlieue arabe de Tsour Baher, au sud de Jérusalem.

On suppose que les trois ont été influencés par les supporters du club de football Betar Jerusalem. La Familia est un groupe très raciste, impliqué dans des attaques sur des Arabes après les matchs, perpétrées dans des centres commerciaux, et qui est même allé jusqu’à mettre à feu les bureaux de l’équipe, pour protester contre le recrutement de deux joueurs musulmans.

Un meurtre est un meurtre

Pendant les sept jours de deuil qui ont suivi la mort de son fils Naftali, Rachel Fraenkel s’est exprimée avec force contre le meurtre d’Abu Khdeir : « Si ce jeune Arabe a été tué par nationalisme, c’est un acte horriblement choquant. Il n’y a pas de différence entre un sang et un autre. Un meurtre est un meurtre, il n’y a pas de justification et pas de pardon pour un meurtre. »

La violence s’est répandue lorsque les Palestiniens se sont révoltés à Jérusalem-est en protestation par rapport au meurtre d’Abu Khdeir, et que des manifestants ont détruit des stations de tramway dans deux banlieues palestiniennes. En même temps, des manifestants de gauche protestant contre l’opération israélienne à Gaza Bordure protectrice à Jérusalem et à Tel-Aviv, se sont trouvés violemment pris pour cibles par des anti-manifestants de droite. La violence verbale a aussi trouvé son expression sur le net, et des photos de jeunes israéliens réclamant « vengeance » abondaient sur les médias sociaux.

Entre les émeutes, les discours de vengeance et les feux de forêt qui ont ravagé la région de Jérusalem, on a eu l’impression que la ville entière était la proie des flammes. Cette augmentation apparente de violence en Israël a fait tirer la sonnette d’alarme par certains Israéliens. Tamar Zandberg, députée du parti Meretz, a initié une discussion d’urgence à la Knesset, suite aux réactions violentes contre la manifestation de gauche à Tel-Aviv. Elle a appelé le ministre – Israël Beiteinou – de la Sécurité intérieure Itzhak Aharonovitch à faire cesser ce qu’elle décrit comme de l’« incitation à la violence ».

La haine vient parfois de la rue

Malgré tout, Menahem Landau, ancien haut gradé de l’Agence de sécurité israélienne (Shin Bet), n’est pas trop dérouté par les récents débordements de la droite.

« Pour commencer, je souhaiterais que nous remettions les choses en perspective : le terrorisme juif est loin d’atteindre le niveau du terrorisme arabe », souligne Landau. « Jusqu’à présent, Tag Mehir n’a encore tué personne. Ils ont brûlé des pneus par-ci et gribouillé sur des murs par-là. Ceux qui ont tué le garçon palestinien appartiennent à un groupe différent, petit et sans idéologie hormis leur haine des Arabes. »

« En général », ajoute-t-il, « l’extrémisme de droite s’accompagne d’une idéologie religieuse très forte, qui peut venir de la maison, parfois de l’école ou de la yeshiva, mais pas forcément. »
Selon Landau, une bonne partie de la droite radicale est issue de familles séfarades hantées par leur vie au milieu d’Arabes, en Syrie ou en Irak, et des « pogroms » antijuifs.

La haine vient parfois de la rue, note-t-il, c’est la raison du meurtre d’Abu Khdeir, selon lui, d’après les informations obtenues sur les familles des suspects. Et d’ajouter que le problème du racisme parmi les supporters de football est mondial, pas seulement israélien. Mais l’Europe œuvre plus qu’Israël pour combattre ce fléau.

« C’est de la haine à l’état pur, on le constate lors des matchs du Beitar », explique-t-il. « Ils décident de haïr les Arabes parce que leurs copains le font. C’est complètement aberrant. Les assassins ont été attrapés et passeront des années en prison. »
Pourtant, précise le ministre, cela fait trois mois qu’aucun incident lié à Tag Mehir n’a été enregistré. En amont de la venue du pape François, en mai dernier, des officiels chrétiens n’avaient pas caché leur désapprobation au mouvement. La police avait alors fait preuve d’une sévérité toute particulière.

L’éducation est la clé


« Les services de sécurité doivent rester vigilants, car Tag Mehir peut se réveiller à tout moment », poursuit-il. « Nous avons une loi contre l’incitation à la violence, mais elle est malheureusement rarement appliquée. »

« Certes, il y a un problème avec la loi, mais que voudriez-vous, que nous les mettions en prison à vie pour avoir gribouillé des slogans sur des murs ? Même s’ils prennent des bombes pour écrire “Mort aux Arabes”, ce n’est pas considéré comme de l’incitation. C’est le prix que paie tout pays démocratique. S’ils se rendent coupables d’actes plus graves, ils iront en prison. Les services de sécurité feront leur travail, et s’ils relèvent la tête nous les ferons taire à nouveau. »

Au total, ajoute-t-il, ils ne sont que quelques centaines d’idéologues religieux, et quelques autres centaines d’extrémistes haineux, impliqués dans des actes de violence. « Tout compte fait, je suis fier de pouvoir dire qu’il n’y a presque pas de terrorisme juif. Et il ne constitue en aucune manière un danger pour la démocratie juive. »

Malgré les allégations contraires de la gauche, Landau est convaincu que le gouvernement agit de façon responsable contre la radicalisation religieuse, en allant jusqu’à fermer une yeshiva dont les rabbins sont accusés par le Shin Bet d’encourager leurs étudiants à des actes de violence contre des Arabes.

« L’éducation, dans les écoles et les mouvements de jeunesse, est la clé », estime-t-il, « même s’il y aura toujours des éléments marginaux laissés en dehors des structures. »
La liberté d’expression permet aussi d’autoriser les médias sociaux qui appellent à la vengeance contre les Arabes, dit-il. Dans les situations tendues les gens ont besoin de lâcher la pression, et on peut mettre dans la même catégorie une partie de la rhétorique politique.

Le gouvernement fait-il son travail ?

Ce n’est pas la première fois que la droite religieuse est mêlée à la violence. Dans les années quatre-vingt, un groupe terroriste clandestin lié au mouvement de droite Goush Emounim, avait mené une série d’attaques mortelles et violentes contre des cibles palestiniennes.A la suite du meurtre d’Abu Khdeir, beaucoup d’Israéliens de droite se sont sentis examinés à la loupe et injustement connectés au crime et à la violence qui a suivi, quand quantité de manifestants ont cherché à en découdre avec des Arabes dans les rues.

Plusieurs personnes du camp nationaliste, ainsi que des porte-parole d’implantations, ont été sollicitées pour la réalisation de cet article, mais la plupart ont refusé.
Baroukh Marzel, le leader du parti très à droite, le Front national juif, a accepté. Ce résidant de Hébron, qui se dit opposé à la violence, comprend la frustration des Juifs.

« Quand le gouvernement ne fait rien contre les attaques terroristes antijuives, cela met en évidence un vide. Si le gouvernement israélien faisait son travail, les citoyens n’auraient pas besoin de prendre les choses en main », dit-il. Il maintient pourtant être contre la violence. « La violence n’est pas une solution. Les autorités devraient s’occuper des traîtres qui collaborent avec l’ennemi. Je suis pour un Tag Mehir gouvernemental. A chaque missile envoyé par le Hamas sur Beersheva, on devrait imposer un Tag Mehir sur Gaza. Et de même en Judée-Samarie. »

« La liberté d’expression de la droite prévient la violence, elle ne la crée pas », affirme Marzel.
Mais la liberté de parole n’inclut pas des situations où la sécurité physique d’une personne est menacée, souligne l’Association pour les droits civils en Israël (ADCI). Après de nombreux rapports sur des manifestations racistes et violentes de Juifs à proximité de quartiers arabes de Jérusalem, Nazareth, au centre commercial de Pardess Hana, à la jonction d’Iron et ailleurs, l’avocat de l’ADCI Avner Pinchuk a envoyé le 10 juillet une lettre au procureur général Yehouda Weinstein, où il lui demande d’enjoindre à la police de refréner les fauteurs de troubles.

« Nous n’avions pas prévu d’arriver au meurtre de Muhammad Abu Khdeir »

« Notre position concernant la liberté d’expression est bien connue, et nous nous tournons vers vous lorsque la police échoue à protéger ceux qui protestent et à assurer leur liberté de parole, quand bien même ils exprimeraient des idées dangereuses, exaspérantes, populistes, haïes du public. De plus, même si lors d’une manifestation on scande des slogans qui peuvent être interprétés dans le sens d’une incitation à la violence ou au racisme, ce n’est pas encore suffisant pour justifier de disperser les protestataires », écrit-il.

« Cependant, même si certains des événements décrits plus haut ont débuté en tant que manifestations, ils ne constituent pas de simples agressions publiques, des perturbations de l’ordre ou de la tranquillité. Ce sont des cas de provocateurs qui étendent leur ombre menaçante sur une minorité vivant dans la région, privée de liberté de choix et de liberté de mouvement du fait de menaces illégales. N’importe quel employé de supermarché ou simple passant ne peut s’empêcher de ressentir un réel danger pour sa vie et sa sécurité, parce qu’il est arabe ou ressemble à un Arabe, et il est forcé de rester éloigné de son lieu de travail, des centres commerciaux ou de l’espace publique. »

Pinchuk rapporte que l’ADCI choisit soigneusement ses termes dans ses lettres, pour éviter toute ambiguïté quant à ses intentions. La police est dans une situation délicate, et il y a des nuances dans la liberté d’expression.

« J’ai travaillé des années pour l’ADCI et j’ai vu beaucoup de choses, mais aujourd’hui nous sommes abasourdis et surpris de ce que nous observons. Nous n’avions certainement pas prévu d’arriver au meurtre de Muhammad Abu Khdeir. C’est le comportement d’hommes violents qui imposent un blocus dans des zones où vivent les Arabes, les menacent physiquement. Les Arabes sont terrifiés.
Pinchuk a commencé à avoir peur pour le pays lors des agressions contre les demandeurs d’asile et les ouvriers immigrants africains au sud de Tel-Aviv, il y a des années, par exemple lors de l’incendie volontaire d’un jardin d’enfants. Il a été choqué par l’intensité de la haine exprimée dans les manifestations contre ces réfugiés.

Motif électoral et catalyseur

Dans son rapport 2013 sur le Racisme en Israël, la Coalition contre le racisme en Israël note que la 18e Knesset a été la plus raciste de l’histoire du pays. Des dizaines de projets de loi racistes et antidémocratiques ont été déposés, sans toujours être adoptés, pour la plupart contre la minorité arabe en Israël, mais également contre les migrants et les demandeurs d’asile. Les projets de loi sont aussi dirigés vers les organisations pour les droits de l’homme, note la Coalition, elle-même formée de 30 organisations de sociétés civiles.

Selon le rapport, il y a eu une nette augmentation de déclarations d’élus, 107 incitations ont été enregistrées en 2013, par rapport à 59 l’année précédente. Les cas d’incitation contre les Arabes ont aussi doublé, de 26 en 2012 à 45 en 2013. Les réfugiés se sont sentis plus agressés en 2013 selon le rapport, avec 54 incidents contre 23 l’année précédente.

« La nette augmentation des cas d’incitation par des leaders publics influence l’augmentation des incidents racistes commis par les citoyens juifs contre les citoyens arabes, mentionne le rapport. Il est difficile de ne pas établir une connexion entre cette augmentation et la période des élections à la Knesset. Cela a servi de motif électoral et de catalyseur pour les figures publiques dans leur propre manège perpétuel d’incitation », continue le rapport.

Et selon un rapport de 2012 pour le Comité contre la discrimination raciale des Nations unies, Israël traverserait « la pire période en termes d’ethno-nationalisme et de comportement discriminatoire de la part du leadership politique israélien. L’incitation politique grandissante est dirigée contre la minorité arabe palestinienne autant que contre d’autres groupes marginaux.

Les politiciens ne prennent pas les mesures nécessaires pour protéger d’attaques verbales et physiques la minorité arabe en Israël, et adoptent régulièrement un comportement et un discours extrêmement nuisibles, que ce soit par approbation tacite ou participation directe. »

Tout vient de l’extrême-droite

Parmi ces politiciens dénoncés par la Coalition pour avoir proféré des incitations, se trouvent en bonne place le chef du parti Israël Beiteinou et ministre des Affaires étrangères Avigdor Liberman, le ministre de la Sécurité intérieure Itzhak Aharonovitch et l’ancien ministre du Shas Ariel Attias.

« Il y a une longue chaîne d’extrémisme juif de droite. Si nous regardons sur une période de 30 ans, depuis le meurtre d’Emil Grunzweig jusqu’à celui de Itzhak Rabin, on peut voir que tout vient de l’aile de l’extrême-droite », déclare David Newman, professeur de politique et d’administration à l’université Ben-Gourion, qui a effectué une recherche approfondie sur l’impact du Goush Emounim et du mouvement des implantations sur la société israélienne. »Israël devient de plus en plus violent. »
Les Grands Rabbins Itzhak Yossef et David Lau se sont élevés publiquement contre l’assassinat d’Abu Khdeir, insistant sur le fait que telle n’est pas la voie de la Torah et appelant à mettre fin à la violence.
Le rabbin Elyakim Levanon, habitant d’implantation et directeur de la yeshiva d’Elon Moreh, a publié une proposition demandant la peine de mort pour les auteurs du crime. Il a aussi appelé à la peine capitale pour les assassins des trois étudiants de yeshiva.

La solution requise par beaucoup est la nécessité d’une éducation fortement orientée vers la tolérance et la coexistence, déclare le rabbin Ron Kronish, directeur du Conseil de coordination interreligieux en Israël. « Le ministère de l’Education doit travailler plus dur. »

Mais Edna Lomsky-Feder, professeure d’éducation à l’Université hébraïque, note que l’éducation n’est pas un remède facile pour les maladies de société, et que la plupart du temps l’éducation reflète la société elle-même. « L’éducation n’est pas une donnée homogène. Il y a très peu de chances que l’éducation change des choses. Il y a un grand écart entre la façon dont la société israélienne présente l’éducation et ce qui se passe réellement dans les salles de cours. On fait très rapidement taire tout enseignant qui exprime une critique. » Dans certains secteurs de la société israélienne actuelle il existe une violence couplée avec un nationalisme extrême, pointe-t-elle. « On insiste particulièrement sur l’éducation nationaliste en Israël. »

« Aujourd’hui, on se focalise sur les souffrances juives, les traumas et la victimisation. Les gens en dehors d’Israël ne comprennent pas la force prise par ce narratif, ni comment il se combine avec le besoin profond d’être fort et de défendre le pays contre toute menace perçue. Ce sentiment », ajoute-t-elle, « peut créer une plus grande sensibilité à la violence et à la critique. Plus Israël se sent menacé sur tous les fronts, plus la volonté d’accueillir d’autres personnes et d’être plus tolérant à d’autres voix et à la critique s’amenuise », ponctue-t-elle. 

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