Un nom de plus

Le mois dernier, le mémorial de la Shoah, Yad Vashem, a ajouté un nouveau nom sur le mur des Justes parmi les Nations : celui de Jeanne Albouy.

By MARIE-SARAH SEEBERGER
April 9, 2013 14:39
2 minute read.
Le nom de Jeanne Albouy est désormais inscrit sur le mur des Justes de France.

JFR 19 521. (photo credit: DR)

Il y avait du monde dans le jardin des Justes de Yad Vashem ce 4 mars 2013. D’une part la famille de Jeanne Albouy : son petit-fils, accompagné de sa fille et de son épouse. D’autre part, la grande tribu de Claire Kohlman, survivante de la Shoah. Cette dernière, cachée dans la famille Albouy pendant l’occupation nazie en France a voulu lui rendre un bel hommage. Dora Weinberger, responsable des projets pédagogiques pour la mémoire de la Shoah en France, est en charge de l’organisation de la cérémonie.

Elle explique que les critères pour l’attribution du titre de Juste parmi les Nations sont très précis : « Il faut d’abord connaître le niveau de danger encouru par les sauveurs. Puis s’assurer qu’ils n’ont ni reçu d’argent, ni tenté de convertir les personnes sauvées. Ce sont les sauvés qui doivent faire la demande d’attribution. On reçoit alors leur dossier et la commission responsable des Justes décide d’attribuer le titre ou non. » On compte à ce jour 3 600 Justes français. Entre 400 et 500 demandes sont déposées par an, mais toutes ne sont pas acceptées.

La cérémonie débute dans la Crypte du Souvenir par une prière à la mémoire des 6 millions de disparus pendant la Shoah, en présence de Christophe Bigot, l’ambassadeur de France en Israël. La famille orthodoxe de Claire Kohlman est venue en nombre, enfants, petitsenfants et 5 arrière-petits-enfants.

Originaire de Pologne, la famille de Claire Kohlman, née Wulwek, part vivre à Paris en 1938.

Le père est arrêté en 1940. A sa libération, la famille décide de fuir en zone libre, à Calvisson, dans le Gard. C’est là qu’elle rencontre Jeanne Albouy, dont le mari est prisonnier en Allemagne, qui vit avec sa jeune fille, Lucette. Jeanne Albouy comprend vite la situation des Wulwek et propose de les cacher chez son cousin, à Sinsans, un petit village des environs.

Quand les nazis pénètrent le village, de jour comme de nuit, Jeanne Albouy cache les enfants Wulwek, Claire et son frère Victor, dans sa propre maison et prétend être de leur famille.

Après la guerre, la famille Wulwek repart vivre à Paris, mais garde d’étroites relations avec les Albouy. Claire Kohlman partira s’installer en Israël en 1960 et gardera contact avec Lucette, la jeune fille de Jeanne.

Très jeune pendant les faits, Claire a toujours précieusement gardé une photo d’elle avec son frère Victor et Lucette. Au dos du cliché, son père avait inscrit « A ceux à qui nous devons nos vies ».

Décédée en 1979, Jeanne Albouy est représentée lors de cette cérémonie par son petit-fils Serge Marignan et son arrièrepetite- fille, Sarah. Leur premier séjour en Israël pour eux qui se disent très émus de rencontrer la famille de Claire Kohlman.

Pour Christophe Bigot, très ému, ces moments permettent de se rappeler que « des crimes innommables ont été commis en France pendant l’occupation ». « C’est une tache sur notre Histoire et l’on doit la regarder en face. Je suis heureux de montrer qu’il y a aussi eu des résistants, des Justes, des héros avec des gestes pleins de grandeur », conclut-il.


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