Un vent de changement

Jérusalem n’aurait plus rien à offrir aux jeunes entrepreneurs ? « Faux », répondent les créateurs de PICO, un open space qui abrite une dizaine de start-up.

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May 7, 2013 13:33
PICO est à l'avant garde de ce mouvement mondial en pleine croissance.

JFR P18 370. (photo credit: Brian Blum)

 
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Inverser la tendance. Le nouvel espace de travail PICO cherche à retenir les entrepreneurs à Jérusalem. Et redonner à la capitale israélienne sa place dans le monde de l’innovation. Galya Harish aurait pu installer sa nouvelle société partout ailleurs. La jeune femme a un CV impressionnant : master de droit, examen du barreau en Israël comme aux Etats-Unis, ancienne vice-présidente de l’incubateur high-tech JVP Studios et ancienne directrice de marque pour plusieurs sociétés, en Israël comme en Grande- Bretagne. Alors, quand elle est, elle aussi, atteinte par la fièvre entrepreneuriale, cette quadragénaire aurait dû, très logiquement, ouvrir sa boîte à Tel-Aviv, ou encore à Herzliya, deux fiefs privilégiés pour les jeunes chefs d’entreprise.

Mais, née à Jérusalem, elle a choisi, au contraire, d’inverser la tendance de ces 15 dernières années, qui ont vu nombre de start-up fuir la capitale pour émigrer vers le centre du pays, et décidé de se lancer dans le quartier hiérosolymitain de Talpiot.

PICO, ce sont les initiales de « People, ideas, community and opportunities » (des gens, des idées, une communauté et des opportunités). Un concept à la pointe d’un mouvement global d’entrepreneurs qui entament leurs parcours professionnels dans un même espace de travail, partageant ainsi le coût des équipements, des bureaux, des lignes téléphoniques et autres frais Internet dans un même open space. Les prix sont très attractifs : 800 shekels par mois, par entreprise. Pour un jour ou deux par semaine, le loyer descend à 300 shekels par mois.

Si les espaces de travail communs existent déjà dans la région de Tel-Aviv, PICO fait office de pionnier à Jérusalem.

Son fondateur, Eli Wurtman, espère qu’il ne restera pas le seul. Pour lui, PICO est bien plus qu’un lieu agréable qui permet aux entrepreneurs de brancher leurs ordinateurs et téléphones. Il veut croire qu’en créant d’autres espaces de ce type pour les étudiants et les fondateurs de startup, Jérusalem pourrait à nouveau prétendre à son titre de capitale de l’innovation du pays.

Comme à SoHo 

Wurtman sait de quoi il parle. En 1996, il cofonde DeltaThree, une des premières sociétés à fournir des services de téléphonie Internet, à partir d’un téléphone fixe. Avec ses 300 employés, la boîte devient le symbole des start-up de Jérusalem. A l’époque, la capitale abrite des centaines de petites et moyennes entreprises de haute technologie. Mais surgissent alors la seconde Intifada et la révolution Internet des années 2000. « L’industrie a explosé presque du jour au lendemain », se rappelle Wurtman. « Et malheureusement, la plupart de ceux qui travaillaient ici ont quitté la capitale ».

Lui aussi s’en ira à Herzliya devenant associé chez Benchmark Capital, un fonds d’investissement de premier plan. Sa carrière décolle. « Mais je savais que je voulais revenir à Jérusalem ».

Ces dernières années, les espaces de travail ont éclos un peu partout dans le monde. Wurtman fait alors équipe avec un autre investisseur, Isaac Hassan, et imagine « un loft au style de SoHo comme à New York » en plein Jérusalem.

En pénétrant dans PICO, une fois franchie la porte d’un immeuble industriel à l’aspect peu avenant, on s’aperçoit immédiatement que chaque détail a été pensé avec soin.

« On ne voulait pas que cela ressemble à Har Hotzvim ou Malha », explique Hassan, faisant référence aux deux grands quartiers high-tech de Jérusalem. « Il fallait que cela soit fonctionnel, en accord avec le quartier ».

Résultat : un aspect simple et modeste. Des murs en béton, du parquet en bois naturel, beaucoup de métal et de verre, et même un large tube, au milieu de la pièce pour « laisser entrer l’air frais de Jérusalem », note Hassan. Il y a aussi, bien évidemment, l’air conditionné, les étés de Jérusalem peuvent être tout aussi chauds qu’à Tel-Aviv. Et des fenêtres des deux côtés laissent passer un flot de lumière.

Talpiot, nouvelle zone high-tech ? 

Pour Wurtman, Talpiot considéré jusqu’à présent encore comme « le quartier des garages », représente désormais le renouveau du Jérusalem des start-up. « Beaucoup de salariés du high-tech, qui vont souvent jusqu’à Tel-Aviv pour travailler, habitent près de Talpiot. S’ils décident d’installer leur structure à PICO, ils pourront se rendre au travail à pied.

Et le lieu se situe sur le tracé de la nouvelle piste cyclable qui part de l’ancienne gare et continue jusqu’à la Moshava Guermanit », renchérit-il.

Hassan ajoute : « Il faut un bon café à proximité, et nous avons la fameuse boulangerie Lehem Shel Tomer juste en bas. L’odeur de pain frais arrive jusqu’à mon bureau ». Egalement à proximité : l’école de design de Bezalel, dirigée par Haïm Parnas. Les étudiants ajoutent une touche d’artistique tout à fait bienvenue dans le quartier.

18 entrepreneurs peuvent se partager l’espace commun de PICO. Une grande salle de réunion est également incluse dans le loyer, avec de grands fauteuils pour des conversations plus informelles. Depuis son lancement, PICO affiche un taux d’occupation qui oscille entre 40 et 60 %. Les investissements sont d’ores et déjà amortis, se félicite Wurtman.

Il existe également 6 bureaux individuels, où sont installés Wurtman et Hassan, entre autres.

Un dispositif qui fait partie du concept : les jeunes entrepreneurs peuvent ainsi partager leurs dilemmes avec des professionnels expérimentés, et ces derniers peuvent également flairer des opportunités d’investissements.

Pour Galya Harish, le brainstorming avec les autres entrepreneurs et fondateurs de PICO est l’atout principal des lieux. Son entreprise, « Wear My Prayer », (Je porte ma prière) crée des bijoux sur mesure, qui comportent des prières écrites à l’intérieur.

« Les gens tripotent inconsciemment leurs colliers toute la journée », explique-t-elle. « Alors à chaque fois qu’ils le font avec mes bijoux, cela prend un sens tout particulier. Ils peuvent penser à ce qui est inscrit, au message ».

Une grande famille 

Harish a eu quelques soucis avec son site Internet. « Nous avions un taux de rebond assez élevé », se souvient-elle, en faisant référence aux internautes qui quittent le site dès la page d’accueil, sans avoir rien acheté, « alors nous avons improvisé une réunion. Chacun est venu voir le site et a suggéré des solutions ».

Elle admet qu’il n’est pas simple de fonder une entreprise à Jérusalem, loin des autres start-up. « Mais l’existence de PICO change la donne. En arrivant, les gens sont surpris. Ils disent tous qu’un lieu comme celui-là est imaginable à Tel- Aviv ou à New York, mais pas à Jérusalem ».

Aujourd’hui Harish emploie plusieurs personnes à temps partiel. Mais même lorsque sa société aura grandi et devra quitter PICO, dit-elle, elle voudra trouver des bureaux à proximité pour rendre visite à ses anciens collaborateurs au moins une fois par semaine.

Sean Lewin fait également partie de la communauté PICO. Récemment diplômé de l’Académie de technologie de Jérusalem, ce jeune homme de 23 ans a réussi à lever 30 000 dollars sur le site de financement participatif Kickstarter afin de créer une lampe LED pour Iphone, indiquant l’arrivée d’un message ou d’un email. Le voyant lumineux peut s’installer sur la prise des écouteurs et change de couleur, et de fréquence, en fonction du type de message. Une fonction courante sur les derniers téléphones An droid qu’Apple n’a pour tant jamais installé sur Iphone. Les partenaires de Lewin résident en Italie, en Grande-Bretagne et aux Etats-Unis. Le jeune homme a commencé par travailler de chez lui, mais ne se trouvait pas assez efficace.

« Je suis plus concentré ici », explique-t-il, et ce, malgré les bruits inhérents à l’open space. « Et quand je me pose une question, je peux la partager avec mes colocataires.

Je n’avais pas tout cela quand je travaillais chez moi. Il y a une bonne ambiance ici ». Le jeune homme apprécie aussi la bière fraîche et gratuite. « Je reste souvent jusqu’à 7 ou 8 heures du soir », sourit-il.

Un nouveau souffle pour la ville 

La bière est rangée dans la partie la plus déco de PICO : une cuisine éclairée au néon bleu, débordante de boissons. Un lieu clef dans les relations entre les jeunes entrepreneurs.

D’ailleurs, l’endroit est aussi actif de nuit que de jour. Plusieurs conférences ont eu lieu en soirée : les fondateurs des célèbres Waze et Fiverr ont ainsi répondu à l’invitation, tout comme les managers de Bira Shapira, une petite brasserie locale, ou encore Rachel Azaria, conseillère municipale à la tête du parti Yeroushalmim qui a amené toute son équipe pour l’une de ses réunions hebdomadaires.

Hassan travaille dur pour activer le réseau. L’un de ses partenariats notoires s’est conclu avec Siftech, une initiative lancée par le syndicat étudiant de l’université Hébraïque afin d’encourager les étudiants à rester à Jérusalem, diplômes en poche. Dix start-up estudiantines ont, par exemple, participé à la formation à l’entrepreneuriat technologique que proposait Siftech sur quatre mois.

De son côté, PICO a offert deux mois de loyers gratuits aux deux vainqueurs du dernier concours lancé par la structure. Des liens ont également été créés avec Rouah Hadasha (nouvel état d’esprit), autre association étudiante qui cherche à promouvoir la capitale. Bien entendu, un lieu comme PICO ne va pas résoudre tous les problèmes rencontrés par Jérusalem pour retenir les dizaines de milliers d’étudiants qui fréquentent l’université chaque année (dont plus de la moitié des étudiants en arts d’Israël). Le marché de l’emploi et un logement abordable restent avant tout les préoccupations des diplômés.

Mais, insiste Wurtman, « nous avons la possibilité de créer un changement. Il faut changer d’énergie pour modifier le visage de l’emploi dans cette ville, il faut lui rendre son caractère ambitieux. S’il y avait dix lieux comme PICO à Jérusalem, les entrepreneurs s’installeraient de nouveau. Et Hassan de conclure : « Les entrepreneurs sont des personnes particulières. Ils peuvent révolutionner les choses. Nous ne voulons pas juste promouvoir PICO, nous voulons changer la ville ».

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