« Une expérience que devraient connaître tous les Juifs »

A la tête de l’Institut du Temple, le rabbin Haïm Richman nous plonge au cœur de son combat pour qu’il soit permis aux Juifs de prier sur le mont du Temple

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February 25, 2014 16:18
P1617 JFR 370

Mont du Temple. (photo credit: REUTERS)

 
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Il n’est que sept heures et quart du matin, mais nombre de touristes impatients se pressent déjà devant l’entrée qui mène au mont du Temple. Les heures d’ouverture pour les visites sont de 7 h 30 à 11 heures, du samedi au jeudi, mais plus tôt on arrive pour faire la queue, mieux c’est. Le rabbin Haïm Richman, directeur de l’Institut international du Temple à Jérusalem, et son assistant Itzhak Reuven attendent leur tour devant une porte en fer qui jouxte le poste de sécurité. Richman fait souvent visiter le mont du Temple à des touristes étrangers, politiciens américains ou autres. Aujourd’hui, il souhaite nous faire part des interdits qui frappent les Juifs qui se rendent sur l’esplanade.

La sainteté interdite

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L’Institut du Temple a été fondé en 1987 par le rabbin Israël Ariel. Il servait dans la brigade de parachutistes qui a libéré ces lieux saints en 1967. Sur son site Internet, l’Institut informe que c’est un « commandement biblique que de construire le Temple et le Saint des Saints sur le mont Moriah à Jérusalem. Notre objectif à court terme est d’éveiller l’intérêt de l’Humanité à cette cause grâce à l’éducation ». Quand les troupes israéliennes ont foulé ce site historique, où se dressait le Temple juif à l’époque de Salomon et d’Hérode, le colonel parachutiste Mordechai Gur s’est écrié : « Le mont du Temple est entre nos mains ». Au cours de ces dernières années pourtant, plusieurs associations et organismes ont vu le jour, contraintes de se mobiliser pour défendre les droits religieux des Juifs, soumis à des interdits sur ce site, connu pour être l’endroit le plus saint du judaïsme. « Dès qu’ils voient un Juif avec une kippa au poste de sécurité, ils nous séparent des autres visiteurs. C’est un genre d’apartheid. Certains tentent de cacher leur appartenance religieuse pour y accéder incognito, mais je désapprouve cette façon de faire », avoue Richman.

Nous arrivons à la hauteur de l’agent de sécurité qui nous prend nos papiers d’identité et nous demande d’attendre sur le côté. La file d’attente composée de touristes étrangers est autorisée à franchir le portillon, tandis que l’identité de plusieurs Juifs religieux qui nous accompagnent est soumise à des vérifications. Les textes de la Tefilat haderekh (une prière que l’on doit dire à l’occasion d’un voyage), sont confisqués par la sécurité jusqu’au retour de leurs propriétaires. Les Téfiline (phylactères) ne sont pas autorisées. Il est permis de porter une kippa et un talith katan, mais sous sa chemise et uniquement si les tzitzit ne sont pas visibles (pièce de tissu sans manches avec des tzitzit, longues franges rituelles, nouées aux quatre coins). Les raisons exactes de ces interdictions ne sont pas claires. En août dernier, quand des Juifs religieux ont protesté contre l’interdiction de pénétrer sur le mont du Temple, ils ont reçu cette explication de la police : bien que la Cour suprême ait confirmé leur droit d’y prier, les agents de sécurité sont autorisés à les en empêcher, au motif que cela pourrait constituer une perturbation à l’ordre public.

Se cogner à un mur

Richman vient ici depuis 28 ans. « Au début des années quatre-vingt, même la kippa était interdite. Aujourd’hui on ne peut pas porter une chemise sur laquelle figure le drapeau d’Israël ou faire des déclarations politiques, et les chrétiens doivent ranger leur croix quand ils pénètrent sur le site, tout cela pour ne pas froisser les sensibilités musulmanes ». Richman fait remarquer que ses intentions sont claires. « Notre objectif est de vivre une expérience spirituelle unique, car c’est le lieu le plus saint du judaïsme, selon le concept de “Sainteté du Lieu” qu’on appelle Kedoushat makom ». Ici, c’est très différent de ce que l’on peut ressentir au Kotel, le Mur occidental, et tous les Juifs devraient pouvoir en faire l’expérience. « Avec tout le respect dû au Kotel, il n’est pas saint. Il n’avait aucune signification à l’époque du Second Temple, dont il n’était qu’un des murs de soutènement. Un mur par essence vous maintient “en dehors”. Il est symbole d’exil et notre actualité, au contraire, prouve la renaissance d’Israël et le retour des Juifs sur leur terre ».

Richman affirme qu’avant les années 1700, le Mur occidental n’était pas un lieu de pèlerinage juif. En revanche, de grandes personnalités du judaïsme se sont rendues sur le mont du Temple. Et ce, même au péril de leur vie, comme Maïmonide. Il rappelle que Benjamin de Tudela, un célèbre voyageur juif du XIIe siècle, a écrit et recommandé de se rendre dans la partie orientale de la Vieille Ville. Faisant valoir que cette tradition musulmane de sanctification du Dôme du Rocher date de l’époque où les Juifs ont commencé à exprimer un attachement particulier à ce lieu. Pour Richman, le Mur occidental n’a rien d’unique. « Je n’aime pas le critiquer vu la dévotion de ceux qui s’y précipitent. Mais je me désole de la mentalité des fidèles qui prient au Kotel en s’attendant à ce qu’il s’y passe quelque chose de particulier. Quel intérêt à se frapper la tête contre ce mur ? »

Les gardiens du mont du Temple

Nous nous engageons sur la rampe en métal qui conduit à la Porte des Maghrébins ouvrant sur le mont du Temple. Elle remplace l’ancienne rampe en terre qui s’est effondrée en 2004. Cette rampe de métal, temporairement érigée sur un échafaudage qui court en partie sur l’esplanade du mur occidental réservé aux femmes, est un accès au mont du Temple à l’usage des non-musulmans. Aux abords de la porte sont fixés des boucliers en plastique, mis à la disposition de la police antiémeute pour le cas où des troubles viendraient à éclater. L’air est vif, il est encore tôt, et à peine franchissons-nous la porte que nous sommes rejoints par plusieurs membres du service de sécurité religieux du Waqf musulman.

Le Waqf est l’organisation religieuse qui administre le site sacré pour les musulmans. Il est toujours officiellement sous contrôle jordanien, qui se considère depuis 1948 comme responsable officiel du Dôme du Rocher et de la mosquée al-Aqsa. Le personnel du Waqf est chargé de préserver la sainteté du lieu. Les gardiens talonnent les visiteurs au cours de leur déambulation en se tenant plus ou moins à distance, mais comme Richman le fait observer, ils ne quittent pas les Juifs religieux des yeux ; ils surveillent les mouvements de leurs lèvres et s’ils se prenaient à articuler des prières, ils n’hésiteraient pas à les appréhender.


Le gardien du Waqf qui a l’œil sur notre groupe ressemble à un mannequin italien victime d’un revers de fortune. Coiffé d’une casquette de golf noire, il prend la pose à chaque fois que notre groupe s’arrête. Le policier israélien qui nous escorte nous maintient en rangs serrés. Nous ne sommes pas autorisés à marquer d’arrêt entre la Porte des Maghrébins et l’entrée de la mosquée al-Aqsa, de peur d’une quelconque « perturbation ». Notre passivité de circonstance contraste fortement avec les femmes et les hommes musulmans qui prient à voix haute.
Le problème de la sacralité du Lieu

Les juifs religieux, comme Richman et Reuven, qui se rendent régulièrement sur le mont du Temple, le font pour sanctifier ce lieu saint. « Ici c’est la porte du monde, un site sacré et historique. C’est ici qu’Adam, le premier homme, a été créé. Tous les prophètes ont annoncé la reconstruction du Temple. C’est un lieu de rassemblement pour toute l’humanité et une tragédie de ne pouvoir nous y exprimer religieusement. »

Bien avant la création de l’Etat, à l’époque du mandat britannique sur la Palestine, le Grand Rabbinat avait déjà interdit aux Juifs de visiter le site, car ils risqueraient de fouler l’endroit où se trouvait le Saint des Saints, dans la mesure où il est impossible à ce jour de déterminer son emplacement exact. C’est la raison pour laquelle le 2 décembre dernier, les rabbins David Lau et Itzhak Yossef, ont signé une déclaration commune, réaffirmant l’interdiction du Grand Rabbinat faite aux Juifs de visiter le site. Richman précise que la motivation de cette décision n’est pas de nature religieuse. « Notre sagesse ne s’étend pas à tous les aspects de la vie juive, nous avons chacun des domaines de prédilection. La rédaction d’un Sefer Torah requiert des qualités particulières, et celui qui est expert dans ce domaine ne peut pas l’être dans celui de l’abattage rituel et la fonction de shohet ».

Pour lui, il n’y a rien de mal à déambuler sur l’emplacement des parvis extérieurs du Second Temple, considérés comme sacrés à l’époque. Ils s’étendent sous l’actuel Dôme du Rocher et le débordent de part et d’autre. D’autres Juifs, qui font la visite avec nous, ont une vision plus rigoureuse de l’endroit où il leur est permis de marcher et préfèrent se tenir à l’écart de la zone sacrée. Richman fronce les sourcils, puis après un instant de réflexion, il dit : « Les rabbins ont réponse à tout quand il est question de nouvelles technologies, comme l’utilisation appropriée des smartphones par exemple, mais quand il s’agit de dire où s’élevait le Temple, tout à coup, ils sont plus modestes. D’après Maïmonide, il existe un commandement de se rendre sur le mont du Temple ».

Réparer le monde

Nous contournons l’entrée de la mosquée par l’est et contemplons le mont des Oliviers qui se profile devant nous, puis nous dirigeons vers le mur oriental de l’esplanade jusqu’à un endroit nouvellement pavé. Un bulldozer charrie des branches d’olivier, brisées lors de la récente tempête de neige. Cela fait des années que le Waqf procède à des excavations sous le Dôme du Temple et réalise des travaux d’aménagement sur l’esplanade. De nouveaux arbres ont été plantés ces dernières années, au nord-est du Dôme du Rocher. « Au cours de ces dernières années, les Palestiniens ont intensifié leurs campagnes de déni du passé biblique des Juifs en ces lieux. Ils nient toute présence historique du peuple juif sur sa terre ancestrale. Jusqu’en 1948, le Waqf éditait un manuel en anglais qui mentionnait ce passé historique juif, mais la Jordanie en a changé le contenu en 1948. »

Reuven fait remarquer que cet espace s’étend sur environ 15 hectares et se demande pourquoi aucune solution n’a encore été trouvée pour que les Juifs aient le droit d’y prier aussi. Les deux communautés se partagent bien d’autres sites religieux comme le Caveau des Patriarches à Hébron, par exemple. « Ce lieu a la réputation d’être une poudrière. Par exemple, le dernier rapport du Contrôleur de l’Etat, de 2010, révèle que le Waqf a systématiquement détruit toutes les pièces archéologiques par les travaux effectués sous le Dôme du Rocher. Et a même hésité à rendre cette nouvelle publique de crainte de raviver les tensions politiques ». Il mentionne aussi des sites Internet arabes qui publient des photos montrant des Juifs sur l’esplanade du temple qu’ils accusent d’avoir assailli l’endroit. Comme nous contournons le Dôme du Rocher par le nord, je demande aux deux hommes si des Juifs ont déjà été victimes de violences ici. « Une fois, un groupe d’étudiants étrangers a été lapidé. Les gens nous suivent parfois en nous criant dessus. » Mais en général, c’est relativement calme.

Après environ 40 minutes passées sur l’esplanade, nous franchissons la Porte Shalshelet (de la Chaîne), côté ouest, vers la rue Shalshelet. Un jeune garçon arrose le sol de l’entrée d’un jet puissant. Nous sommes lentement repoussés en dehors du site, toujours sous l’œil vigilant des hommes du Waqf. Au loin, un homme avec une barbe et une kippa blanche, pourrait presque être pris pour un Juif religieux.
« Tout ce que nous demandons, c’est de pouvoir prier ici. Mon père est malade, où est le danger ? Je ne veux pas faire d’esclandre. Je ne suis pas un ultranationaliste. La responsabilité nous incombe de travailler au Tikoun olam, la réparation du monde ». Et de conclure : « C’est ça, le judaïsme ». 


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