Une révolution silencieuse

Une yeshiva, où l’on enseigne aussi l’anglais, les mathématiques, la musique et le sport, est en passe de révolutionner le paysage de l’éducation ultraorthodoxe à Jérusalem.

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July 9, 2013 17:22
Bezalel Cohen a quitté les études à plein - temps pour éviter la "pauvreté galopante".

P16 JFR 370. (photo credit: Marc Israël Sellem/The Jerusalem Post)

 
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Betsalel Cohen est un jeune harédi à la voix douce. Ilest aussi la force motrice derrière la révolution en cours dans le monde de l’éducation ultraorthodoxe. Son projet actuel, la Yeshiva Hachmei Halev, est le premier établissement du genre à Jérusalem : un collège où les études générales côtoient l’enseignement talmudique traditionnel. Lors d’un récent séminaire organisé par la Fondation Matanel, dont il est un des bénéficiaires cette année, Cohen a expliqué quelles étaient ses motivations. Il a voulu donner à son fils de meilleures chances de réussite. De fait, il est en train de jeter les bases d’un changement important dans les solutions éducatives offertes aux jeunes harédim de la capitale. Pour le moment, si son initiative n’a guère soulevé de critiques parmi les dirigeants ultraorthodoxes, elle est loin cependant d’avoir reçu un accueil chaleureux. Reste à savoir si ce projet audacieux saura tenir la route. Bien entendu, le premier défi à relever est de voir si les familles ultraorthodoxes seront prêtes à envoyer leurs fils dans cette nouvelle institution.

Un lieu de discorde 

Betsalel Cohen a déjà participé à plusieurs étapes importantes de la réforme de l’emploi et de l’enseignement supérieur au sein de la communauté ultraorthodoxe. Ironie du sort, son projet a pour cadre un endroit qui, il n’y a pas si longtemps, faisait l’objet de tensions entre laïques et ultraorthodoxes hiérosolomytains. Un fait dont Cohen semble tout ignorer. Au cours du premier semestre de 2008, des frictions étaient apparues entre les résidents laïques et ultraorthodoxes de plusieurs quartiers, notamment celui de Kiryat Yovel.

Le litige portait alors sur un terrain adjacent à la cour du lycée Mae Boyar. La parcelle était, en fait, plus proche du quartier de Bayit Vegan, majoritairement harédi. Dans la lutte qui oppose laïques et ultraorthodoxes pour le pouvoir au conseil municipal, les leaders ultraorthodoxes du conseil avaient tenté de s’emparer du lotissement en vue de la création d’une école harédite. Le maire, Nir Barkat, alors chef de l’opposition au conseil municipal et candidat aux élections de novembre 2008, menait en partie la protestation contre ce projet.

Ce qui explique pourquoi, après son élection, l’une de ses premières mesures a été de geler le plan de division de la parcelle entre l’école Boyar et le projet des ultraorthodoxes.

Près de cinq ans se sont écoulés depuis, et aujourd’hui, le conseil municipal est scindé en deux : un conseil non orthodoxe pour Kiryat Yovel, et un conseil orthodoxe pour Bayit Vegan. Entre-temps, le terrain est remis à l’institution de Cohen.

Cette fois, le projet harédi remporte les faveurs de certains des acteurs clés dans les milieux officiels de l’éducation. La municipalité, de même que le ministère de l’Education notamment, approuvent l’introduction de matières comme les mathématiques et l’anglais dans le programme officiel de Hachmei Halev.

Changement de cap salutaire 

Après une dizaine d’années d’études dans deux des plus prestigieuses yeshivot du monde harédi, Ponevezh et Mir, Betsalel Cohen quitte le monde de la yeshiva, sans pour autant se couper de la communauté ultraorthodoxe. Au contraire, il abandonne les bancs de la yeshiva, où chacun lui prédisait un brillant avenir, parce qu’il souhaite sauver le monde harédi de ce qu’il définit comme « le cercle vicieux de la pauvreté galopante ». Il est cependant persuadé qu’il ne pourra le faire qu’au prix d’un changement radical dans sa vie quotidienne.

Il y a quelques années, cet homme de 38 ans, père de six enfants, qui est né et a grandi dans le monde ultraorthodoxe lituanien, a commencé à chercher comment améliorer les moyens d’existence de sa communauté. L’organisation Malben (créée par le Joint Distribution Committee) l’invite à travailler sur un projet, où il dirige les programmes qui visent à favoriser l’accès des hommes ultraorthodoxes au marché de l’emploi. Au bout de quelque temps, il reçoit une invitation pour étudier à l’école Mandel qui enseigne la pédagogie du leadership. Néanmoins, la première véritable occasion de mettre en pratique les outils acquis afin d’opérer un changement substantiel ne se présente à lui que lorsque la question le touche directement, sur un plan beaucoup plus personnel.

Marié et étudiant à plein-temps au Kollel, Cohen est condamné à faire face à la pauvreté qui accompagne souvent l’existence d’un étudiant, père de famille nombreuse, sans ressources. Pour lui, il ne semble pas exister d’échappatoire possible à ce mode de vie. Pourtant, il observe la frustration croissante de certains élèves plus jeunes, pour qui la rigueur de l’étude quotidienne du Talmud du matin au soir semble un fardeau trop lourd à porter.

Le taureau par les cornes 

« Ces jeunes finissent par quitter le monde de la yeshiva ou, du moins, cessent d’étudier sérieusement. De là, ils traversent souvent une crise grave, allant jusqu’à abandonner le mode de vie et la communauté ultraorthodoxes – avec toutes les conséquences possibles en terme de décrochage scolaire, parfois même de délinquance », explique-t-il.

Considéré comme un expert sur les besoins actuels des harédim, Cohen met en garde la communauté ultraorthodoxe qui, si elle ne trouve pas le moyen de réduire son taux de pauvreté, se verra bientôt délaissée par un nombre grandissant de ses membres. Selon lui, cela ne touche pas seulement le système éducatif, qui doit ajuster son programme pour préparer les jeunes harédim au monde du travail, mais a également une incidence sur le service militaire. Il est convaincu que 30 à 40 % des jeunes harédim en âge d’aller à l’armée pourraient effectuer leur service, « si tout se passe de manière appropriée et progressivement ». Mais ces réflexions n’étaient que des idées évoquées dans les discussions entre amis – jusqu’à ce qu’elles se matérialisent littéralement sur le pas de sa porte.

«Notre fils n’était visiblement pas taillé pour une vie complètement dédiée à l’étude du Talmud », explique-t-il. « Quand il a eu sept ans, il nous est vite apparu évident qu’il ne pourrait pas s’adapter à une journée d’étude entièrement consacrée à la Guémara. Il nous a fallu revoir toute la situation d’un point de vue très personnel. Ma femme et moi avions très peu d’options. Soit le laisser continuer dans cette voie et prendre le risque de le voir décrocher, avec toutes les graves conséquences que cela pourrait entraîner – y compris, à Dieu ne plaise, le voir abandonner le mode de vie harédi. Soit prendre le taureau par les cornes et travailler à une solution plus adaptée à ses inclinations et capacités. Nous avons choisi la deuxième solution, et c’est ainsi que la Yeshiva Hachmei Halev a vu le jour. »

Un cursus varié et revalorisant 

A Hachmei Halev, en plus de la Guémara, les étudiants pourront apprendre l’anglais et les mathématiques, et même pratiquer musique et sport. Betsalel Cohen a donc pris la direction de la nouvelle école, renouant ainsi avec ses espoirs mis temporairement de côté, bien que dans un environnement différent. En effet, le cours normal de ses études le préparait à être à la tête d’une Yeshiva lituanienne. Il souligne que la solution n’est pas seulement d’aider les jeunes à rester dans le giron ultraorthodoxe, mais aussi de permettre à la plupart d’entre eux de mettre leurs compétences réelles en pratique. En effet, la communauté ultraorthodoxe a parfois tendance à traiter avec condescendance ceux qui ne consacrent pas exclusivement leur vie à l’étude du Talmud.

En fait, « ce sont des garçons qui ont des compétences dans d’autres domaines », explique Cohen. « Nous leur donnons la possibilité de mettre leurs talents en valeur, pour une fois. » Il reconnaît que sa Yeshiva n’est pas un concept totalement nouveau, car il existe déjà cinq institutions de ce genre – mais c’est la première à ouvrir ses portes à Jérusalem. En outre, sur près de 300 yeshivot pour cette tranche d’âge, il n’existe que ces cinq-là, ce qui représente un infime pourcentage.

À la portée de toutes les bourses

Une autre question cruciale est le coût élevé de la scolarité dans ces institutions. Or la première préoccupation de Cohen a été de rendre Hachmei Halev accessible à toutes les bourses. Pour cela, il a fait appel à la Société pour l’avancement de l’éducation, créée à Jérusalem en 1962 pour aider les jeunes issus de communautés défavorisées à travers le pays à atteindre un niveau d’excellence dans des projets sociaux, éducatifs et de leadership.

Pour David Maharat, le directeur de la société, qui a rencontré Cohen à Matanel, son association a trouvé en Hachmei Halev le partenaire idéal, ses besoins correspondant en tout point à la mission qu’il s’est fixée. Né en Éthiopie, Maharat est arrivé en Israël en 1984. Il est un des membres fondateurs du Centre de pilotage des immigrants éthiopiens. Pour lui, accorder un soutien au projet de Betsalel Cohen s’est imposé comme une évidence.

La première rentrée scolaire de Hachmei Halev aura lieu en Eloul, selon le calendrier hébreu, (ce qui correspond cette année à la mi-août). Au début, les étudiants résidant en dehors de Jérusalem pourront passer le Shabbat sur place. À terme, Cohen envisage d’ajouter des dortoirs.

Les inscriptions sont déjà en cours. Point n’est besoin de véritable publicité puisque « tout passe par le bouche-à- oreille », ajoute-t-il avec un sourire timide. « Jusqu’à présent, nous n’avons pas eu besoin d’aller chercher qui que ce soit de notre propre initiative. » Quand on lui demande son sentiment sur l’installation de Hachmei Halev sur le site d’un des combats les plus intenses de la ville entrerésidents laïques et ultraorthodoxes, il sourit à nouveau et répond qu’il ignorait tout de cela. Il n’a certainement pas l’intention, avec sa nouvelle yeshiva, de participer à aucun conflit de ce genre, bien au contraire.

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