Yaïr Lapid se fait un prénom

Arrivé cette année dans l’arène politique, l’ancien journaliste veut suivre les pas de son père à la Knesset, mais sans l’anticléricalisme qui animait Tommy Lapid.

By GIL STERN STERN HOFFMAN
October 16, 2012 18:21
Yair Lapid rallume le flambeau

Lapid 1710 521. (photo credit: Yesh Atid)


Première différence : Yaïr Lapid, le leader du parti Yesh Atid (Il y a un avenir), sert un gâteau casher dans sa demeure du quartier chic de Ramat Aviv Gimel. Ce qui aurait eu de quoi faire bondir feu son père, Yossef “Tommy” Lapid, ancien ministre de la justice et défenseur acharné de la laïcité.
Lapid n’a pas construit de soucca pour les fêtes, mais a bâti de solides amitiés avec des rabbins orthodoxes modernes tels que Shaï Piron d’Oranit, Benny Lau de Jérusalem et Dov Lipman de Beit Shemesh. Il n’a pas non plus le même style brut de décoffrage que son père.
Il montre une photo du leader de Shinouï prise avec Barak Obama en janvier 2006, alors que le président américain, encore simple sénateur, était en visite en Israël. Lapid raconte que son père l’avait appelé ensuite pour lui dire : “Je viens de rencontrer un gars qui pourrait être président des Etats-Unis, s’il n’était pas noir”.
La biographie de son père par Lapid a été récemment traduite en anglais et publiée en Grande-Bretagne, où Tommy avait été envoyé comme correspondant pour Maariv alors que Yaïr était bébé. Si on ignore la petite enfance britannique de l’ancien présentateur, on peut être légèrement surpris par son accent parfait et sa maîtrise de la langue de Shakespeare. Lapid, connu pour être un Israélien par excellence, fait preuve d’une profonde connaissance de la politique et de la culture américaine. Et se fend même de quelques métaphores empruntées au monde du base-ball.
Avant d’entrer en politique, il détenait deux des meilleurs postes du journalisme israéliens : présentateur du magazine d’information Oulpan Shishi, le vendredi soir sur Aroutz 2 et rédacteur de l’éditorial du week-end pour Yediot Aharonot. Lapid est également l’auteur de 10 best-sellers, d’une série dramatique pour la télévision et d’une pièce de théâtre. Régulièrement invité pour délivrer des conférences, il menait une existence plutôt facile. Il sait bien que désormais tout va changer. Mais cet ancien boxeur, dont les photos de Rocky tapissent les murs de son bureau, se déclare prêt à se battre. A sa façon. Entretien sur ses idées, son image, son père et sa foi.

■ Jerusalem Post : Pour Souccot, qui auriez-vous invité, mort ou vivant, dans votre soucca ?

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Yaïr Lapid: Mon père vous répondrait Winston Churchill, car il considérait qu’il lui avait sauvé la vie. Pour ma part, j’inviterai Moïse, John F. Kennedy et Bruce Springsteen. J’ai écrit sur Moïse dans un livre sur mes héros. Je lui dirais que la punition que lui a infligée Dieu - avoir vu la Terre d’Israël sans y pénétrer - peut paraître exagérée, mais que je pense que Dieu a eu recours à un péché mineur pour empêcher son fils d’arriver sur la terre du lait et du miel, car nous savons qu’il aurait trouvé là un lieu bourré d’ennemis et de conflits. Dieu lui a permis de se retirer du conte de fées au lieu de le contraindre à mener les Hébreux vers une déception inévitable. Je voudrais lui dire qu’il ne doit pas être déçu car en fin de compte, Dieu l’a épargné.
Je choisirais Kennedy parce qu’il avait le don de raconter des histoires où les hommes se voyaient meilleurs, puis de les convaincre de transformer l’histoire en réalité, comme par exemple avec l’obtention des droits civils ou la conquête de la Lune. C’est ce dont Israël a besoin aujourd’hui, et si j’avais pu, je lui aurais demandé conseil.
Je dirais à Springsteen de venir avec sa guitare. Ce ne serait peutêtre pas une soucca orthodoxe, mais elle serait malgré tout très vivante.

J.P. : L’héritage de votre père est-il un poids, pour le politicien que vous êtes et qui cherche à moins polémiquer ?

Y.L. : Un jour quelqu’un lui avait demandé : “Pourquoi êtes-vous si brusque alors que votre fils est un si gentil garçon ?”. Sa réponse a été de dire que je l’avais eu, moi, mais que lui n’avait pas eu cette chance. Les nazis ont déporté son père alors qu’il avait 13 ans. Moi, j’ai été élevé par un père plus grand que nature, protecteur et autoritaire. Ses luttes m’ont été épargnées.
En partie grâce à lui, je suis plus facile à vivre.
Mais je pense comme lui que la religion ne devrait pas être impliquée dans la politique israélienne car c’est mauvais pour les deux. Yesh Atid n’est pas un parti antireligieux.
Ce n’est pas quelque chose que nous revendiquons.
Ma priorité sera toujours le dialogue en ce qui concerne la religion et l’Etat. Mais la souveraineté de l’Etat est remise en question lorsque l’on renvoie les femmes à l’arrière du bus, comme on l’a fait avec Rosa Parks aux Etats-Unis, sans objecter.
Le pays doit dire : “Cela ne se passera pas comme cela.
Israël a des valeurs et nous les défendrons. Changez cela ou il n’y a aura plus de bus”. Là-dessus, je suis comme mon père. Il pensait que c’était à l’Etat de garantir la démocratie, les droits des femmes, des minorités, etc. Je pense sincèrement qu’il y a une génération de jeunes Juifs orthodoxes qui en ont assez de la tyrannie des rabbins extrémistes et des leaders politiques qui les empêchent d’aller travailler, de subvenir aux besoins de leurs familles et se sortir de la pauvreté. Je le dis aux PDG d’entreprises : nous avons une obligation morale de leur fournir du travail.

J.P. : Votre plan pour l’égalité du service militaire a été mal compris, en particulier parce qu’il est compliqué. Pourriez-vous l’expliquer en un tweet ?

Y. P. : Les plans qui peuvent s’expliquer en un tweet ne valent pas la peine d’être expliqués. Je ne peux le résumer en 140 caractères, mais disons quand même que : 1. Tout le monde doit faire l’armée. 2.
 Tous les jeunes haredim ne seront pas des combattants, donc il y aura un service civil pour les encadrer. 3. Sur une période de 5 ans, pendant laquelle les règles de l’enrôlement changeront, nous devons les libérer des yeshivot et leur permettre d’aller travailler. Après cela, tout jeune de 18 ans devra faire l’armée ou le service civil. Il n’y aura pas d’autre choix. C’est un devoir pour tous les citoyens israéliens.
Je ne cherche pas la guerre civile, je n’ai aucune envie de lancer les chars sur Bnei Brak ou Mea Shearim, mais les devoirs civiques sont obligatoires, c’est ainsi. 2012, c’est la première année où la majorité des élèves de cours préparatoire (classe de CP) sont soit haredim soit arabes.
Ce qui veut dire que dans 12 ans, 50 % des jeunes majeurs ne feront pas l’armée ou ne travailleront pas. Je ne veux pas ignorer le problème, je veux le régler. Libérer les gens de leurs devoirs de citoyens pose un problème symbolique et moral.

■ J.P : Les haredim seront sans doute offensés de vous voir les mettre dans le même sac que les Arabes. Ils qualifieront cela d’anti-haredi.

Y. L. : Expliquer que l’on n’est pas quelque chose est philosophiquement impossible, mais je ne souhaite pas être qualifié d’anti-haredi. Je suis un citoyen inquiet qui voit ses dirigeants ne pas prendre une situation suffisamment au sérieux. Le pays ne peut pas survivre si 50 % de la population ne joue pas le jeu. Comment puis-je dire à mon petit-fils de faire l’armée quand l’Etat permet à plus de la moitié des jeunes d’y déroger ? Il y a également un aspect moral. Les objecteurs de conscience qui vivent dans mon quartier sont immoraux, mais une des raisons qui font qu’ils ne se sentent pas obligés de rejoindre Tsahal, c’est que le gouvernement permet à certaines catégories d’y échapper. Je pense que le pays doit défendre ses droits et affirmer tout de go aux jeunes haredim qu’ils doivent s’enrôler. Lorsqu’un Etat se montre ferme, en général cela marche.

J.P : Vous étiez l’un des hôtes de marque de l’Assemblée du mouvement rabbinique conservateur à Atlanta. Pouvez-vous détailler votre opinion sur le pluralisme religieux ? Y. L. : Je pense que d’autres politiciens ont des opinions tranchées sur le projet de loi sur la conversion, les femmes qui prient au Kotel et le mariage civil, mais par calculs électoraux, ne disent rien. Un jour, ils auront peut-être besoin de Shas pour former une coalition. Je ne joue pas à ce jeu-là. Israël ne peut pas être le seul pays sans une liberté totale de culte pour les Juifs. Tous les courants doivent être égaux. Le monopole du Grand Rabbinat sur le mariage doit cesser.
Je souhaite qu’Israël demeure un Etat juif, mais je veux séparer la religion de la politique. Des lois telles que celle sur le hametz ou le porc sont insultantes pour notre pays.
Il n’y a pas de texte légal interdisant de conduire pendant Yom Kippour, mais personne n’oserait prendre sa voiture.
Quand ils ne sont pas forcés par la loi, 99 % des Israéliens disent qu’ils sont fiers d’être juifs et agissent avec respect.
Je pense que les gens doivent pouvoir se marier à la mairie, tout comme les Juifs le font à Chicago. Dire aux citoyens qu’ils ne peuvent pas être bénis par un rabbin réformé est une honte. Résultat, les Israéliens mentent pour plaire au rabbinat ou vont à Chypre. C’est honteux.
Il y a toujours eu différents courants dans le Judaïsme et il y en aura toujours. C’est justement l’une des richesses de cette religion. Quand le député Yisrael Eichler (Judaïsme unifié de la Torah) déclare à la Knesset que les Juifs réformés sont antisémites, on devrait lui dire que c’est une insulte et l’éjecter de la coalition. Je mettrais dehors quiconque s’adonnera à l’incitation à la haine, que ce soit contre les Juifs ou les Arabes.

J.P. : Qui souhaiterez-vous sur votre liste pour la Knesset ? Chercherez-vous l’équilibre hommes/ femmes, laïcs/religieux, sabras/nouveaux immigrants, etc. ?

Y.L : Les médias veulent des noms et des visages, mais cela n’intéresse pas les Israéliens. Nous cherchons des gens capables de servir dans le gouvernement ou dans une commission parlementaire, fort d’une certaine expérience pour avoir déjà dirigé toutes sortes d’institutions.
Nous publierons notre liste trois mois avant les élections, à l’instar des autres partis.

J.P. : Le Premier ministre Binyamin Netanyahou a fixé les élections au 22 janvier prochain pour se donner un avantage par rapport à l’Iran. Comment allez-vous gérer ce sujet qui est connu pour ne pas être votre point fort ? Y. L. : Je n’ai jamais pensé que Netanyahou me faciliterait les choses en ce qui concerne le calendrier électoral.
Si on n’a pas d’ennemis ou de gens qui qualifient nos actions de houtspa, on ne devrait pas entrer en politique.
Si on suit à la lettre la théorie qui veut que lorsque de graves problèmes sont à l’ordre du jour, aucun nouveau leader ne doit arriver aux responsabilités, on se retrouve alors coincés avec les mêmes dirigeants à la tête. Si quelqu’un échoue à plusieurs reprises, il ne devient pas pour autant plus expérimenté à mes yeux. Le pays ne va pas bien et c’est nous prendre pour des idiots que de nous dire que ceux qui le dirigent mal doivent rester au pouvoir, uniquement parce que le pays ne va pas bien.

J.P : Que feriez-vous différemment de Netanyahou sur l’Iran ?

Y. L : Le Premier ministre a fait deux grandes erreurs sur la question iranienne. La première a été d’initier un conflit avec l’administration américaine en misant sur le mauvais cheval et en pensant que le candidat républicain Mitt Romney allait gagner l’élection. Nous avons un dirigeant israélien qui a le même mécène que Romney, Sheldon Adelson, et qui formule des déclarations pénibles pour le président américain en pleine campagne présidentielle.
Du coup, l’Iran devient un problème israélien et non un problème mondial. Netanyahou en a fait un conflit régional entre les Israéliens et les Iraniens, et c’est une mauvaise chose.
Il n’y a qu’une seule façon de mettre fin à la menace iranienne : la chute du régime des ayatollahs. Une frappe israélienne ne ferait que repousser le problème. Et cela permettrait aux Iraniens, alors attaqués par un pays nucléaire, de dire qu’ils n’ont désormais d’autre choix que de construire une bombe atomique.
Faire tomber les ayatollahs passe avant tout par le renforcement des sanctions. Le peuple iranien a du mal à comprendre une inflation à 60 %, la pénurie de poulet et d’essence alors que Téhéran est l’un des plus grands exportateurs au monde. Si cela continue, ils ne l’accepteront plus.
Mais Netanyahou, quant à lui, s’occupe de fixer des ultimatums aux Etats-Unis. C’est arrogant. On a tendance à l’oublier, mais les avions que Netanyahou voudrait envoyer pour bombarder l’Iran sont américains. Il pense qu’il peut entraîner les Etats-Unis dans quelque chose qu’ils ne souhaitent pas. Et il pousse Israël à la guerre trop tôt, alors que ce n’est pas encore nécessaire.
Tout comme Netanyahou, je pense que si nous arrivons à un point de non-retour, Israël se devra de bombarder, mais nous pouvons encore faire beaucoup pour éviter cela. J’ai eu du mal avec le discours de Netanyahou à l’Assemblée de l’ONU. A-t-on jamais vu cela, donner la date d’une guerre à l’avance ? On part en guerre uniquement lorsqu’on a plus le choix. Et ma date-butoir est celle des professionnels de la sécurité avec lesquels j’échange.

J.P. : Vous vous montrez très critique envers le Premier ministre. Pourriez-vous être ministre dans son gouvernement ?

Y.L. : Je pense qu’il a tort sur un sujet très important.
Quel genre de politicien serais-je si je restais silencieux face à ce qui me dérange ? Le Premier ministre a fait un très bon travail sur la question iranienne en mettant le sujet à l’ordre du jour mondial. Mais ensuite il en a fait un problème israélien. Idem avec l’économie : il a bien commencé, puis a commis des erreurs.

J.P : Qui est responsable selon vous de l’absence de négociations avec les Palestiniens ?
Y. L : Nous avons décidé, en tant que pays, d’ignorer le conflit israélo-palestinien. Je ne suis pas un gauchiste. Je pense que les Palestiniens sont les principaux à blâmer.
Après le désengagement, au lieu de construire des hôpitaux et des écoles, ils ont tiré des roquettes. Mais si un Premier ministre voulait absolument revenir à la table des négociations, il y parviendrait.
Je pense que Netanyahou a trop peur de Moshé Feiglin, du président de la coalition Zeev Elkin et d’autres extrémistes de son parti. Il a donc choisi de mettre le plus dangereux conflit de côté et de laisser nos enfants gérer le double du nombre de Palestiniens dans 20 ans, à la seule fin de pouvoir remporter facilement la prochaine convention du Likoud.

J. P. : Quel sera l’impact sur les relations israéloaméricaines si Obama et Netanyahou devaient être réélus ? Y.L. : Il y a toujours l’espoir que Netanyahou soit battu.
Et sinon, les deux leaders trouveront le moyen de collaborer.
La relation entre les Etats-Unis et Israël est plus forte que les dirigeants en présence. Mais ce serait plus facile si nous avions un autre gouvernement et un autre Premier ministre.

■ J.P. : Pourquoi avez-vous qualifié le plan du candidat à la tête de Habayit Hayehoudi, Naftali Bennet, qui consiste à annexer la Zone C à la Judée et Samarie d’antisioniste ?

Y. L. : Il a proposé de conférer à 50 000 Palestiniens la nationalité israélienne, et ce n’est que la première étape.
Cela annulerait le droit des réfugiés Juifs au retour et permettrait le droit du retour palestinien d’une certaine manière. Cela ouvrirait les portes à un flot qu’en termes de droits de l’Homme, on ne pourrait plus contenir. Je le vois donc comme un plan antisioniste.
Tout projet qui fait passer la terre d’Israël avant son peuple est antisioniste.
Notre objectif est une majorité juive en Israël, nous devons donc nous retirer des territoires, hormis les blocs d’implantation. Le plan du ministre des Affaires étrangères Avigdor Liberman (donner aux Palestiniens des territoires pré-1967 peuplés par des Arabes et garder davantage de la Judée et Samarie) est anticonstitutionnel.
Retirer la nationalité aux citoyens israéliens n’est pas démocratique. Comme la majorité de ce que propose Liberman, cela paraît formidable en théorie mais c’est irréaliste en pratique.

J. P. : Vous êtes un présentateur qui a fait le pas d’entrer en politique. Le public doit-il perdre confiance en les journalistes, censés être objectifs ?

Y. L.
: En Israël, les présentateurs des journaux télévisés ont souvent une opinion. Je suis éditorialiste et j’ai animé une émission. Les Israéliens mettront du temps à s’y faire et je le comprends. Mais vous préférez avoir des professionnels de la politique qui vont d’une bar-mitzva à une autre en embrassant des enfants qu’ils n’ont jamais vu ou de vraies personnalités issues du monde réel ? J’ai été présentateur pendant 4 ans et journaliste pendant 31 ans.
Les Israéliens s’attendent à ce que leurs leaders soient ennuyeux, et je comprends bien que ma différence saute aux yeux, mais ils s’en remettront.

■ J.P. : Comment pouvez-vous continuer à écrire votre édito maintenant que vous voilà lancé en politique ?

Y.L. : Le Conseil national de la presse a statué qu’il n’y avait rien de problématique à cela. J’aimerais que d’autres politiciens israéliens publient des tribunes et fassent partie du débat d’idées. J’aimerais savoir ce qu’ils pensent de leur famille et comment leurs enfants se débrouillent pour acheter un appartement ou gérer les problèmes scolaires de leur progéniture. J’aimerais bien aimé continuer à écrire mon édito même au gouvernement. Je pense que j’arrêterais, une fois l’élection annoncée, mais c’est à Yediot Aharonot de décider.

J.P. : Vous dites souvent qu’il y a trop de partis.Pourquoi alors en avoir créé un autre plutôt que de rejoindre une formation déjà existante ?

Y. L. : C’est vrai que c’est une contradiction et je l’accepte.
Mais je pense que les partis actuels ne vont pas régler les problèmes du pays car ils en ont eu l’occasion et ils ne l’ont pas fait. Par exemple, ils ne vont pas changer le système électoral.
Donc, la seule façon d’y parvenir, c’est d’entrer à la Knesset, à la tête d’un parti, et de dire : “voilà mes demandes, voilà mes impératifs, si vous voulez me voir gagner des mandats, voilà le prix que vous devrez payer”.
Ensuite, soit je serai amené à disparaître politiquement, soit je deviendrai à la tête d’un parti plus grand. Je ne dis pas que j’entrerai dans une coalition à tout prix, mais n’importe quel parti a une seule et même aspiration : avoir de l’influence.

J.P. : En quoi changeriez-vous le système électoral ?
Y. L. : Le système actuel crée une culture de corruption.
Si le gouvernement n’est pas obligé à l’honnêteté, à épargner les fonds pour le peuple et ainsi de suite, qui sommes nous donc pour exiger des citoyens qu’ils payent des impôts qu’ils peuvent facilement éviter de débourser ? Selon le plan que je propose, seul le dirigeant du plus large parti pourra composer un gouvernement, le seuil électoral sera élevé à 6 % des voix, et la coalition en place ne pourra être dissoute à moins de 70 voix pour. Les ministères seront limités à 18 et il n’y aura pas de ministre sans portefeuille.
Ceux qui ne veulent pas changer le système n’ont qu’à proposer de passer à un scrutin régional, car on restera des années à se battre sur le mode de division des circonscriptions.
Je suis prêt à passer à un système régional, mais seulement en tant que deuxième étape de la réforme.

J. P. : Comment quelqu’un comme vous qui a la réputation de fréquenter les plus riches du pays et qui a écrit sur son amour des cigares et de l’alcool peut prétendre représenter ou même comprendre les problèmes socioéconomiques de la classe moyenne ?

Y.L. : J’ai arrêté de fumer il y a deux ans et demi. J’ai grandi dans une famille classique de classe moyenne dans le sud de Tel-Aviv et ensuite j’ai commis “l’erreur” de réussir. Je refuse de m’en excuser. C’est ridicule de dire à quelqu’un qui a été journaliste pendant 31 ans, et qui s’est porté bénévole pour des associations caritatives, qu’il ne comprend pas. Je vis ici. Je ne laisserai pas à ceux qui lisent les sites de potins la satisfaction de croire qu’ils me connaissent. C’est par trop ridicule.

J. P. : Quelle est votre opinion sur Jonathan Pollard ?
Y. L. : Je pense qu’il doit être libéré. Il est temps. Les Etats-Unis sont inutilement durs avec quelqu’un de malade et de vieillissant. Tous les espions de la Guerre froide ont été libérés depuis des années, bien qu’ils espionnaient pour le compte de l’ennemi. Il est temps de libérer quelqu’un qui espionnait pour un ami.

J. P. : Comment expliquez-vous qu’en dépit de tous les problèmes du pays que vous soulignez, l’Index de démocratie israélienne montre que 76 % des Israéliens sont optimistes ?

Y. L. : Lorsque l’on demande aux Israéliens s’ils sont heureux, ils perçoivent cela comme une enquête sur leur patriotisme et ils sont patriotes. Mais si la question était de savoir s’ils sont satisfaits de la gestion des affaires publiques, les réponses seraient différentes, car le pays va dans la mauvaise direction. Nous sommes de plus en plus divisés et nous perdons le soutien de la communauté internationale. L’économie mondiale est morose et cela affecte notre marché. Notre gouvernement ne fonctionne pas : nous devons agir. Les Israéliens ne sont pas contents de la situation. Ils sont seulement heureux parce que c’est le pays qu’ils ont choisi.
Je pense que la gestion peut être améliorée et c’est pourquoi j’ai quitté mon travail pour me présenter. Nous avons de vraies solutions pour de vrais problèmes et nous pouvons faire un meilleur travail que les politiciens. Nous pouvons introduire une nouvelle façon de faire de la politique.
Suis-je la bonne personne pour cela ? C’est aux électeurs de décider.


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