100 premiers jours : bilan mitigé

Les 3 premiers mois de la coalition auront été éprouvants. Netanyahou tiendra-t-il son gouvernement pour les 1600 jours à venir ? Décryptage.

By GIL STERN STERN HOFFMAN
July 2, 2013 13:37

 
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Un anniversaire à la frontière. Le Premier ministre Binyamin Netanyahou a fêté les 100 premiers jours de sa coalition en inspectant la frontière syrienne, mercredi 26 juin. Mais l’atmosphère n’était pas à la fête : trop de pain sur la planche.

Sous son mandat précédent, avec un gouvernement parfaitement huilé, Bibi pouvait se permettre de se reposer sur ses lauriers de temps en temps. Les partis de la coalition, assez proches, s’entendaient bien. Le seul vote perdu par la majorité a eu lieu presque en catimini, après minuit, et a été abrogé dès la semaine suivante. Et surtout, il n’y avait pas d’alternative sérieuse pour la place de Premier ministre. Les temps ont bien changé.

La présente coalition n’était pas celle que souhaitait Netanyahou. A la place des harédim, avec qui il coopère facilement, il doit à présent gérer le fougueux ministre des Finances, Yaïr Lapid (Yesh Atid). A la place d’Ehoud Barak, son ancien et respecté commandant militaire, il doit faire avec Naftali Bennett (HaBayit HaYehoudi), son ancien directeur de cabinet que son épouse Sara et lui-même détestent.

A tout prendre, ces 100 premiers jours n’auront pas été que mauvais. Il y aura eu la visite du président américain Barack Obama et ses bons résultats. Il y aura eu aussi l’accord Open Skies qui assouplit la concurrence dans l’espace aérien. Il y a désormais du gaz naturel coulant à flots, tout comme les recettes fiscales qui devraient bientôt renflouer les caisses de l’Etat.

Mais, dans l’ensemble, ces 3 premiers mois se sont mal passés pour Netanyahou. Un candidat perçu comme relativement modéré a remporté la présidentielle en Iran, rendant le régime islamiste moins effrayant aux yeux de la communauté internationale. Une bataille politique acharnée a lieu au sein du Likoud alors que le Premier ministre pensait pouvoir éviter ces basses manoeuvres d’appareil. Enfin, la presse, cette ingrate, s’est focalisée sur l’hédonisme du couple Netanyahou, ses frais de voyage et résidences, ainsi que, cerise sur le gâteau, sur la crème glacée favorite de Bibi, parfum pistache.

Le Premier ministre n’est d’ailleurs pas au bout de ses peines. En Israël, des élections anticipées semblent toujours attendre les dirigeants au tournant. Netanyahou le sait. Et souhaite vivement aller au terme de son mandat. Voici les 7 dossiers clefs qu’il devra gérer avec habileté pour que le prochain scrutin ne se tienne pas avant le 7 novembre 2017.

L’enjeu socio-économique 

On ne s’en souvient presque plus aujourd’hui, mais le dernier gouvernement a été dissous car Netanyahou avait décidé que le prochain budget serait trop difficile à faire passer. Quelques mois plus tard, on en est toujours au même point. Le budget 2013-2014 doit être adopté au plus tard le 31 juillet prochain, date du départ en vacances d’été pour la Knesset. D’ici là, de nombreuses batailles sont encore en prévision entre parlementaires pour décider des coupes budgétaires qui seront maintenues ou évitées. Le principal conflit doit même se jouer au sein du Likoud-Beiteinou.

Les députées Guila Gamliel et Orly Levy-Abecassis ont en effet décidé de voter contre les clauses du programme économique qui porteraient atteinte aux couches les plus précaires de la population.

Pour ce qui est de la politique politicienne, les regards se porteront surtout du côté de Yesh Atid. La semaine dernière, la chef de file travailliste Shelly Yachimovich a ainsi annoncé qu’elle refusait de laisser les élus de son parti s’abstenir de voter pour contrebalancer une absence dans les rangs de la majorité, une pratique pourtant courante entre députés. Résultat : la parlementaire Karin Elharar, qui se déplace en fauteuil roulant et se trouve actuellement en congé maternité, devra peut-être se rendre à la Knesset pour soutenir le parti de Lapid lors des votes cruciaux sur le budget.

Etat vs. religion 

Kadima avait claqué la porte du gouvernement précédent après que son dirigeant, Shaoul Mofaz, ait décrété que Netanyahou n’en faisait pas assez pour enrôler les étudiants de yeshivot orthodoxes. Cette fois-ci, c’est le ministre de la Technologie et de l’Espace, Yaacov Peri – élu sur les listes de Yesh Atid, parti qui a récupéré la majorité des voix de Kadima – qui a élaboré un texte de loi pour augmenter la conscription des harédim ainsi que leur insertion sur le marché du travail.

Texte qui devrait être voté en première lecture par la Knesset à la fin du mois de juillet, mais a encore un long chemin à parcourir avant d’être promulgué. D’ici là, le ministre de la Défense Moshé Yaalon et les députés HaBayit HaYehoudi devraient tenter d’en adoucir la teneur et de le rendre moins anti-harédi.

La bonne nouvelle pour Netanyahou : l’implantation de cette loi et ses inévitables manifestations de masses orthodoxes n’auront lieu qu’après la fin de son mandat. En revanche, la bataille pour élire les prochains Grands Rabbins aura bien lieu.

La plupart des élus de la majorité sont en faveur du rabbin David Stav pour la fonction de Grand Rabbin ashkénaze, mais Netanyahou et une grande partie des électeurs lui préfèrent le rabbin David Lau. Des étincelles en perspective.

La réforme électorale

La réforme électorale est soutenue par deux partis : Yesh Atid et Israël Beiteinou. Mais si tous deux foisonnent d’idées pour limiter le nombre de ministres, ils ont en revanche plus de mal à s’accorder sur la façon de limiter les motions de censure, souvent longues et excessives. Par ailleurs, aucun des partis représentés à la Knesset ne semble militer sérieusement pour faire élire une partie des députés via des élections directes et régionales.

Avigdor Liberman (Israël Beiteinou) souhaite faire passer la réforme électorale aussi vite que possible. La proposition de loi devrait être chaperonnée par son proche allié, le président de la commission législative de la Knesset David Rotem.

Les affaires légales 

Cela fait plus de 15 ans que cela dure, mais la saga devrait enfin s’achever. L’avenir politique de Liberman est entre les mains du système judiciaire. Les dernières audiences de son procès pour fraude, corruption et abus de confiance devraient avoir lieu en juillet. Ensuite, le verdict pourrait tomber dès le mois d’août, bien que les tribunaux soient généralement en vacances à cette période de l’année. Le mois d’octobre, après les fêtes de septembre, est donc plus probable.

S’il est acquitté, Liberman pourrait être nommé ministre des Affaires étrangères en toute légalité. Mais cette nomination pourrait se voir retardée de plus d’un an par des procès en appel. D’ici là, le ministère des Affaires étrangères demeurera précaire, sans ministre pour empêcher que ses prérogatives ne s’éparpillent chez d’autres élus en quête d’attention médiatique.

Le front parlementaire

La majorité a été fort embarrassée lorsqu’elle a perdu un vote sur la nomination de Rotem à la commission de désignation des juges rabbiniques. A la place, la Knesset a élu deux députés de la majorité lors d’un vote au scrutin secret. Et si la coalition n’a pas perdu de vote sur une loi, son président Yariv Levin a dû repousser plusieurs textes à la dernière minute en s’apercevant que les députés de la majorité n’étaient pas assez nombreux dans l’assemblée pour l’emporter.

Globalement, les élus de la majorité se montrent nettement moins disciplinés que sous le gouvernement précédent. Les députés Likoud se sont avérés particulièrement turbulents, avec, en première ligne, l’ancien président de la Knesset Réouven Rivlin, fâché d’avoir été remplacé par Youli Edelstein et Moshé Feiglin, vexé qu’on l’empêche de prier sur le mont du Temple.

Exception faite du budget et de l’enrôlement des ultraorthodoxes, les prochains votes d’importance porteront sur les auteurs des attaques dites « du prix à payer », l’interdiction d’importer du foie gras et la décision du comité d’éthique de la Knesset sur les sanctions à l’égard des élus arabes qui ont déchiré une proposition de loi sur les revendications territoriales bédouines en séance plénière.

Les questions politiques

Le véritable atout politique de cette coalition ? Les deux hommes qui l’ont bâtie, Lapid et Bennett, ont besoin de temps pour faire leurs preuves.

C’est pourquoi ils ont tout deux déclaré à la presse américaine la semaine dernière qu’ils souhaitaient que le gouvernement perdure.

Cependant, côté Likoud, la bataille pour la succession de Netanyahou a commencé. Le vice-ministre de la Défense, Danny Dannon, devait l’emporter haut la main aux élections de la commission centrale du parti, dimanche 30 juin. Une nomination qu’il pourrait utiliser pour bloquer les efforts de Bibi sur le front diplomatique et dans sa volonté de fusionner avec Israël Beiteinou. Or, si le Premier ministre ne prouve pas qu’il reste numéro 1 au sein de son propre clan, l’agitation de ses successeurs à venir pourrait rendre la gouvernance encore plus complexe.

Sur l’agenda politique également : les élections municipales du 22 octobre prochain, qui devraient servir de test de popularité pour le Likoud.

Le dossier diplomatique

C’est le sujet qui intéresse la communauté internationale en premier chef. Pour le gouvernement Netanyahou, c’est au contraire la question qui attise le moins de polémique. Bien entendu, la ministre de la Justice Tzipi Livni est loin de partager les vues de Naftali Bennett. Mais le ministre de l’Economie a déclaré à maintes reprises qu’il ne démissionnerait pas d’un gouvernement qui se lancerait dans des pourparlers avec les Palestiniens, car il est convaincu de leur échec. D’ailleurs, Livni est déterminée à garder ces négociations secrètes afin d’assurer leur succès. Et si les échanges n’aboutissaient pas, la ministre ne pourrait pas s’en prendre à Netanyahou qui la soutient pleinement dans leur conduite. Elle pourrait même en arriver à blâmer les Palestiniens, en particulier si c’est ce que choisissent de faire les Américains.

Quant à l’Iran, il n’y a pas meilleur consensus entre les élus de la majorité. Tous les partis du gouvernement sont d’accord pour tenter de freiner la nucléarisation de Téhéran par des voies diplomatiques, tout en encourageant Tsahal à se préparer à toute éventualité. L’Histoire prouve d’ailleurs qu’il n’y a rien de tel pour unir les Israéliens et les politiciens récalcitrants qu’une confrontation militaire d’envergure.

Mais une telle tournure des événements est sans doute la dernière chose que souhaite Netanyahou pour ses quelque 1 600 jours restant à la tête du pays.

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