100 premiers jours : bilan mitigé

Les 3 premiers mois de la coalition auront été éprouvants. Netanyahou tiendra-t-il son gouvernement pour les 1600 jours à venir ? Décryptage.

P4 JFR 370 (photo credit: Omar Sinai / Reuters)
P4 JFR 370
(photo credit: Omar Sinai / Reuters)

Gil Hoffman Un anniversaire à la frontière. Le Premier ministre Binyamin Netanyahoua fêté les 100 premiers jours de sa coalition en inspectant la frontièresyrienne, mercredi 26 juin. Mais l’atmosphère n’était pas à la fête : trop depain sur la planche.

Sous son mandat précédent, avec un gouvernement parfaitement huilé, Bibi pouvaitse permettre de se reposer sur ses lauriers de temps en temps. Les partis de lacoalition, assez proches, s’entendaient bien. Le seul vote perdu par lamajorité a eu lieu presque en catimini, après minuit, et a été abrogé dès lasemaine suivante. Et surtout, il n’y avait pas d’alternative sérieuse pour laplace de Premier ministre. Les temps ont bien changé.

La présente coalition n’était pas celle que souhaitait Netanyahou. A la placedes harédim, avec qui il coopère facilement, il doit à présent gérer lefougueux ministre des Finances, Yaïr Lapid (Yesh Atid). A la place d’EhoudBarak, son ancien et respecté commandant militaire, il doit faire avec NaftaliBennett (HaBayit HaYehoudi), son ancien directeur de cabinet que son épouseSara et lui-même détestent.

A tout prendre, ces 100 premiers jours n’auront pas été que mauvais. Il y auraeu la visite du président américain Barack Obama et ses bons résultats. Il yaura eu aussi l’accord Open Skies qui assouplit la concurrence dans l’espaceaérien. Il y a désormais du gaz naturel coulant à flots, tout comme lesrecettes fiscales qui devraient bientôt renflouer les caisses de l’Etat.

Mais, dans l’ensemble, ces 3 premiers mois se sont mal passés pour Netanyahou.Un candidat perçu comme relativement modéré a remporté la présidentielle enIran, rendant le régime islamiste moins effrayant aux yeux de la communautéinternationale. Une bataille politique acharnée a lieu au sein du Likoud alorsque le Premier ministre pensait pouvoir éviter ces basses manoeuvres d’appareil.Enfin, la presse, cette ingrate, s’est focalisée sur l’hédonisme du coupleNetanyahou, ses frais de voyage et résidences, ainsi que, cerise sur le gâteau,sur la crème glacée favorite de Bibi, parfum pistache.

Le Premier ministre n’est d’ailleurs pas au bout de ses peines. En Israël, desélections anticipées semblent toujours attendre les dirigeants au tournant.Netanyahou le sait. Et souhaite vivement aller au terme de son mandat. Voiciles 7 dossiers clefs qu’il devra gérer avec habileté pour que le prochainscrutin ne se tienne pas avant le 7 novembre 2017.

L’enjeu socio-économique 

On ne s’en souvient presque plus aujourd’hui, mais ledernier gouvernement a été dissous car Netanyahou avait décidé que le prochainbudget serait trop difficile à faire passer. Quelques mois plus tard, on en esttoujours au même point. Le budget 2013-2014 doit être adopté au plus tard le 31juillet prochain, date du départ en vacances d’été pour la Knesset. D’ici là,de nombreuses batailles sont encore en prévision entre parlementaires pourdécider des coupes budgétaires qui seront maintenues ou évitées. Le principalconflit doit même se jouer au sein du Likoud-Beiteinou.

Les députées Guila Gamliel et Orly Levy-Abecassis ont en effet décidé de votercontre les clauses du programme économique qui porteraient atteinte aux couchesles plus précaires de la population.

Pour ce qui est de la politique politicienne, les regards se porteront surtoutdu côté de Yesh Atid. La semaine dernière, la chef de file travailliste ShellyYachimovich a ainsi annoncé qu’elle refusait de laisser les élus de son partis’abstenir de voter pour contrebalancer une absence dans les rangs de lamajorité, une pratique pourtant courante entre députés. Résultat : laparlementaire Karin Elharar, qui se déplace en fauteuil roulant et se trouveactuellement en congé maternité, devra peut-être se rendre à la Knesset poursoutenir le parti de Lapid lors des votes cruciaux sur le budget.

Etat vs. religion 

Kadima avait claqué la porte du gouvernement précédent aprèsque son dirigeant, Shaoul Mofaz, ait décrété que Netanyahou n’en faisait pasassez pour enrôler les étudiants de yeshivot orthodoxes. Cette fois-ci, c’estle ministre de la Technologie et de l’Espace, Yaacov Peri – élu sur les listesde Yesh Atid, parti qui a récupéré la majorité des voix de Kadima – qui aélaboré un texte de loi pour augmenter la conscription des harédim ainsi queleur insertion sur le marché du travail.

Texte qui devrait être voté en première lecture par la Knesset à la fin du moisde juillet, mais a encore un long chemin à parcourir avant d’être promulgué.D’ici là, le ministre de la Défense Moshé Yaalon et les députés HaBayitHaYehoudi devraient tenter d’en adoucir la teneur et de le rendre moinsanti-harédi.

La bonne nouvelle pour Netanyahou : l’implantation de cette loi et sesinévitables manifestations de masses orthodoxes n’auront lieu qu’après la finde son mandat. En revanche, la bataille pour élire les prochains Grands Rabbinsaura bien lieu.

La plupart des élus de la majorité sont en faveur du rabbin David Stav pour lafonction de Grand Rabbin ashkénaze, mais Netanyahou et une grande partie desélecteurs lui préfèrent le rabbin David Lau. Des étincelles en perspective.

La réforme électorale 

La réforme électorale est soutenue par deux partis : YeshAtid et Israël Beiteinou. Mais si tous deux foisonnent d’idées pour limiter lenombre de ministres, ils ont en revanche plus de mal à s’accorder sur la façonde limiter les motions de censure, souvent longues et excessives. Par ailleurs,aucun des partis représentés à la Knesset ne semble militer sérieusement pourfaire élire une partie des députés via des élections directes et régionales.

Avigdor Liberman (Israël Beiteinou) souhaite faire passer la réforme électoraleaussi vite que possible. La proposition de loi devrait être chaperonnée par sonproche allié, le président de la commission législative de la Knesset DavidRotem.

Les affaires légales 

Cela fait plus de 15 ans que cela dure, mais la sagadevrait enfin s’achever. L’avenir politique de Liberman est entre les mains dusystème judiciaire. Les dernières audiences de son procès pour fraude,corruption et abus de confiance devraient avoir lieu en juillet. Ensuite, leverdict pourrait tomber dès le mois d’août, bien que les tribunaux soientgénéralement en vacances à cette période de l’année. Le mois d’octobre, aprèsles fêtes de septembre, est donc plus probable.

S’il est acquitté, Liberman pourrait être nommé ministre des Affairesétrangères en toute légalité. Mais cette nomination pourrait se voir retardéede plus d’un an par des procès en appel. D’ici là, le ministère des Affairesétrangères demeurera précaire, sans ministre pour empêcher que ses prérogativesne s’éparpillent chez d’autres élus en quête d’attention médiatique.

Le front parlementaire 

La majorité a été fort embarrassée lorsqu’elle a perduun vote sur la nomination de Rotem à la commission de désignation des jugesrabbiniques. A la place, la Knesset a élu deux députés de la majorité lors d’unvote au scrutin secret. Et si la coalition n’a pas perdu de vote sur une loi,son président Yariv Levin a dû repousser plusieurs textes à la dernière minuteen s’apercevant que les députés de la majorité n’étaient pas assez nombreuxdans l’assemblée pour l’emporter.

Globalement, les élus de la majorité se montrent nettement moins disciplinésque sous le gouvernement précédent. Les députés Likoud se sont avérésparticulièrement turbulents, avec, en première ligne, l’ancien président de laKnesset Réouven Rivlin, fâché d’avoir été remplacé par Youli Edelstein et MoshéFeiglin, vexé qu’on l’empêche de prier sur le mont du Temple.

Exception faite du budget et de l’enrôlement des ultraorthodoxes, les prochainsvotes d’importance porteront sur les auteurs des attaques dites « du prix àpayer », l’interdiction d’importer du foie gras et la décision du comitéd’éthique de la Knesset sur les sanctions à l’égard des élus arabes qui ontdéchiré une proposition de loi sur les revendications territoriales bédouinesen séance plénière.

Les questions politiques 

Le véritable atout politique de cette coalition ? Lesdeux hommes qui l’ont bâtie, Lapid et Bennett, ont besoin de temps pour faireleurs preuves.

C’est pourquoi ils ont tout deux déclaré à la presse américaine la semainedernière qu’ils souhaitaient que le gouvernement perdure.

Cependant, côté Likoud, la bataille pour la succession de Netanyahou acommencé. Le vice-ministre de la Défense, Danny Dannon, devait l’emporter hautla main aux élections de la commission centrale du parti, dimanche 30 juin. Unenomination qu’il pourrait utiliser pour bloquer les efforts de Bibi sur lefront diplomatique et dans sa volonté de fusionner avec Israël Beiteinou. Or,si le Premier ministre ne prouve pas qu’il reste numéro 1 au sein de son propreclan, l’agitation de ses successeurs à venir pourrait rendre la gouvernanceencore plus complexe.

Sur l’agenda politique également : les élections municipales du 22 octobreprochain, qui devraient servir de test de popularité pour le Likoud.

Le dossier diplomatique 

C’est le sujet qui intéresse la communautéinternationale en premier chef. Pour le gouvernement Netanyahou, c’est aucontraire la question qui attise le moins de polémique. Bien entendu, laministre de la Justice Tzipi Livni est loin de partager les vues de NaftaliBennett. Mais le ministre de l’Economie a déclaré à maintes reprises qu’il nedémissionnerait pas d’un gouvernement qui se lancerait dans des pourparlersavec les Palestiniens, car il est convaincu de leur échec. D’ailleurs, Livniest déterminée à garder ces négociations secrètes afin d’assurer leur succès.Et si les échanges n’aboutissaient pas, la ministre ne pourrait pas s’enprendre à Netanyahou qui la soutient pleinement dans leur conduite. Ellepourrait même en arriver à blâmer les Palestiniens, en particulier si c’est ceque choisissent de faire les Américains.

Quant à l’Iran, il n’y a pas meilleur consensus entre les élus de la majorité.Tous les partis du gouvernement sont d’accord pour tenter de freiner lanucléarisation de Téhéran par des voies diplomatiques, tout en encourageantTsahal à se préparer à toute éventualité. L’Histoire prouve d’ailleurs qu’iln’y a rien de tel pour unir les Israéliens et les politiciens récalcitrantsqu’une confrontation militaire d’envergure.

Mais une telle tournure des événements est sans doute la dernière chose quesouhaite Netanyahou pour ses quelque 1 600 jours restant à la tête du pays.