2014 : une année de croissance pour l’économie israélienne

Rencontre avec le président de la banque Hapoalim, Yaïr Seroussi, autour de la politique monétaire, de la déréglementation et des nouvelles technologies pour un aperçu global de l’année à venir.

By NIV ELLIS
January 7, 2014 16:08
Yaïr Seroussi; Président de la banque Hapoalim

P13 JFR 370. (photo credit: Banque Hapoalim)

L’économie mondiale semble avoir pris un nouveau virage en 2013, en préambule de la reprise attendue en 2014. En Israël, le premier pays à avoir relevé ses taux d’intérêt au sortir de la crise, l’année a vu ceux-ci revenir à 1 % alors que le pays s’efforce de maintenir sa croissance modérée. L’exploitation du gaz au large des côtes et la force relative de l’économie ont stimulé le shekel, tandis qu’une foule de nouveaux leaders économiques comme le ministre des Finances Yaïr Lapid et la gouverneuse de la Banque d’Israël Karnit Flug ont pris leurs nouvelles fonctions. Le président de la banque Hapoalim, Yaïr Seroussi, fait partie de ces acteurs de premier plan. Entretien.


Comment résumeriez-vous 2013 sur le plan économique ?


Si l’on observe la macroéconomie israélienne, la croissance est encore d’environ 3-3,5 %. C’est bien par rapport à d’autres pays, mais ce n’est pas assez. Nous devrions viser une croissance plus rapide, plus proche de 4-5 %.


Le secteur des technologies de l’information continuera à maintenir son avance : ce moteur de croissance persiste à prendre de la vitesse. Le gaz récemment découvert va probablement rendre l’industrie israélienne plus propre et plus compétitive. Il s’agit d’un changement majeur avec des implications économiques considérables et positives.


Plus globalement, je pense que l’économie israélienne est surréglementée. Et nous en payons le prix ! Si nous sommes restés en deçà de notre potentiel de croissance, je crains que cela ne soit dû à un régime de réglementation déséquilibré. Le secret de la croissance est avant tout de savoir actionner les bons leviers politiques en proportion adéquate.


La Banque d’Israël a une nouvelle gouverneuse, Karnit Flug. Quels sont les défis auxquels elle va devoir faire face dans l’année à venir ?


La gouverneuse est confrontée à un dilemme difficile : stimuler la croissance en maintenant le taux d’intérêt déjà faible ou opter pour le ralentissement, afin de prévenir l’inflation. Une situation familière aux Américains, où la nouvelle présidente de la Réserve fédérale, Janet Yellen, est face à un dilemme similaire.


Le taux d’intérêt des Etats-Unis, qui est toujours proche de zéro, détermine les taux d’intérêt dans le monde entier. Les devises qui ont des taux d’intérêt plus élevés et font preuve de stabilité, comme celle d’Israël, deviennent trop fortes et cela crée des difficultés d’exportation aux entreprises. C’est un autre facteur qui a toujours reçu une grande considération de la part de la Banque d’Israël. Il est donc fort probable que nous assistions à la faiblesse généralisée des taux d’intérêt pendant un certain temps.


Ce phénomène, cependant, est à l’origine de la hausse des prix des actifs. En Israël, les prix de l’immobilier sont en hausse, ce qui génère des problèmes sociaux, un fardeau supplémentaire pour les jeunes et les secteurs les moins favorisés de notre société. Malgré la pénurie de l’offre de logements, le faible taux d’intérêt pousse les investisseurs sur le marché. C’est l’un des défis majeurs pour la nouvelle gouverneuse.


Quel effet a eu le faible taux d’intérêt sur la banque ?


Le faible taux d’intérêt entraîne une baisse des bénéfices de la banque. Nos marges sur les dépôts en sont particulièrement affectées.


La réglementation de l’après-crise met l’accent sur le coussin de capital et le désendettement. Les banques israéliennes sont parmi les moins endettées au monde. Nous maintenons et accumulons également des niveaux élevés de capital.


Conséquence : il nous faut travailler plus dur pour rester compétitifs, et nous connaissons une baisse de rendement des capitaux propres. Au lieu de 12,5 % de rendement sur le capital, nous obtenons avec difficulté un taux de rentabilité financière (ROE) à un chiffre, et il nous faut aujourd’hui faire beaucoup d’efforts pour maintenir ce taux.


Comment la banque utilise-t-elle la technologie pour faire face aux nouvelles demandes des clients ?


Les clients de nos jours sont plus avertis et plus exigeants. Nous, les banques, devons nous réinventer sans cesse pour rester à la pointe. Nous sommes à l’orée d’une révolution dans le secteur bancaire ici, menée par les clients et les avancées technologiques.


Nous devons construire de nouvelles technologies. La banque Hapoalim emploie 1 300 personnes dans le seul domaine de l’informatique et du développement de nouveaux produits. La technologie bancaire va continuera à évoluer rapidement dans les années à venir et je crois fermement qu’il s’agit d’un atout à exploiter. C’est pourquoi nous augmentons nos budgets informatiques et de R & D en conséquence.


L’innovation principale de la banque Hapoalim est venue des nouvelles applications pour Smartphone. Dès le début, il nous est apparu évident qu’il fallait permettre aux utilisateurs de réaliser presque toutes les opérations via leurs téléphones portables.


Nous avons joué sur notre audace israélienne et ouvert un programme qui offre aux start-up financières locales la possibilité d’utiliser notre système. Nous possédons une équipe de stratèges et de banquiers spécialisés prêts à investir dans ces sociétés si nous estimons la technologie prometteuse.


Jusqu’à présent, nous avons adopté 8 de ces innovations mises au point par des start-up. Certaines sont des nouveaux systèmes de paiement. D’autres ont pour but d’améliorer l’efficacité du processus bancaire. Nous augmentons l’utilisation et l’adoption de connaissance extérieure qui provient d’innovations présentes dans le pays.


Dans quels autres domaines la banque concentre-t-elle son expansion ?


Dans le secteur arabe, nous avons ouvert plusieurs branches en Galilée. Nous nous intéressons également aux ultraorthodoxes et accordons une attention particulière aux jeunes.


Nous avons mis beaucoup d’efforts au service des petites entreprises, qui ne figurent pas en tête de la liste des priorités en Israël. Bien que la banque Hapoalim soit la première en termes de prêts aux petites entreprises, nous pensons qu’il reste encore beaucoup à faire.


Le 3 janvier, nous avons organisé la Journée des petites entreprises, avec des événements dans tout le pays offrant conseils et information sur le sujet. Cela nous paraît très important pour la croissance continue du pays.


Vous avez dit plus tôt que la réglementation devait être allégée. Pouvez-vous être plus précis ?


Une réglementation intelligente, comme définie par la Banque mondiale, doit être adaptée aux systèmes qu’elle réglemente, et assurer un équilibre entre les besoins des consommateurs, la sécurité du système et le mandat de la société d’offrir un rendement satisfaisant aux investisseurs. Notre réglementation devrait être basée sur ce principe, et proposer des lignes directrices plutôt que des interventions intrusives dans les affaires.


Le problème de la réglementation israélienne est qu’elle mélange les systèmes réglementaires internationaux et essaie souvent d’être plus conservatrice que les autres. Cette rigidité empêche notre économie de se développer pour réaliser son plein potentiel.


Pour donner un exemple, je ne pense pas que les banques israéliennes devraient être les plus faiblement endettées du monde. C’est simplement la conséquence de la rigidité avec laquelle la Banque d’Israël mesure nos actifs à risque.


Cela pourrait aboutir à des restrictions en matière de crédit, un paradoxe pour nous qui avons continué à accorder des prêts tout au long de la crise, contrairement à d’autres banques dans les pays développés.


A mon avis, l’essentiel en matière de réglementation est de pouvoir gérer le risque, et non pas de chercher à tout prix à l’éviter complètement.


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