30 000 orthodoxes manifestent contre l’enrôlement

« Pas de compromis », a scandé le rabbin Auerbach.

By
May 21, 2013 12:23
4 minute read.
30 000 hommes en noir dans les rues de Jérusalem, jeudi 16 mai au soir.

JFR P5 370. (photo credit: Marc Israël Sellem/The Jerusalem Post)

Une marée noire. Plus de 30 000 harédim ont envahi les rues de Jérusalem, dans la soirée de jeudi 16 mai, pour protester contre l’enrôlement militaire des étudiants de yeshiva. La manifestation a ensuite pris un tour violent : 8 policiers ont été blessés et 10 hommes ont été arrêtés pour troubles à l’ordre public et jets de pierres.

Deux des officiers ont dû être hospitalisés dans un état modéré. La foule a incendié des bennes à ordures et jeté des bouteilles de verre et des pierres en direction des forces de l’ordre. En réponse, la police a employé des canons à eau et des grenades assourdissantes pour disperser les émeutiers.

La manifestation a eu lieu devant le centre de recrutement militaire de Romema, un quartier de la capitale. Les protestataires répondaient à l’appel du mouvement ultraconservateur de la Eda Harédite. Le rabbin Shmouel Auerbach, connu pour diriger la faction de Jérusalem, un groupe de harédim non hassidiques qui rejette le leadership du rabbin Aharon Leib Steinman, généralement reconnu comme le chef de file du mouvement, était également présent.

Prenant la parole pendant la manifestation, il a supplié les harédim de ne pas céder sur l’enrôlement. « Il ne peut y avoir de compromis. Nous formerons un mur contre ces mesures, un mur que personne ne pourra pénétrer. Mais si le moindre trou se forme dans ce mur, cela deviendra la voie par laquelle ils entreront », a mis en garde le rabbin. « Les étudiants de yeshiva ne doivent pas écouter ces flagorneries qui leurs disent qu’en allant à l’armée, ils pourront ensuite gagner un meilleur revenu. Ce serait faire comme Esaü qui a vendu son droit d’aînesse contre un plat de lentilles ! », a continué Auerbach.

Des propos repris en écho par le rabbin Itzhak Touvia Weiss, dirigeant de la Eda Harédite. « Nous ne dévierons pas de notre chemin. Nous ne quitterons pas la salle d’étude et ne permettrons à aucune influence étrangère d’y pénétrer », a-t-il déclaré, avant de lancer : « Ces gens-là veulent arracher la Torah au peuple juif, mais notre mission est de ne pas abandonner la salle d’étude ».

Le rabbin Moshé Sternboch, numéro 2 du mouvement radical, a affirmé que la communauté continuerait selon ses usages, même si la loi était adoptée par le gouvernement. « Nous continuerons d’éduquer nos enfants comme nous l’avons fait depuis des générations. Vous pouvez faire passer vos budgets et vos mesures, nous continuerons quand même ».

La Eda Harédite est un segment particulièrement radical au sein de la communauté orthodoxe, mais ne représente que quelques milliers de familles, principalement installées à Jérusalem. La manifestation n’était pas soutenue par les principaux courants orthodoxes, qui s’opposent pourtant également très vigoureusement à l’enrôlement des harédim.

Selon les accords de coalition passés entre les différents partis du gouvernement Netanyahou, les étudiants de yeshiva devront s’enrôler comme tous les autres jeunes Israéliens, à compter de 2017. Seule exception : 1 800 élèves particulièrement brillants qui obtiendront une exemption chaque année. La loi devrait être adoptée ces prochains mois.

3 réformes religieuses 

Le ministre des Cultes, Naftali Bennett, présente ces mesures comme « révolutionnaires ».

Pas peu fiers. Le ministre des Cultes, Naftali Bennett, et son vice-ministre, Eli Ben-Dahan (HaBayit HaYehoudi) ont dévoilé 3 réformes des services religieux, qu’ils ont qualifié de « révolutionnaires ». Objectif : rendre plus accessibles les services religieux, souvent décriés pour être particulièrement lourds et peu accueillants.

1. Abolition de la séparation des districts d’enregistrement pour les mariages En clair : les futurs mariés pourront s’inscrire partout dans le pays, ce qui créera une compétition parmi les conseils religieux régionaux pour les 600 shekels de frais d’enregistrement et devrait améliorer la qualité du service.

2. La nomination des présidents de conseils se fera désormais sur des critères professionnels En clair : ces nominations ne se feront plus sur un vote des autorités locales et religieuses et du rabbinat, comme c’est actuellement le cas, évitant ainsi « le népotisme et le favoritisme », selon le voeu de Bennett.

3. Le nombre de conseils religieux régionaux seront réduits de 132 à 80 En clair : le ministère des Cultes souhaite rediriger les fonds économisés, encore une fois pour améliorer l’accueil du public et la qualité de ses services.

Si ces réformes sont unanimement considérées comme efficaces sur la forme, de nombreuses voix se sont élevées dans l’opposition pour en dénoncer le fond. Selon le parti Meretz, Bennett ne fait que « remplacer les kippas noires par les kippas crochetées, plaquer un sourire sur le service », mais ne s’attaque pas au réel problème, à savoir le pluralisme religieux. Une analyse partagée par les mouvements libéral et conservateur. « La seule révolution qui puisse guérir la crise des services religieux en Israël est l’abolition du monopole orthodoxe et l’instauration d’un vrai choix pour les différentes communautés juives », a ainsi écrit le directeur du Mouvement israélien réformé, le rabbin Guilad Kariv.


Related Content

February 11, 2018
Les nouveaux « judaïsants »

By DAN HUMMEL