Anne Pollard : de la prison à la politique

28ans après avoir été arrêtée à Washington avec son ex-mari, Anne Pollard est candidate à la mairie de Ramat Gan.

P17 JFR 370 (photo credit: Aloni Mor)
P17 JFR 370
(photo credit: Aloni Mor)
Anne Pollard, lapremière épouse de l’espion israélien emprisonné, Jonathan Pollard, se lancedans une surprenante carrière politique.

Celle qui, àl’époque, a aussi fait de la prison pour espionnage aux Etats-Unis, en rapportavec l’affaire de son mari, a été choisie comme n° 2 sur la liste Ahshav(Maintenant). Une liste dirigée par le président du conseil municipal de RamatGan, Arik Nudelman, lui-même candidat à la mairie.

Anne Pollard afait son aliya en 1991, après avoir été libérée de prison et à la suite de sondivorce. Elle retournera toutefois à New York à la fin des années 1990, où elleva rester jusqu’en 2010, avant de revenir définitivement en Israël il y a troisans, grâce à l’intervention du Premier ministre Binyamin Netanyahou et del’ancien ministre des Affaires étrangères Avigdor Liberman, en raison de gravesproblèmes de santé. Depuis, elle vit à Ramat Gan. « J’ai toujours aimé Israël.J’ai toujours senti que c’était ma maison. Mes racines sont ici »,
explique-t-elle.

Une femme sereineen campagne

Grande, la cinquantaine fringante, Anne Pollard est une femmeséduisante. Lors de notre rencontre, Nudelman, qui l’a recrutée pour lesprochaines élections locales, et Will Roth, le directeur de campagne du partiAhshav, qui n’en est pas à sa première expérience électorale en Israël commeaux Etats-Unis, se joignent à nous.

Pollard s’exprimed’une voix douce, un peu frêle, teintée d’un fort accent américain. Elle estvisiblement ravie de se présenter aux élections, et enthousiaste à l’idée de cenouveau tournant dans sa vie.

Par le passé,elle ne cachait pas son amertume et son sentiment de frustration à se voirtrahie, à la suite de son emprisonnement et de celui de Jonathan, en plus desproblèmes de santé rencontrés pendant son séjour en prison. Mais c’est avec uncalme et une sérénité retrouvés qu’apparaît la nouvelle Anne Pollard de 2013,conciliante et détendue.

Interrogée surles changements qu’elle entend mettre en œuvre à Ramat Gan, elle déclare : «D’abord et avant tout, promouvoir tout ce qui a trait à la situation des femmesdans notre ville. Ma porte sera toujours ouverte. Je suis heureuse de parleravec tout le monde, des enfants aux personnes âgées, jusqu’à 120 ans et plus.Je soutiendrai les femmes et, bien sûr, tous les habitants de
Ramat Gan. »

Par le passé, vous avez sérieusement critiqué le gouvernement israélien.Comment vous-êtes vous soudain décidée à vous présenter aux élections ?
Jusqu’àil y a quelques années, le gouvernement israélien a tenté de minimiser son rôledans l’affaire Pollard. Il ne s’est pas suffisamment battu pour la libérationde Jonathan. Aussi ai-je réclamé qu’il s’implique plus sérieusement. Ce n’étaitpas une affaire d’Etat, mais une question politique. Je ne suis pas fâchéeaprès Israël en tant qu’Etat.

Que faites-vousactuellement professionnellement ?
Je suis impliquée dans l’entrepreneuriat etles affaires, et je souhaite œuvrer pour le bénéfice des habitants de RamatGan.

Quel est votrelien avec la ville de Ramat Gan ?
J’ai fait mon aliya, il y a trois ans, avecmon père qui a vraiment aimé Ramat Gan. En tant qu’ancien New Yorkais, il a ététrès impressionné par le développement moderne et les standards élevés de laville. Malheureusement, il est décédé subitement.

Avec mon entréedans la vie politique locale, je reviens en fait à mes racines. Je suis née àNew York et j’ai fait mes études à Washington, DC. J’étais une excellente élèveet j’ai fini l’école très en avance. J’ai poursuivi sur place mes étudesuniversitaires. Puis j’ai travaillé comme lobbyiste au Congrès et au Sénat.C’est là que j’ai fait la connaissance de Jonathan. Des amis communs nous ontdit : « Vous, les deux sionistes, vous devriez vous rencontrer ».

Quand vousêtes-vous mariés ?
Au début, nous avons vécu ensemble, puis quand j’avais 24ans, en 1985, nous nous sommes mariés. Nous avons été arrêtés à peine troismois plus tard. D’une certaine manière, j’ai passé ma lune de miel en prison.

N’avez-vous paspeur de vous lancer en politique ?
Non. J’ai travaillé pendant de nombreuses annéesdans un monde d’hommes. Après les années difficiles passées en prison, plusrien ne m’effraie. Là-bas, j’ai tenu tête à des néonazis et à des membres desFrères musulmans. Et les conditions étaient épouvantables. Personne ne peut mebarrer la route.

Avez-vous vécudes expériences difficiles en Israël, également ?
J’ai été témoin de laterrible attaque terroriste sur le bus n° 5, rue Dizengoff en octobre 1994, etau centre Dizengoff en mars 1996. J’ai vu des Scud atterrir dans la région deTel-Aviv. Donc non, je n’ai plus peur de rien.

Qu’est-ce quivous gêne, aujourd’hui, à Ramat Gan ?
Il n’y a rien qui me dérange vraiment àpropos de la ville. Mais j’envisage à présent de tout mettre en œuvre pouraméliorer la situation des habitants ici et optimiser leurs conditions de vie.Nous représentons une force nouvelle pour la cité, à laquelle nous apportonsfraîcheur et netteté.

Qu’est-ce quivous plaît, à propos de Ramat Gan ? J’apprécie particulièrement le côtéchaleureux et bienveillant des habitants. La ville est un merveilleux mélangede cultures fascinantes.

Quand j’étaistenue en isolement en prison, c’était très important pour moi de faire en sortede conserver toute ma chaleur humaine. Je crois avoir les moyens et la capacitéde savoir l’apprécier chez les autres.

Quel est votresentiment du fait que Jonathan soit toujours en prison ? Jonathan m’est trèscher, et j’espère toujours qu’ils vont le laisser venir en Israël. Je vis pource jour-là. J’y pense tout le temps.

Si vous êtes élueau Conseil municipal de Ramat Gan, comptez-vous lancer une nouvelle initiativepour réclamer sa libération ? Bien sûr.



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