Anne Pollard : de la prison à la politique

28ans après avoir été arrêtée à Washington avec son ex-mari, Anne Pollard est candidate à la mairie de Ramat Gan.

By MOSHE COHEN
October 15, 2013 16:30
Anne Pollard et Arik Nudelman

P17 JFR 370. (photo credit: Aloni Mor)

Anne Pollard, la première épouse de l’espion israélien emprisonné, Jonathan Pollard, se lance dans une surprenante carrière politique.


Celle qui, à l’époque, a aussi fait de la prison pour espionnage aux Etats-Unis, en rapport avec l’affaire de son mari, a été choisie comme n° 2 sur la liste Ahshav (Maintenant). Une liste dirigée par le président du conseil municipal de Ramat Gan, Arik Nudelman, lui-même candidat à la mairie.


Anne Pollard a fait son aliya en 1991, après avoir été libérée de prison et à la suite de son divorce. Elle retournera toutefois à New York à la fin des années 1990, où elle va rester jusqu’en 2010, avant de revenir définitivement en Israël il y a trois ans, grâce à l’intervention du Premier ministre Binyamin Netanyahou et de l’ancien ministre des Affaires étrangères Avigdor Liberman, en raison de graves problèmes de santé. Depuis, elle vit à Ramat Gan. « J’ai toujours aimé Israël. J’ai toujours senti que c’était ma maison. Mes racines sont ici »,
explique-t-elle.


Une femme sereine en campagne


Grande, la cinquantaine fringante, Anne Pollard est une femme séduisante. Lors de notre rencontre, Nudelman, qui l’a recrutée pour les prochaines élections locales, et Will Roth, le directeur de campagne du parti Ahshav, qui n’en est pas à sa première expérience électorale en Israël comme aux Etats-Unis, se joignent à nous.


Pollard s’exprime d’une voix douce, un peu frêle, teintée d’un fort accent américain. Elle est visiblement ravie de se présenter aux élections, et enthousiaste à l’idée de ce nouveau tournant dans sa vie.


Par le passé, elle ne cachait pas son amertume et son sentiment de frustration à se voir trahie, à la suite de son emprisonnement et de celui de Jonathan, en plus des problèmes de santé rencontrés pendant son séjour en prison. Mais c’est avec un calme et une sérénité retrouvés qu’apparaît la nouvelle Anne Pollard de 2013, conciliante et détendue.


Interrogée sur les changements qu’elle entend mettre en œuvre à Ramat Gan, elle déclare : « D’abord et avant tout, promouvoir tout ce qui a trait à la situation des femmes dans notre ville. Ma porte sera toujours ouverte. Je suis heureuse de parler avec tout le monde, des enfants aux personnes âgées, jusqu’à 120 ans et plus. Je soutiendrai les femmes et, bien sûr, tous les habitants de
Ramat Gan. »


Par le passé, vous avez sérieusement critiqué le gouvernement israélien. Comment vous-êtes vous soudain décidée à vous présenter aux élections ?
Jusqu’à il y a quelques années, le gouvernement israélien a tenté de minimiser son rôle dans l’affaire Pollard. Il ne s’est pas suffisamment battu pour la libération de Jonathan. Aussi ai-je réclamé qu’il s’implique plus sérieusement. Ce n’était pas une affaire d’Etat, mais une question politique. Je ne suis pas fâchée après Israël en tant qu’Etat.


Que faites-vous actuellement professionnellement ?
Je suis impliquée dans l’entrepreneuriat et les affaires, et je souhaite œuvrer pour le bénéfice des habitants de Ramat Gan.


Quel est votre lien avec la ville de Ramat Gan ?
J’ai fait mon aliya, il y a trois ans, avec mon père qui a vraiment aimé Ramat Gan. En tant qu’ancien New Yorkais, il a été très impressionné par le développement moderne et les standards élevés de la ville. Malheureusement, il est décédé subitement.


Avec mon entrée dans la vie politique locale, je reviens en fait à mes racines. Je suis née à New York et j’ai fait mes études à Washington, DC. J’étais une excellente élève et j’ai fini l’école très en avance. J’ai poursuivi sur place mes études universitaires. Puis j’ai travaillé comme lobbyiste au Congrès et au Sénat. C’est là que j’ai fait la connaissance de Jonathan. Des amis communs nous ont dit : « Vous, les deux sionistes, vous devriez vous rencontrer ».


Quand vous êtes-vous mariés ?
Au début, nous avons vécu ensemble, puis quand j’avais 24 ans, en 1985, nous nous sommes mariés. Nous avons été arrêtés à peine trois mois plus tard. D’une certaine manière, j’ai passé ma lune de miel en prison.


N’avez-vous pas peur de vous lancer en politique ?
Non. J’ai travaillé pendant de nombreuses années dans un monde d’hommes. Après les années difficiles passées en prison, plus rien ne m’effraie. Là-bas, j’ai tenu tête à des néonazis et à des membres des Frères musulmans. Et les conditions étaient épouvantables. Personne ne peut me barrer la route.


Avez-vous vécu des expériences difficiles en Israël, également ?
J’ai été témoin de la terrible attaque terroriste sur le bus n° 5, rue Dizengoff en octobre 1994, et au centre Dizengoff en mars 1996. J’ai vu des Scud atterrir dans la région de Tel-Aviv. Donc non, je n’ai plus peur de rien.


Qu’est-ce qui vous gêne, aujourd’hui, à Ramat Gan ?
Il n’y a rien qui me dérange vraiment à propos de la ville. Mais j’envisage à présent de tout mettre en œuvre pour améliorer la situation des habitants ici et optimiser leurs conditions de vie. Nous représentons une force nouvelle pour la cité, à laquelle nous apportons fraîcheur et netteté.


Qu’est-ce qui vous plaît, à propos de Ramat Gan ? J’apprécie particulièrement le côté chaleureux et bienveillant des habitants. La ville est un merveilleux mélange de cultures fascinantes.


Quand j’étais tenue en isolement en prison, c’était très important pour moi de faire en sorte de conserver toute ma chaleur humaine. Je crois avoir les moyens et la capacité de savoir l’apprécier chez les autres.


Quel est votre sentiment du fait que Jonathan soit toujours en prison ? Jonathan m’est très cher, et j’espère toujours qu’ils vont le laisser venir en Israël. Je vis pour ce jour-là. J’y pense tout le temps.


Si vous êtes élue au Conseil municipal de Ramat Gan, comptez-vous lancer une nouvelle initiative pour réclamer sa libération ? Bien sûr.



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