Budget : la semaine tourmentée de Yaïr Lapid

Le ministre des Finances a dû affronter une tempête médiatique et populaire suite à sa proposition d’augmenter les impôts et la TVA.

By NIV ELLIS, YAARA SHALOM ET BEN HARTMAN
May 13, 2013 11:36
Yesh Atid leader Yair Lapid at a faction meeting, February 18, 2013.

Lapid at faction meeting 370. (photo credit: Marc Israel Sellem/The Jerusalem Post)

Une semaine qui se termine par des excuses. Très critiqué sur sa proposition de budget 2013-2014, le ministre des Finances Yaïr Lapid a rédigé un message aux membres de Yesh Atid, samedi 11 mai, s’excusant de ne pas avoir été suffisamment transparent, mais défendant son plan, « nécessaire pour l’économie israélienne ». L’élu s’était fait rare dans les médias jusqu’à la publication du budget, mardi 7 mai, communiquant essentiellement via son compte Facebook.

Depuis, il a tenu une conférence de presse en compagnie du président de la Histadrout, Ofer Eini, accordé une interview à Aroutz 2 et envoyé un e-mail « Questions fréquentes » au sujet de son plan économique.

Révolution(s) à venir 

« Je vous dois des excuses. Au cours de ces dernières semaines, je ne vous ai pas vraiment fourni de réponses. Je m’étais totalement investi dans cette tâche importante et compliquée qu’est la préparation du budget », a écrit l’ancien journaliste et écrivain. « Ce budget, nécessaire, n’est qu’une première étape et il passera vite. Après lui, les réformes viendront », a annoncé le ministre, promettant des mesures pour réduire le coût de la vie et améliorer l’existence de « l’homme qui travaille ». « Nous révolutionnerons le logement, le marché du travail et le coût de la vie », a poursuivi Lapid, exhortant ses soutiens de lui donner plus de temps.

Le ministre a également dévoilé sa rencontre de vendredi 10 mai avec le président de la compagnie pharmaceutique Teva, Jeremy Levin, qui portait sur la possibilité de réformer la loi dite de l’encouragement à l’investissement de capitaux. C’est en vertu de ce texte que les 4 plus grosses entreprises israéliennes ont bénéficié de 70 % des exonérations fiscales accordées par l’Etat jusqu’en 2010, comme l’a récemment révélé un rapport.

Selon Lapid, les deux hommes se sont mis d’accord pour accélérer la réforme de ces exonérations cédées aux grandes multinationales.

Le ministre a assuré avoir tenu ses promesses de campagne en ne ciblant pas seulement la classe moyenne, mais aussi la classe aisée et le secteur orthodoxe. « Oui, la classe moyenne est touchée par ce budget, je ne le nie pas un seul instant, mais, au moins, cette fois d’autres secteurs sont également mis à contribution », s’est justifié Lapid. Et de poursuivre : sans ces sévères restrictions budgétaires, la note de crédit israélienne baisserait et le coût de la dette augmenterait de 37 milliards de shekels par an. Ce qui signifierait des coupes encore plus profondes l’année prochaine.

Quant à savoir pourquoi il ne s’ést pas attaqué aux grands syndicats, l’élu a promis de revoir prochainement les conventions collectives de Hevrat Hahachmal (société d’électricité) et des ports maritimes. « Le but », a-t-il cependant rappelé, « n’est pas de se battre pour être applaudi, mais bien pour changer la situation ». A ce sujet, a-t-il écrit, les concessions faites à Ofer Eini ont évité une grève qui aurait coûté 2 milliards de shekels par jour au marché israélien et aurait aggravé le déficit.

« Je ne suis pas socialiste » 

Cet e-mail faisait suite à une interview houleuse diffusée par Aroutz 2 vendredi soir. Où Lapid a promis de « sortir l’économie israélienne de l’abîme dans laquelle elle s’est enfoncée, et même plus tôt que prévu ». Pressé de répondre par les journalistes Danny Kushmaro et Keren Martziano sur la question de savoir pourquoi la plupart des hausses fiscales se concentrent sur la classe moyenne, Lapid a fini par lâcher : « Je ne suis pas socialiste. Je connais la théorie qui dit “prenons aux riches”, mais cela réussit nulle part… Je ne ruinerai pas l’économie israélienne juste pour que l’on arrête de me critiquer sur Facebook. Je suis déterminé à prendre les bonnes décisions, même si elles ne sont pas populaires ».

Les 2 journalistes ont particulièrement attaqué Lapid sur son manque d’expérience dans la discipline économique. Mais Lapid a défendu sa nomination aux Finances, arguant qu’il s’était entouré des meilleurs économistes du pays et que le travail du ministre des Finances ne consiste pas à en être un soi-même. « Je voulais être ministre des Finances pour découvrir “où est passé l’argent” ? », a déclaré le politicien en référence à son slogan de campagne avant de fanfaronner : « Avec 19 mandats, personne ne pouvait me forcer à prendre un ministère dont je ne voulais pas ». Et d’ajouter n’être pas autrement impressionné par le travail de ses prédécesseurs.

« Ce n’est pas parce qu’on est élu depuis 20 ans qu’on est prêt à devenir ministre des Finances », a-t-il estimé.

Le budget devait être adopté en conseil des ministres dès lundi 13 mai. Il devra ensuite être approuvé par la Knesset d’ici le 1er août, sous peine de nouvelles élections générales.

En clair: tout ce qu’il faut savoir sur le futur budget 2013-2014 

Il devait être approuvé dès lundi 13 mai en conseil des ministres. Puis adopté par la Knesset d’ici le 1er août.

Attendu les critiques qu’il soulève, de nombreux aspects risquent en définitive d’être modifiés. Mais en attendant, voici les grandes lignes du budget défendu par le ministre des Finances Yaïr Lapid.

Objectif de déficit : 4,65 % du PIB Hausse de l’impôt sur le revenu en 2014 : 1,5 % Hausse de la TVA : 1 % (passage de 17 à 18 %).

Hausse de l’impôt sur les sociétés : de 1 à 26 % Coupe dans le budget de la défense (sous réserve d’approbation) : 4 milliards de shekels Nouveaux impôts sur les cigarettes et l’alcool.

Réduction des allocations parentales : 140 shekels par enfant (jusqu’en 2015) et plus de prise en charge des activités d’après-midi pour les élèves âgés de plus de 9 ans.

Et aussi : réduction des exonérations d’impôts, nouveaux impôts sur les acquisitions immobilières, nouvelle fiscalité sur les fonds de retraite… 

« Pour un budget juste » 

Le mouvement du social reprend du flambeau. Cette fois-ci, Yaïr Lapid n’est plus dans les rangs mais sur les pancartes. Dix mille personnes sont descendues dans la rue dans la soirée de samedi 11 mai. Cette fois-ci, ce n’était plus la « justice sociale » qui est indifféremment réclamée, comme à l’été 2011, mais « un budget juste ». Et le ministre des Finances Yaïr Lapid faisait office d’ennemi public numéro 1. La foule a ainsi scandé : « Il n’y pas d’avenir avec Yaïr », en référence au nom de Yesh Atid (« Il y a un avenir », en hébreu). D’autres défilés plus modestes se sont également tenus à Jérusalem, Haïfa et Ashdod.

La page Facebook de l’événement indiquait les revendications de la manifestation : « Au lieu de ce budget meurtrier qui augmente les impôts payés par ceux qui travaillent, les mères au foyer et les personnes âgées, le peuple exige la fin des exonérations pour les grands magnats (tycoons), la fin de la privatisation des ressources naturelles et la fin des subventions aux implantations isolées ».

Les manifestants s’étaient armés de banderoles où l’on pouvait notamment lire : « Où est passé l’argent ? Chez les tycoons, idiot ! ». Ou encore : « A Yitzar ! ». Le mouvement social de 2011 avait évité de condamner directement les implantations mais, samedi soir, de nombreuses personnes dans le cortège se disaient mécontentes des investissements en Judée-Samarie, « alors que l’on sait très bien qu’Israël ne gardera pas la souveraineté sur tous ces endroits ».

De nombreux leaders de l’ancien mouvement social avaient répondu présents, dont Daphni Leef, et les nouveaux députés travaillistes Stav Shaffir et Itzik Shmuly.


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