Du pouvoir de l’encartage

Pourquoi militer dans un parti ? Pour lutter contre les lacunes du système électoral.

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December 18, 2012 13:07
Du pouvoir de l'encartage

1912JFR10 521. (photo credit: Jerusalem Post)


Peu avant les élections américaines, je lisais un article du fameux chanteur israélien Shlomo Artzi, qui déplorait qu’Israël n’avait pas son Barack Obama. Espoir, changement, dynamisme : Artzi, et beaucoup d’autres Israéliens selon moi, veulent voir ces ingrédients chez un leader. Mais peine perdue.

Le système politique israélien n’est pas conçu pour. Dans notre système politique, le véritable enjeu pour tout candidat à la Knesset se joue au moment des primaires. Si son parti obtient 27 mandats et qu’il est 28e sur la liste, il est hors-jeu.

Mais malgré l’importance évidente des primaires, très peu de citoyens ont leur carte de parti.

Si l’on prend les grands partis démocratiques du pays (qui ont organisé des primaires) – le Likoud, Kadima, le Parti travailliste et Habayit Hayehoudi – ils totalisent seulement 347 000 membres (environ 4,4 % de la population), pour environ 150 500 votants lors des élections internes (environ 1,9 %).

Une variété de facteurs expliquent ces chiffres dérisoires : le citoyen lambda ne saisit pas pleinement l’importance des élections primaires ; il ne prend tout simplement pas le temps de s’inscrire ; le processus d’inscription et de mise à jour peut être fastidieux. Sans parler du fait que tout cela n’est pas gratuit (40 à 64 shekels en fonction du parti) et nécessite une période d’attente.

Pour le Likoud par exemple : 16 mois.

Peu importe la raison, ce taux de participation honteusement bas dénature le déroulement et les résultats des primaires, car quelques centaines de membres peuvent influer sur l’avenir politique d’un membre de la Knesset.

Beaucoup profitent de ce faible nombre en inscrivant à leur parti amis et famille, collègues de bureau, voire employés. De braves citoyens qui ne connaissent souvent rien à la politique interne de la faction et ignorent pour qui voter, n’ayant fait qu’écouter les belles paroles de celui qui les a encartés.

Certains, parfois, s’inscrivent pour soutenir un groupe d’intérêt auquel ils appartiennent, comme un lobby ou un syndicat. L’exemple le plus extrême est celui d’entrepreneurs qui inscrivent au parti de leur choix des milliers d’employés dès l’embauche.

Ils promettent à ces nouvelles recrues moult faveurs, emplois et autres privilèges prodigués par les membres de la Knesset et les ministres pour lesquels ils ont oeuvré.

95,6 % des Israéliens, sans voix 


Pour survivre et s’octroyer le plus de soutiens possibles, les députés sont donc contraints de faire des ronds-de-jambe. Objectif double : inscrire un maximum de votants, mais aussi se faire bien voir par les autres députés ou candidats.

Difficile d’imaginer Barack Obama, ou du moins l’Obama tel qu’on se l’imagine, se livrer à de telles pratiques. Car en Israël, c’est bien ce qu’il aurait dû faire pour s’assurer la victoire. Et quand bien même, ce n’est pas pour autant le succès garanti.

Bien sûr, en Israël, nous n’avons pas nécessairement besoin d’un Barack Obama. Ce dont nous avons besoin, c’est d’un système politique qui permette d’introduire de nouveaux talents, des hommes et des femmes qui ne soient pas nécessairement d’anciens généraux, des fils de politiciens célèbres, ou des personnalités médiatiques. La Knesset ne doit pas être La Croisette des célébrités.

Plus encore, il nous faut un système qui place le pouvoir électoral dans les mains du public, et non dans celles d’un comité central ou d’un secrétariat de parti.

Ne vous attendez pas à une réforme radicale pour tout de suite. Le système actuel place le pouvoir dans les mains des partis. Et il semble peu probable que ces mêmes partis votent en faveur de réformes qui limiteront leur pouvoir.

Les Israéliens non plus ne semblent pas comprendre que 95,6 % d’entre eux n’ont pas de voix dans la moitié du processus démocratique. Jusqu’à ce qu’ils en soient conscients et demandent une réforme, la seule solution est d’accroître la participation du public en encourageant les citoyens à voter lors des primaires.

Un système infirme 


Une chose est certaine : si vous n’êtes pas membre d’un parti qui organise des primaires, vous avez très peu d’incidence sur ceux qui vous représentent. Pouvoir voter pour un représentant est un droit dont tout le monde devrait bénéficier.

A mon arrivée en Israël, je n’imaginais pas que je concourrai un jour pour une place sur la liste parlementaire du Likoud peu de temps après. Je voulais être impliqué dans le processus politique, soutenir le parti et voir comment les choses tourneraient.

Mais plus j’en apprenais, plus je comprenais à quel point le système était infirme. En tant que membre du Comité central du Likoud, j’ai pu constater la manière dont les votes étaient indéfiniment retardés par peur du résultat, comment des propositions à-prendre-ou-àlaisser - propositions qui auront un impact direct sur la composition de la Knesset - étaient soumises au Comité juste avant le vote.

J’ai vu comment le Comité central était élu, comment les électeurs soumettaient des bulletins de vote pré-imprimés avec les noms de candidats dont ils n’avaient jamais entendu parler.

Ce n’est pas là un acte d’accusation contre le Likoud – au moins il tient des primaires. Mais il est difficile d’imaginer que n’importe quel processus soit juste quand la participation du public est si faible.

Mon espoir est de servir de porteparole à ceux qui en ont tout simplement assez du manque de responsabilité et du manque de fidélité qui résultent de notre système politique.

Et j’espère qu’avec le temps, non seulement j’aurai l’honneur de servir le parlement israélien, mais également que mes efforts contribueront à rendre notre culture politique un peu plus respectueuse et qu’elle devienne une source d’inspiration pour les autres démocraties.

 L’auteur est arrivé à la 49e place sur la liste du Likoud à l’issue des primaires.



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