Figure maternelle

Dalia Itzik, celle qui aurait pu devenir présidente de l’Etat d’Israël, qui l’a été pendant un temps et le sera peut-être un jour.

By GIL STERN STERN HOFFMAN
January 9, 2013 12:18
Kadima MK Dalia Itzik

Kadima MK Dalia Itzik 311. (photo credit: Marc Israel Sellem)

Après les élections du 22 janvier, la Knesset perdra de son éclat, estiment certains, pour avoir perdu Dalia Itzik. Ce n’est pas le physique de la présidente du groupe Kadima qui est en cause dans cette affirmation. Il ne s’agit pas non plus d’une référence au code vestimentaire qu’elle a imposé aux députés quand elle en était porte-parole, interdisant le port du jean à la chambre. Non, la remarque se réfère à l’esthétique qu’elle a tenté d’insuffler au cours des 20 ans passés à la Knesset, et en particulier pendant ses trois années en tant que présidente.

Un bon exemple de son action subsistera d’ailleurs après son départ : les 20 jeunes handicapés mentaux qu’elle a engagés travaillent toujours au parlement aujourd’hui.

Dalia Itzik a amélioré la situation d’autres jeunes Israéliens en modifiant une loi inexplicable, qui voulait que les enfants ayant perdu l’un de leurs parents dans un attentat terroriste bénéficient d’aides du gouvernement, tandis qu’ils n’avaient droit à rien s’ils perdaient leurs deux parents. Et des citoyens plus jeunes encore profitent désormais d’une législation qu’on lui doit également : l’extension du congé de maternité de 12 à 24 semaines après l’accouchement (la seconde partie n’étant pas rémunérée).

Il n’est pas étonnant que Dalia Itzik s’intéresse tant à la jeunesse : n’a-t-elle pas débuté sa carrière comme professeur, avant de devenir présidente de leur syndicat, puis de se lancer dans la politique, d’abord à Jérusalem au niveau local, puis au niveau national ? La voilà à présent sur le point de quitter la Knesset. Si elle a déjà entamé l’écriture de son autobiographie, elle compte aussi s’inviter dans la littérature pour la jeunesse.

Hormis cela, elle ne sait pas encore ce qu’elle fera de son temps, mais les offres d’emploi ont afflué : le secteur public la réclame, tout comme les universités et même des entreprises privées.

Tout en se déclarant ravie de prendre des « vacances » et de s’éloigner de la politique, elle veille à ne pas exclure une éventuelle candidature à la présidence de l’Etat en 2014, quand la Knesset devra élire le successeur de Shimon Peres.

Un poste certes plus facile à obtenir pour un député du parti au pouvoir, mais qui n’est cependant pas réservé aux seuls membres du parlement. Un candidat en bons termes avec les élus de tous bords politiques, comme Dalia Itzik, a toutes ses chances. « Rien n’est exclu », a-t-elle récemment indiqué.

S’effacer pour Peres

 A vrai dire, elle aurait déjà pu être élue en 2007, à la place de Shimon Peres. Présidente par intérim lorsque le parlement a voté le remplacement de Moshé Katsav durant son procès pour viol, c’est elle qui se charge alors d’accueillir les dirigeants étrangers et de prendre les mesures qui s’imposent pour rétablir le prestige de la fonction présidentielle, fortement endommagée par les incartades de Katsav.

Le Premier ministre de l’époque, Ehoud Olmert, et son entourage la pressent de se présenter, mais elle refuse, préférant laisser le champ libre à son patron politique. « Je ne regrette pas une seconde d’avoir laissé la présidence à Shimon Peres », affirme-t-elle. « Je ne suis pas née présidente, et je ne mourrai pas présidente. N’empêche qu’on peut faire de grandes choses lorsqu’on occupe ce poste. » Ce n’est pas tous les jours qu’un personnage politique s’efface ainsi de son plein gré en Israël. Et encore moins un grand nom de Kadima.

En 2009, Dalia Itzik décroche haut la main la troisième place sur la liste de ce parti, après Tzipi Livni et Shaoul Mofaz. C’est elle qui dirige la campagne électorale qui leur fera gagner 28 sièges à la Knesset. Elle échouera cependant à convaincre Tzipi Livni de rejoindre le gouvernement du Premier ministre Binyamin Netanyahou dans le modèle de gouvernement d’union nationale qu’elle-même préconise depuis des années.

« A mon avis, il fallait entrer dans cette coalition pour tirer Israël du bourbier diplomatique et socio-économique et pour s’attaquer aux problèmes de bureaucratie du pays », explique-t-elle. « Avec nos 28 sièges, il aurait été possible d’opérer de nombreuses réformes-clés. » Seulement, Livni ne voit pas les choses ainsi et Kadima reste donc dans l’opposition.

Mais lorsque Mofaz finit par faire entrer le parti dans la coalition, l’espace de quelques semaines, ce n’est pas du tout ce que Dalia Itzik avait en tête pour sa formation.

Le moi d’abord avant le tous ensemble

 Des mois durant, elle s’est employée à empêcher Netanyahou, son ancien chef de bureau Natan Eshel et le président de la coalition Zeev Elkin de provoquer une rupture au sein de Kadima. Sans elle, sans doute le parti se serait-il scindé bien plus tôt.

En amont des prochaines élections, Dalia Itzik a de nouveau tout fait pour empêcher une scission et convaincre Livni et Mofaz de se présenter sur la même liste, idéalement sous la conduite d’Ehoud Olmert. Une équipe constituée de grands noms de la politique aurait eu toutes ses chances dans un affrontement avec Netanyahou et son ex-ministre des Affaires étrangères, Avigdor Liberman. Mais le résultat est là, soupiret- elle, et elle reconnaît son échec.

« Je pensais qu’un parti fédéré mené par Olmert pouvait représenter une alternative au régime actuel », explique-t-elle.

« Malheureusement, chacun a son amourpropre et le ‘moi d’abord’ est passé devant le ‘tous ensemble’. C’est incroyable de voir des élites vouloir à ce point se tailler la part du lion pour elles-mêmes ! Je ne désigne personne en particulier, bien sûr. Mais c’est à la fois surprenant et inquiétant. Ce qui est arrivé à Kadima est une tragédie. » Shimon Peres aurait pu faire un bon dirigeant pour un bloc de centre-gauche, mais Dalia Itzik l’a dissuadé de tenter sa chance.

En quittant son poste prématurément, considère-t-elle, le président aurait porté atteinte au prestige de l’institution. Un conseil qu’elle a donné en sachant pourtant qu’en cas de désistement de Peres, elle aurait pu être élue présidente à sa place ! Dalia Itzik entretient de bons rapports avec tout l’échiquier politique. Ainsi a-t-elle défendu Avigdor Liberman, président d’Israël Beiteinou, quand le ministre sans portefeuille Michaël Eitan, inscrit comme lui sur la liste du Likoud, l’a descendu en flammes. « Je ne comprends pas pourquoi il était obligatoire de l’inculper un mois avant les élections », dit-elle. « Cela va inciter le public à ne plus faire confiance au bureau du Procureur général. Cela ressemble à de la torture judiciaire et ce n’est pas très joli ! » Dalia Itzik est même en bons termes avec Netanyahou, qui, dit-on, aurait aimé la voir présider la Knesset sortante à la place de Reouven Rivlin.

Se méfier des nouveaux venus 

Lors du forum Saban, qui avait pour thème les relations entre Israël et les Etats-Unis dans un environnement en mutation et qui s’est tenu début décembre à Washington, Dalia Itzik s’est plainte de l’attitude de ses collègues israéliens, adeptes de la politique politicienne.

« Les démocrates et les républicains américains se parlaient poliment, en privilégiant les bonnes manières ; les Israéliens, eux, refusaient d’adresser la parole à leurs adversaires politiques ! », se lamente-t-elle. « Israël ne peut pas se permettre un tel comportement. Nous ne sommes pas les Etats-Unis : notre pays est dans une impasse et il y a des problèmes que nos hommes politiques ont l’obligation de résoudre. » Il faut, préconise-t-elle, s’attaquer aux problèmes fondamentaux, comme la réforme nécessaire du service public et l’élimination de la bureaucratie, sans délai et de façon non partisane.

Dalia Itzik ne prend guère au sérieux les nouveaux venus de la politique, ces idéalistes qui font de grandes promesses.

« Ces gens-là croient qu’il leur suffira d’appuyer sur un bouton pour que tous nos problèmes soient résolus, dans un pays et dans une région du monde où plus ça va et plus les choses se compliquent », déclaret- elle. « Les obstacles qui se dressent sont innombrables et réclament de l’expérience.

Il faut du temps pour comprendre comment fonctionne la politique, comment gérer les relations interpersonnelles et comment acquérir la réputation, la position et la confiance de ce public dont nous avons besoin pour que les choses avancent. » Quand on lui demande quel conseil elle donnerait à un débutant en politique, elle sourit : « Je lui dirais que cela ne fait pas de mal de garder le silence et de travailler les dossiers avant de prendre des décisions. C’est en tout cas ce que j’ai moi-même fait quand j’étais ministre : je rencontrais les gens, j’étudiais les informations qu’ils m’apportaient et je me renseignais de mon côté, puis je les rappelais au bout d’une semaine pour leur faire part de ma décision. »

 De l’importance de l’éducation

 Dalia Itzik a fêté ses soixante ans cette année. Sa mère Marcelle, arrivée d’Irak sans un sou en poche, a élevé 8 enfants dans la plus grande pauvreté dans le quartier de Romema, à Jérusalem. Elle s’est éteinte le 19 décembre dernier, cinq ans après ce jour de l’Indépendance où sa fille lui avait fait allumer une torche à la cérémonie du Mont Herzl. Dalia Itzik l’avait alors qualifiée de lionne et avait déclaré que l’histoire de sa vie symbolisait celle des immigrants en Israël.

Dalia Itzik est entrée en politique par la petite porte. Elle commence par enseigner la littérature et la Bible et dirige l’Association des Professeurs de Jérusalem. Teddy Kollek, maire légendaire de la ville, la remarque et l’incite à se présenter aux élections municipales. Elle devient bientôt maireadjoint et prend en charge l’éducation.

Or, le parti travailliste est justement à la recherche d’un candidat qui s’y entende dans ce domaine. Il lui propose de figurer sur sa liste. C’est ainsi qu’en 1992, elle entre à la Knesset. Et se trouve sur la scène de la manifestation pour la paix aux côtés d’Itzhak Rabin le soir de novembre 1995 où ilest assassiné.

Gravissant peu à peu les échelons, elle devient ministre de l’Environnement dans le gouvernement d’Ehoud Barak, ministre de l’Industrie et du Commerce, puis des Communications dans celui d’Ariel Sharon.

C’est à elle que l’on doit la mise en place du recyclage des bouteilles en plastique et l’attribution de l’argent des amendes pour pollution au nettoyage des villes.

En 2006, Dalia Itzik est élue présidente de la Knesset, poste qu’elle occupera jusqu’aux élections de 2009. C’est alors à elle qu’il revient d’accueillir les grands dirigeants du monde, dont le président américain George W. Bush, la chancelière allemande Angela Merkel ou le président français Nicolas Sarkozy.

Elle n’a en revanche jamais occupé le poste dont elle rêvait, celui de ministre de l’Education, que Peres lui avait promis s’il remportait le scrutin de 1996. Elle affirme que, si elle devenait Premier ministre, elle prendrait elle-même en charge ce portefeuille-là, afin de faire comprendre au public l’importance de l’éducation. « Toute la sécurité du pays repose sur l’éducation », plaide-t-elle. « C’est donc le Premier ministre qui doit assurer ce budget et en faire une priorité. » Malgré son anglais imparfait, qu’elle parle avec un fort accent israélien, Dalia Itzik a été louée pour la qualité de son travail comme porte-parole du pays dans les relations internationales. « J’ai créé des connections avec le monde », déclaret- elle. « Il était important pour moi que la Knesset soit vue comme le foyer central du peuple juif. Les femmes ont une perspective plus large quand elles regardent les choses.

Elles peuvent faire fonction de mères de la nation. Pour ma part, j’ai fait de mon mieux. »


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