Fumée blanche sur Jérusalem

Lapid, grand vainqueur des élections, se taille la part du lion dans la nouvelle coalition.

By GIL STERN STERN HOFFMAN
March 19, 2013 12:07
Fumée blanche sur Jérusalem

JFR07 521. (photo credit: Marc Israël Sellem/The Jerusalem Post)

 
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Il n’aura fallu que deux jours au Saint-Siège pour que ses cardinaux élisent l’Argentin Jorge Mario Bergoglio à la tête des 1,2 milliard de catholiques dans le monde. De l’autre côté de la Méditerranée, en revanche, en Israël, il aura fallu plus d’un mois et demi pour décider que Shaï Piron, nouvel élu, soit en charge des 2,5 millions d’écoliers israéliens en lieu et place de Guideon Saar, lequel est d’ailleurs pour la petite histoire, d’origine argentine.

La légendaire fumée blanche, qui annonce l’élection d’un nouveau pape, s’est muée, sous les cieux israéliens, en écran de fumée entre le Premier ministre Binyamin Netanyahou et Yaïr Lapid, leader du parti Yesh Atid. Mais au terme d’âpres négociations sous la houlette de Naftali Bennett, président du parti Habayit Hayehoudi, un nouveau gouvernement israélien a enfin vu le jour. A point nommé pour la venue du président des Etats-Unis, Barack Obama, attendu à Jérusalem, le mercredi 20 mars.

Obama va se trouver face à un Netanyahou affaibli par des élections au score décevant pour sa formation, face à un Premier ministre dont le pouvoir a été infirmé par le laborieux processus de formation de la coalition, comme jamais auparavant au cours des quatre années de son précédent mandat. Celui que le magazine Time avait élu le roi Bibi il y a à peine neuf mois vient de perdre sa couronne.

Il lui faudra partager son règne ; pour chaque décision clé, il devra composer avec le prince Yaïr sur sa gauche et le duc Naftali sur la droite.

Sionistes religieux : les nouveaux médiateurs 

Lapid est donc le grand vainqueur de ces dernières semaines, tant au plan des élections, qu’à celui des négociations de coalition, et décide des têtes. Il a obtenu le nombre de portefeuilles ministériels qu’il voulait pour sa formation, et le ministère qu’il briguait pour le numéro deux de son parti. Et c’est ainsi que celui qui est entré en politique en posant la question : « Où va notre argent ? », se retrouve avec les clés du coffre du pays entre les mains. Ce n’est pas un pape. Mais chacun sait que ce nouvel homme de pouvoir prie dans une synagogue du courant réformé à Tel-Aviv. Et c’est lui qui, l’année dernière, a prononcé le discours d’ouverture lors du congrès mondial du rabbinat massorti, à Atlanta.

Désormais, Lapid peut donc se targuer d’être le porte-drapeau du pluralisme religieux tout en pesant sur le budget d’Etat. Et les manifestations de milliers d’orthodoxes n’y pourront plus rien changer.

Mais il n’est pas le seul à se tailler la part du lion. Bennett n’est pas en reste et ce qu’il obtient dépasse de loin toutes ses espérances. Si Netanyahou et son épouse Sara en avaient eu le pouvoir, ils l’auraient laissé moisir dans les coulisses de l’opposition, avec quelques ministères mineurs. Au lieu de cela, Bennett a tiré le gros lot avec le portefeuille de l’Economie et du Commerce, et va pouvoir utiliser l’anglais, sa langue maternelle, pour mener la danse à la tête de la diplomatie israélienne.

Son parti obtient aussi la charge du ministère des Affaires religieuses qui décide de l’orientation juive du pays. Enfin, et pas des moindres, lui reviennent le ministère de la Construction et du Logement ainsi que la Haute autorité des terrains, ce qui ne manquera pas de le servir pour avancer ses pions, à la fois en Judée-Samarie et à l’intérieur de la Ligne verte. Ce qui prime, c’est que Bennett aura rétabli les sionistes religieux dans leur rôle de médiateurs afin de bâtir un pont entre les différents courants de la population et combler les fossés qui les séparent. Le nouvel élu aura une large liberté de manoeuvre pendant que ses frères ennemis, Netanyahou et Lapid, seront occupés à solder leurs propres comptes.

Mofaz, au poulailler

Les grands perdants de cette nouvelle coalition sont sans conteste les partis orthodoxes, qui vont très certainement perdre en subventions pour leurs institutions. Avec pour conséquence d’être contraints d’envoyer à l’armée bon nombre d’étudiants de leurs yeshivot.

Ils ont beau eu manifester et menacer Netanyahou de ne jamais lui renouveler son soutien, si Lapid se présente face au Premier ministre actuel lors des prochaines élections, ils seront bien obligés de nager à nouveau dans les mêmes eaux que Netanyahou.

Un autre perdant est le parti Kadima. Shaoul Mofaz compte aujourd’hui si peu sur l’échiquier politique qu’il devra rester sur les gradins et regarder ses adversaires occuper le terrain de loin. Leader d’un parti qui bénéficiait de 28 sièges il y a encore à peine un an, il ne lui reste plus qu’à assister aux sessions plénières de la Knesset du poulailler, avec des jumelles.

Maintenant que la fumée blanche se dissipe, Yaïr Lapid a du pain sur la planche. Affublé d’un prénom qui signifie « éclairer » en hébreu, et d’un nom de famille qui veut dire « torche », il ne lui reste plus qu’à s’atteler avec ses patronymes à des défis presque aussi sombres que ceux auxquels le nouveau pape sera confronté. Il lui faudra suivre des cours accélérés d’économie, s’instruire en matière d’emploi, et définir les priorités de la nation.

S’il ne parvient pas à faire passer le budget 2013 dans les 45 jours à venir, le pays n’aura plus qu’à retourner aux urnes.

Le champ de bataille entre Netanyahou et Lapid fume encore.

Mais il est temps de déposer les armes et de se mettre au travail. 60 jours après le scrutin électoral et au terme de 40 jours de pourparlers, il est l’heure pour le gouvernement de retrousser ses manches et dissiper l’écran de fumée qui pèse aujourd’hui sur la société israélienne.


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