Karnit Flug, première femme à la tête de la Banque d’Israël

L’ancienne adjointe de Stanley Fischer est nommée après 9 mois de tergiversations.

By NIV ELIS ET MYRIAM SHERMER-KALFON
October 22, 2013 15:58
Le Dr Karnit Flug, 1ère femme à diriger la banque d'Israël.

P4 JFR 370. (photo credit: Reuters)

 
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C’est la bonne surprise de cette rentrée parlementaire. Dimanche 20 octobre, le Premier ministre Binyamin Netanyahou et le ministre des Finances Yaïr Lapid ont annoncé la nomination du Dr Karnit Flug à la tête de la Banque d’Israël. Elle prend ainsi la succession du désormais légendaire Stanley Fischer, son ancien supérieur qui l’avait recommandée à plusieurs reprises. Mais avant d’être nommée, Flug a dû essuyer deux refus de la part de l’exécutif. Retour sur une saga économique.

« Nous avons été impressionnés par le bilan du Dr Flug alors qu’elle a assumé l’intérim en tant que gouverneur ces derniers mois et nous sommes certains qu’elle continuera à mener l’économie israélienne vers d’autres succès face à la crise économique mondiale », ont fait savoir Netanyahou et Lapid dans une déclaration commune dimanche.

Flug les a remerciés pour sa nomination, ajoutant avoir hâte de travailler avec les experts de la Banque et du gouvernement afin d’affronter « les importants défis » qui attendent l’économie israélienne. Dimanche soir, le marché avait bien réagi à la nouvelle. Le TA-100 (indice de la Bourse de Tel-Aviv) avait augmenté de 0,62 % et le taux des obligations de référence tombait à son niveau le plus bas depuis le mois de mai. Stanley Fischer a également fait part de sa satisfaction, assurant que son ancien bras droit avait contribué à ses propres décisions durant son mandat. « Je sais que la décision n’a pas été facile, mais je sais aussi que le Premier ministre et le ministre des Finances ont recherché le meilleur candidat pour le bien de l’économie israélienne », a déclaré l’économiste américain.

9 mois de rebondissements


Le remplacement de Fischer a en effet pris les allures d’une saga, d’aucuns diront même d’un mauvais vaudeville. Pour commencer, l’ancien gouverneur a annoncé en février dernier son intention de démissionner en juin, soit 5 mois à l’avance. Ce qui n’a pas empêché Lapid et Netanyahou d’attendre les derniers jours de son mandat pour annoncer leur premier choix de candidat. Mais ledit candidat, l’économiste Jacob Frenkel, qui avait déjà été aux commandes de la Banque centrale, s’est retiré de la course au mois de juillet suite à un scandale juridico-médiatique. Le crime semblait pourtant dérisoire : Frenkel était accusé d’avoir dérobé un sac de voyage au duty-free de l’aéroport de Hong Kong en 2006. L’économiste, niant tout écart de conduite, s’est dit victime d’une véritable chasse aux sorcières médiatique et a préféré se désister.

En août, le feuilleton se poursuivait. Le second choix de Netanyahou et Lapid, l’économiste en chef de la banque Hapoalim Léo Leiderman, retirait sa candidature 2 jours seulement avant que sa nomination ne soit approuvée, après publication par la presse de sa tendance à consulter des astrologues, ainsi qu’une supposée relation extraconjugale avec une employée du temps de son mandat à la tête de la Deutsche Bank.

Ecartée une seconde fois, Flug annonce alors qu’elle démissionnera dès qu’un nouveau gouverneur sera nommé. Mais de nombreux députés prennent son parti et critiquent ouvertement l’exécutif, taxé de « machisme » pour ne pas choisir celle que Fischer a si chaleureusement recommandée.

Echaudés, Lapid et Netanyahou décident de faire approuver les 3 autres candidats restants par la commission Turkel, chargée des hautes nominations. Le ministre des Finances racontera même plus tard qu’en privé, Bibi parle désormais de « turkeliser » les prétendants au poste avant de les présenter au public, pour éviter toute nouvelle polémique. En lice : Mario Blejer, Zvi Eckstein et Victor Medina, tous trois pré-approuvés par la commission début septembre. Mais le Premier ministre et le préposé aux Finances ne parviennent toujours pas à se mettre d’accord.

Dimanche 20 octobre, alors que la Banque centrale n’a plus de gouverneur depuis 111 jours, la nomination de Karnit Flug est enfin annoncée. Selon la rumeur, ce serait une conversation téléphonique avec Fischer qui aurait finalement convaincu Netanyahou.

Invité sur les plateaux d’Aroutz 1 et 2, dimanche soir, Yaïr Lapid a qualifié la saga des nominations de « choquante ». « Je n’ai aucune objection à présenter mes excuses à Mme Flug pour détendre l’atmosphère », a assuré l’élu, réagissant à un communiqué qu’il avait lui-même publié 4 jours auparavant, affirmant que l’économiste ne serait jamais nommée. « Nous en avons tous pris pour notre grade dans cette histoire, mais le résultat final est un bon résultat. Elle fera un excellent travail. »


Prolonger l’héritage de Fischer


Comment, alors, expliquer une telle valse d’hésitations ? La chef de l’opposition Shelly Yachimovich n’avait pas hésité à parler de machisme au mois d’août, alors que Flug était écartée pour la seconde fois. Pour Shmouel Ben-Arié, chercheur en économie chez Pioneer Financial, « les opposants à la nomination de Flug pointaient son manque d’expérience internationale, affirmant que cela nuirait au prestige économique israélien. Mais, à mes yeux, c’est plutôt l’incroyable zigzag de Netanyahou et Lapid qui a terni notre image. La candidate naturelle, qui a finalement été choisie, était sous leurs yeux pendant des mois. C’est inimaginable. » Et de souligner que l’expérience de l’économiste aux côtés de Fischer l’aidera certainement à assumer les importants défis à venir, tels que la bulle immobilière, la fragilité économique mondiale et la nécessité de modérer la monnaie israélienne, en raison des conséquences directes sur les exportations.

« Cette nomination évitera de nombreuses difficultés à la Banque d’Israël ainsi qu’à la politique monétaire », renchérit Rafi Gozlan, économiste en chef du fonds d’investissement IBI House, qui condamne sévèrement les 4 mois de tergiversations qui ont précédé la nomination de Flug. « La politique de Fischer va être poursuivie, bien que pour l’instant, l’accent reste sur les exportations, c’est-à-dire sur les taux de change, et non sur l’immobilier ».

Fischer lui-même n’hésitait pas à activement intervenir dans le marché monétaire. Une attitude également adoptée par Flug : en dépit des analyses qui prétendaient le contraire, la commission monétaire de la Banque a baissé par deux fois les taux de change depuis le départ de l’Américain, sans attendre la nomination d’un nouveau gouverneur.

Karnit Flug, 58 ans, est diplômée de l’Université hébraïque de Jérusalem. Elle a soutenu sa thèse d’économie à Columbia University à New York, et travaille à la Banque centrale depuis 1988. Elle a également passé 4 ans au Fonds monétaire international. Côté politique, elle a siégé dans des commissions interparlementaires d’importance telles que la commission Brodet sur le budget de la Défense et la commission Trajtenberg, chargée de présenter des solutions socio-économiques au gouvernement suite au mouvement social de 2011.

Elle sera désormais la première femme à diriger la Banque d’Israël. Sa nomination survient 2 semaines après celle de Janet Yallen pour diriger la Réserve fédérale américaine, une première également dans l’histoire des Etats-Unis. Dans le sillage de Christine Lagarde au FMI, les deux économistes portent au nombre de 19 les femmes à la tête de banques centrales dans le monde, sur 177 établissements.


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