La France face au vote

Gros plan sur les médias français et sur leur traitement des élections israéliennes.

By MARIE-SARAH SEEBERGER
January 29, 2013 14:16
3 minute read.
Presse

3001JFR11 521. (photo credit: Charles Platiau/Reuters)

Mais quelle surprise ! Voilà sans doute l’expression la plus employée dans les rédactions françaises pour parler des résultats. On chuchote un peu partout le nom de Yaïr Lapid, jusque-là méconnu et, surtout, on surinterprète le score du Likoud.

Petit tour à gauche tout d’abord avec les titres de Libération. Celui du mercredi 23 janvier, par exemple, « Elections israéliennes, le temps des surprises ». (Et d’un !) Le résultat du Likoud est résumé par « Netanyahou prend une claque ».
Et pourtant, il semble bien que Bibi soit toujours le Premier ministre, non ? Libération ne peut s’empêcher de mettre son grain de sel en donnant une appréciation bien peu justifiée sur le fonctionnement de l’Etat juif : « Le pays se surprend parfois lui-même ». Et oui, les Israéliens savent faire preuve de réflexion, ils changent d’avis, ils se remettent en question. Quelle surprise ! L’article sous-entend que le gouvernement, la politique, le pays même, tournent un peu en rond. Il prédit même une coalition tellement bancale qu’il faudra se rendre à nouveau aux urnes, sans surprise, puisque – de toute façon, on le sait – le système électoral israélien ne vaut pas grand-chose.

Passage par la relative neutralité du journal Le Monde qui avait choisi de suivre le déroulement de la journée de vote sur son site Internet. Le 22 janvier, le quotidien a publié de sympathiques photos rendant mieux compte de l’ambiance en Israël. Panneaux de campagnes politiques, visages des candidats, regroupements de partisans, un beau tableau pour un jour important.
Néanmoins, l’analyse un peu rapide a vite fait de Lapid le grand gagnant : « Lapid, gagnant inattendu de ce scrutin ». Encore une fois, les journalistes français sont surpris ! « Yaïr Lapid, la surprise des élections » (et de deux !). Le journal attribue au parti centriste un franc succès et lui prédit même un certain avenir en politique. Il faut pourtant se souvenir des émergences fréquentes de partis centristes qui, au terme d’un mandat à la Knesset, disparaissent aussi vite qu’ils sont venus… Première et sans doute unique prise de risque pour Le Monde.
On peut encore relever les « demi-succès pour Bennett » et « succès étriqué de Netanyahou ». Avec 31 mandats, il semble que l’on puisse quand même dire que Netanyahou a gagné ces élections.

Et à part le processus de paix ? 

Les Echos, eux, ont utilisé tous les mots clés dans leur premier article post-élection : parlement, bloc, majorité, coalition. A nouveau, on retrouve « une victoire étriquée » et un « affaiblissement » du centre droit face au centre et aux Travaillistes. On parle ici aussi de « semi-victoire ». Deux nouveautés néanmoins : à la rédaction des Echos, on n’est pas surpris et il y a un avenir. On parle déjà de coalition, de prochain gouvernement et des futurs postes ministériels.

A noter aussi l’article du journal Le Point, daté du 23 janvier, qui titre : « Netanyahou, contraint de composer avec le centre ». Et d’y ajouter une photo d’un Bibi déconcerté. La veille, Le Point avait titré : « Israël : Yaïr Lapid ou la victoire des indignés ». Pourtant, la plupart des jeunes qui était dans les rues de Tel-Aviv il y a un an et demi n’ont pas voté Lapid.

Le Figaro, plutôt positionné à droite, a proposé un bon dossier à la veille du scrutin. Il présentait les principaux partis et candidats à la future Knesset. Concernant les résultats, on peut noter le titre du 23 janvier en référence à Netanyahou : « Un vainqueur en demi-teinte ».

Et oui, de la mesure et de la modération pour les Français, un peu frileux peut-être. Pour éviter les prises de positions, mieux vaut user de nuance, même si cela ne veut plus dire grand-chose. Personne n’ose vraiment parler d’envie de changement, de libéralisation, parce que – tout simplement – personne n’est vraiment sûr qu’il s’agisse de cela.
A 4000 km, on reste donc sur ses positions, en tentant de dévier sur le sujet plus général de la question palestinienne.
Parce qu’au final, concernant Israël, c’est encore ça qu’on connaît le mieux.


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