La nécessité de reconstruire

Huit ans après le désengagement, l’organisation JobKatif œuvre toujours pour trouver des emplois à 2 400 ex-habitants du Goush Katif.

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August 13, 2013 16:12
19 août 2005 : des habitants du Goush Katif houspillaient des soldats venus les déloger.

P14 JFR 370. (photo credit: Reuters)

 
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Aujourd’hui encore, 8 ans après le retrait israélien de la bande de Gaza, tout n’est pas rose pour nombre d’habitants déracinés. Beaucoup ont toujours besoin d’aides. Subventions financières, soutien psychologique, autant de services dispensés en partie par l’Etat mais aussi – et peut-être surtout – par certaines des quelque 30 000 amoutot, ou organisations à but non lucratif qui existent dans le pays. Parmi elles : JobKatif. Cette association, créée en 2005, au lendemain du désengagement de Gaza, a pour mission de « permettre aux anciens habitants du Goush Katif et du nord de la Samarie de se restructurer en leur trouvant du travail ». Une fois cet objectif réalisé, explique sa directrice Judy Lowy, « nous cesserons d’exister pour de bon ». Mais à ce jour, l’association est toujours active… Huit années se sont écoulées depuis ce douloureux épisode de l’histoire d’Israël et, à en croire Lowy, près de 2 400 personnes ont déjà retrouvé du travail grâce à JobKatif. Une remise en selle professionnelle qui est passée par la création de 240 petites entreprises aux quatre coins du pays.




« Bien sûr, c’est un succès », commente Lowy, « mais JobKatif ne relâchera pas ses efforts tant que les 600 autres ex-habitants du Goush Katif n’auront pas retrouvé une situation stable. »

Une course contre la montre



Le Shabbat précédant Tisha be’av, JobKatif a lancé une grande campagne au terme de laquelle une centaine de synagogues s’étaient engagées à récolter des fonds et à alerter l’opinion publique en faveur de ces déracinés qui continuent de vivre dans le besoin.

Avec les fonds collectés, JobKatif fournira divers services d’aide à l’emploi : formation professionnelle, conseil à la création d’entreprise et assistance pour l’obtention de crédits et le recrutement d’investisseurs… « Nous n’avons pas choisi la date de notre campagne au hasard », explique Lowy. « Tout d’abord, le désengagement avait eu lieu juste après Tisha be’av. Ensuite, on sait que le Shabbat précédant le jeûne, appelé Shabbat Hazon, est consacré à la réflexion et à la rédemption. Or, c’est précisément la vision de JobKatif : reconstruire après la destruction. » Il existe cependant une autre raison à la campagne massive organisée cette année en 2010, le gouvernement a reconnu l’utilité de l’association et s’y est associé en versant lui-même le montant de chaque don reçu par JobKatif. En 2011, il a encore accru sa participation en doublant ces dons : pour chaque shekel reçu d’un donateur, lui-même en verse deux à l’association.

Mais cet engagement de l’Etat est censé s’achever fin 2013, et c’est désormais une course contre la montre que mène JobKatif. L’association met en effet les bouchées doubles pour récolter un maximum d’aides, tant en Israël qu’à l’étranger, avant la fin de l’année.

De 3% à 85%

C’est après avoir rencontré d’ex-habitants du Goush Katif dans les hôtels qui les accueillaient provisoirement que le rav Yossef Zvi Rimon, rabbin d’Alon Shvout, dans le Goush Etsion, a fondé JobKatif. Pour lui, l’organisation doit son impressionnante réussite à la capacité de ses bénévoles à sortir des sentiers battus. « Nous avons su trouver des solutions originales propres à remettre sur pied cette population particulière », se réjouit-il.

Rabbin et éducateur, Yossef Zvi Rimon ne possédait jusque-là aucune expérience en matière d’emploi. Pour lui, procurer des revenus à ces nouveaux chômeurs ne suffit pas  il faut aussi les mener sur la voie de la réhabilitation et les aider à se relever après l’épreuve traumatisante qu’ils ont vécue.


« Quand il s’est rendu dans les hôtels, c’était simplement pour apporter son soutien à des Juifs qu’il savait dans le besoin », se souvient Lowy. « Il a trouvé là une population essentiellement constituée de fermiers, de petits chefs d’entreprises et d’éducateurs, dont le taux de chômage est passé, du jour au lendemain, de 3 % à 85 %. »

JobKatif n’a pas pour vocation de verser des subventions. Comme le formule Lowy en se référant à la fameuse image : « Nous ne fournissons pas le poisson, nous aidons à fabriquer les filets de pêche : en d’autres termes, notre mission est d’aider les gens à s’aider eux-mêmes. Nous ne voulons pas que les anciens habitants du Goush Katif disent : “Nous avons envie de travailler, mais nous ne pouvons plus cultiver la terre” Mais plutôt : “Nous ne pouvons plus cultiver la terre, il faut trouver autre chose”. C’est alors que notre association peut intervenir, en apportant conseil et formation à de nouveaux métiers. »

Entraide locale



« Les gens ne se rendent pas compte que, huit ans après, les anciens du Goush Katif continuent à se débattre dans les difficultés », commente le rabbin Rimon.

Lors de la campagne cruciale du Shabbat Hazon, il a choisi de venir parler dans cinq communautés de Raanana plutôt que de partir chercher des fonds à l’étranger. Car il faut savoir que, contrairement aux idées reçues, 60 % des dons versés en 2012 venaient d’Israël, contre 40 % pour l’ensemble des autres pays du monde.

Ainsi le rabbin Rimon s’est-il adressé à la communauté Shivtei Israël de Raanana, forte de 320 familles et dirigée par le rabbin Daniel Beller. Ce dernier affirme que sa communauté a soutenu le Goush Katif dès les premières heures : « Quand on a commencé à parler de désengagement dans les médias, nous étions convaincus que le gouvernement ferait le nécessaire pour que les habitants du Goush Katif puissent s’installer ailleurs et redémarrer dans de bonnes conditions. Mais très vite, je me suis rendu compte que le projet ne tenait pas la route et que les choses se faisaient dans la précipitation. Rien n’avait été préparé, et j’ai considéré que je n’avais pas fait assez, que nous n’avions pas fait assez, pour aider ces gens qui souffraient. Aussi, quand JobKatif nous en a donné l’occasion, n’avons-nous pas hésité. »

Pour le rabbin Beller, peu importe que l’on se situe à droite ou à gauche de l’échiquier politique : « Ces gens-là ont quitté leur travail et leur foyer au nom de l’intérêt commun d’Israël et tout Israël a donc l’obligation de leur venir en aide. D’autant », ajoute-t-il, « qu’ils sont le sel de la terre. »

Remplacer la haine par l’amour

Le rabbin Beller comprend en outre la pertinence du choix du Shabbat Hazon pour la dernière campagne : « Ce qui est arrivé au Second Temple est dû à des fissures qui altéraient la société », affirme-t-il. « Alors peut-être pouvons-nous aujourd’hui opérer un tikoun (réparation spirituelle) en nous rapprochant de ces hommes et femmes que nous ne connaissons pas personnellement, en comprenant que, quel que soit le lieu où l’on vit, notre destin et notre sort sont liés les uns aux autres. Si ce message est valable tout au long de l’année, il l’est encore plus pendant ce Shabbat-là, et c’est la raison pour laquelle on ne doit pas rester les bras croisés devant ceux dans le besoin. » C’est Mike Lowenstein, jeune retraité américain, qui s’est chargé d’organiser la campagne du Shabbat Hazon à Raanana et qui a servi de lien entre les 9 synagogues associées au projet. Bénévole au sein de JobKatif depuis de nombreuses années, il est tombé amoureux du Goush Katif un an et demi avant le désengagement.

« J’ai surtout été impressionné par la part que prenaient ces gens à l’économie du pays », explique-t-il. « J’espère que cette campagne permettra de remplacer la haine infondée par de l’amour gratuit », conclut ce militant, qui a déjà organisé de nombreux concerts fructueux au profit de l’association.

Avant le désengagement, Maayan Yadaï vivait à Netzer Hazani, dans le Goush Katif, avec son mari Eyal et ses deux enfants (elle en a sept aujourd’hui). Elle porte une vive reconnaissance à l’association JobKatif, qui a aidé sa famille à retrouver un équilibre financier. Installée à Avnei Eitan, dans le Golan, elle a monté sa propre entreprise de chambres d’hôtes et continue de militer dans le domaine de la hasbara (défense de l’image d’Israël) pour sa communauté.


Grâce aux cours de gestion organisés par JobKatif et au soutien de l’association, elle a eu les moyens et le courage de se lancer dans un domaine professionnel dont elle ignorait tout. « Il n’était plus possible de continuer à s’en remettre aux prêts bancaires pour vivre », explique-t-elle.

Son mari Eyal doit lui aussi à JobKatif sa reconversion comme spécialiste du traitement des sabots des bovins. « L’association ne nous a pas fait de cadeaux », explique-t-il. « Elle nous a aidés à nous en sortir en nous donnant un coup de pouce : en nous permettant d’acquérir le savoir-faire qui nous donnait la possibilité de repartir à zéro ; nous gagnons désormais notre vie. » 

Pour toute information concernant Grâce à Dieu, la campagne de JobKatif, rendez-vous sur le site jobkatif.org.il/

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