La question palestinienne et la coalition

La composition de la 19e Knesset sera dévoilée sous peu. Et, avec elle, les enjeux de la nouvelle coalition. Décryptage.

By LESLIE SUSSER
January 21, 2013 12:53
Coalition

2301JFR12 521. (photo credit: Boaz Ratner/Reuters)

 
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La question palestinienne joue un rôle majeur dans chaque élection israélienne, depuis 1967. Cette fois-ci, pourtant on a l’impression que le Premier ministre Binyamin Netanyahou et la Travailliste Shelly Yachimovich ont tous deux choisi de la minimiser. Netanyahou, car s’il a endossé la solution à deux Etats, la plupart de ses collègues du Likoud-Beiteinou la rejettent ; Yachimovich, car elle a mené sa campagne presque exclusivement sur les questions socio-économiques et fait de son mieux, avec un électorat de plus en plus à droite, pour jeter par-dessus bord l’image « enragé de paix » de son parti.



Fin décembre, un mouvement extraparlementaire poussait néanmoins le Likoud et Avoda dans leurs retranchements. Blue White Future (en français : Avenir bleu et blanc), pour qui, sans solution à deux Etats, Israël devra sacrifier, au choix, son caractère juif ou son caractère démocratique, a sommé les 6 grands partis sionistes de clarifier leurs positions sur la façon de gérer ou de résoudre le conflit avec les Palestiniens. Récit.

Bennett : « annexer la zone C »

La rencontre a lieu à l’université de Tel- Aviv. Pour un sujet qui n’est pas supposé intéresser les électeurs, l’assistance est fort nombreuse. La salle de conférence est trop petite pour ceux qui cherchent une place assise. Une bonne partie du public demeure donc à l’extérieur et suit le débat sur des larges écrans télévisés, installés à la hâte.

Le timing est particulièrement adapté. Les Palestiniens viennent tout juste d’obtenir la reconnaissance de l’Onu, en tant qu’Etat observateur non-membre, tandis que l’Europe et les Etats-Unis laissent échapper des signes d’impatience face à la politique du gouvernement Netanyahou à l’égard de la solution à deux Etats.

Le premier intervenant de la soirée est Naftali Bennett. A 40 ans, l’ancien entrepreneur a été la véritable surprise de cette campagne, fraîchement élu à la tête du parti de droite nationaliste et religieux Habayit Hayehoudi. Ancien président du Conseil des implantations de Judée et Samarie, Bennett représente la quintessence du « colon ». L’axe majeur de son programme : empêcher la solution à deux Etats. Et d’arguer qu’un solide score électoral lui permettra d’empêcher Netanyahou, assumé gagnant par tous les sondages, de céder à un accord de paix qui impliquerait un retrait de la Judée-Samarie et le démantèlement des implantations. « Si vous voulez un Netanyahou nationaliste, et non un Netanyahou de la solution à deux Etats, votez pour Habayit Hayehoudi », disait son slogan ce soir-là.

Très en confiance, le leader détaille son plan : annexer la zone C, qui comprend toutes les implantations juives et se trouve sous contrôle israélien, et permettre un certain degré d’autonomie palestinienne dans les zones A et B, déjà sous contrôle palestinien (la sécurité de la zone A est assurée par les Palestiniens, tandis qu’elle est gérée par Israël dans la zone B).

Selon Bennett, la zone C est peuplée d’environ 400 000 Juifs et seulement 48 000 Palestiniens. Une fois rattachés à Israël, ces derniers pourront obtenir la pleine nationalité israélienne. Dans les zones A et B dans lesquelles, selon Bennett, il y aurait 1,8 million Palestiniens et aucun Israélien, les Palestiniens s’administreront eux-mêmes, mais sans pour autant être un Etat.

Ces statistiques ne sont pas partagées par tout le monde. Selon d’autres estimations, les habitants des implantations seraient environ 350 000 et les Palestiniens entre 100 000 et 150 000 dans la zone C, et près de 2,6 millions dans les zones A et B. Plus encore : le plan de Bennett annexerait 60 % de la zone C, et laisserait les Palestiniens, sans Etat, sur les 40 % restant.

Par comparaison, la solution à deux Etats confère entre 94 et 98 % de la terre aux Palestiniens, le reste étant négocié dans le cadre d’échange de territoires. C’est pourquoi Bennett ne se fait pas d’illusion. « La communauté internationale ne l’acceptera pas », dit-il laconiquement. « Mais nous ferons ce qui est bien pour Israël ».

Le Likoud : un, deux ou trois Etats ?

Côté Likoud, c’est Tzipi Hotovely qui est venue défendre le parti. La députée est connue pour sa position dure. Elle sourit beaucoup, mais elle déroule sa thèse sans humour. Et explique avec fermeté que le plan du Likoud prévoit de conserver toute la Judée-Samarie. « La terre d’Israël est le pays du peuple juif et nous avons l’intention d’y rester », lance-t-elle. Plus encore, ajoutet- elle, un compromis sur la terre serait contraire aux intérêts israéliens puisque la paix avec les Palestiniens n’est pas possible.

« Le centre-gauche ne fait que colporter des illusions », insiste-t-elle. « Les Palestiniens n’abandonneront jamais le droit du retour et le Hamas ne reconnaîtra jamais Israël ».

Cependant la députée ne détaille pas pour autant le sort réservé aux Palestiniens dans les conditions d’un Etat binational, ou ce qui adviendra lorsque ces derniers deviendront démographiquement majoritaires.

D’autres Likoudniks radicaux ont émis des idées à ce sujet. Moshé Feiglin a, par exemple, suggéré d’offrir un demi-million de dollars à chaque famille palestinienne pour émigrer. Dani Danon, de son côté, évoque l’idée d’une « solution à trois Etats », dans laquelle Israël, la Jordanie et l’Egypte se départagent les terres palestiniennes entre elles : Jérusalem obtiendrait la majorité de la Judée-Samarie et céderait le reste à Aman, tandis que Gaza irait au Caire.

S’il prétend soutenir la solution à deux Etats, Netanyahou n’a jamais avancé de plan détaillé. Plus encore : il refuse de s’engager sur les frontières de 1967 avec échange de territoires comme base des négociations, un minimum exigé par les Palestiniens, et accepté par la communauté internationale ainsi que les précédents gouvernements.

D’ailleurs, même si le Premier ministre voulait vraiment promouvoir la solution à deux Etats, la liste Likoud-Beiteinou devrait l’en empêcher. Sur les 35 premiers candidats, seuls Tzahi Hanegbi et Carmel-Hacohen se sont joints à lui pour ouvertement la soutenir. De plus, les documents officiels du parti n’en font nulle part mention. Enfin, tout au long de la campagne, le Likoud a affiché des positions de plus en plus dures afin de tenter d’endiguer la fuite des voix vers Habayit Hayehoudi. De quoi peser sur la politique du futur gouvernement.

Le bloc de centre-gauche y croit toujours 

Pour le parti de Tzipi Livni, tout est une question de leadership. « Si Yitzhak Rabin était en vie, nous aurions des implantations permanentes acceptées par la communauté internationale, et Israël aurait été un pays très différent », croit savoir l’ancien ministre de la Défense Amir Peretz, qui a quitté Avoda pour rejoindre Livni, en partie parce que cette dernière place la question palestinienne en tête de ses priorités.

L’ancienne chef de la diplomatie a fait en effet campagne sur l’idée qu’un gouvernement Netanyahou-Liberman conduirait Israël au désastre, tandis qu’elle-même donnerait une vraie chance à la paix. En d’autres termes : la paix est à portée de main, la balle est dans le camp des politiciens israéliens.

« Mahmoud Abbas est un leader palestinien qui supplie quasiment le gouvernement Netanyahou de reprendre les négociations et ce dernier dit non. On l’a poussé à aller à l’Onu. Nous devrions immédiatement faire des gestes de bonne volonté, impliquer la Ligue arabe et remettre le processus de paix en marche », affirme Peretz.

Le rabbin Shaï Piron, numéro 2 de la liste Yesh Atid, voudrait gagner sur tous les tableaux. L’occupation est, selon lui, une question de morale juive, mais il n’est pas pressé de la régler. Il souhaite réactiver les négociations, mais n’est pas prêt à diviser Jérusalem, une condition sine qua non aux yeux des Palestiniens. « Les choix électoraux des Israéliens indiquent que la solution à deux Etats n’est pas leur priorité absolue », conclut-il.

Les Travaillistes : profil bas

Représentant d’Avoda, son numéro 2 Itzhak Herzog, est plus circonspect qu’à son habitude.

Motif : la stratégie électorale du parti qui consiste à ne pas paraître trop conciliant. Il y a un an, il proposait que Jérusalem soutienne la requête palestinienne à l’Onu, à la condition d’une reprise des négociations entre les partis. Désormais, il se contente de dire que la seule façon d’avancer est de procéder par petites étapes intermédiaires, sans aborder le coeur du problème.

Cependant, même de façon détournée et très prudente, le député avance une proposition radicale pour sortir de l’impasse : reconnaître l’Etat palestinien, céder une partie du territoire et commencer à négocier les frontières finales sur la base des paramètres Clinton de décembre 2000, qui tracent les contours d’un accord sur toutes les questions clefs.

De fait, le programme électoral travailliste comprenait l’adoption de ces paramètres comme un moyen de ramener les Palestiniens à la table des négociations. En refusant ce type d’initiative, avance Herzog, Netanyahou ne donne aucune raison aux Palestiniens de négocier. « Nous n’avons pas de temps à perdre. A trop procrastiner, nous pourrions finir par perdre les grands blocs d’implantation », met-il en garde.

Pour la présidente de Meretz, Zehava Gal- On, les choses sont au contraire très claires et manichéennes. Il existe deux visions, l’une bonne, l’autre mauvaise, de l’Etat hébreu : dans la première, c’est un pays démocratique, en paix avec ses voisins et bien accueilli par la communauté internationale ; dans la seconde, c’est une nation ethnocentriste, raciste et immorale, rejetée par le reste du monde.

« La droite nous propose de vivre avec une épée de Damoclès au-dessus de la tête, de ne pas trouver de compromis et de permettre l’émergence d’un Etat binational qui finira par devenir un Etat d’apartheid et aboutira à l’isolation internationale complète. « Ce sera votre faute Tzipi Hotovely » a-t-elle lancé.

La coalition : une étape cruciale pour le processus de paix 

Quels que soient les résultats finals du scrutin, la coalition donnera certainement du fil à retordre à Bibi. Il devra peut-être faire entrer tout le centre-gauche, sous certaines conditions (processus de paix concret, enrôlement des étudiants de yeshiva, plus de dépenses sociales et plus d’impôts sur les riches).

L’alternative étant de se retrouver coincé avec une coalition d’extrême-droite et d’ultraorthodoxes qui étouffera toute initiative en faveur de la paix ou réformes locales, compromettra les valeurs démocratiques et attirera l’opprobre international. Ce n’est pas ce que Netanyahou avait prévu.

Le Premier ministre aimera peut-être former une coalition avec Habayit Hayehoudi et/ ou Shas, puis diviser le centre-gauche en débauchant un ou deux partis. L’idée sera alors de donner un semblant de respectabilité à son gouvernement et de garder la communauté internationale à distance, sans véritable intention de faire la paix.

Sous la 18e Knesset, c’est Ehoud Barak qui jouait ce rôle. Mais cette fois-ci, Bibi pourrait ne pas avoir ce privilège. Etant donné les circonstances, il devrait avoir 4 possibilités majeures : 1. Faire une coalition avec le Likoud- Beiteinou, Habayit Hayehoudi et les partis ultra-orthodoxes (Shas et Judaïsme unifié de la Torah), pour un total d’entre 61 et 66 sièges parlementaires. Un tel gouvernement ne ferait rien pour trouver un accord avec les Palestiniens, voterait un budget d’austérité et encouragerait des mesures antidémocratiques comme, par exemple, minimiser le pouvoir de la Cour Suprême.

2. Likoud-Beiteinou, Habayit Hayehoudi, Shas, Yesh Atid et le Parti de Tzipi Livni pour environ 80 mandats. Problème : Yesh Atid ne veut pas siéger avec Shas et Tzipi Livni refuse de collaborer avec Habayit Hayehoudi.

3. Likoud-Beiteinou, Habayit Hayehoudi et Yesh Atid, pour environ 61 sièges, en supposant que les trois partis s’en sortent bien dans les urnes. Le parti de Yaïr Lapid, maillon faible du centre-gauche, pourrait accepter de rejoindre une coalition sans Shas, à la condition d’enrôler les étudiants des Yeshivot, de changer le système électoral et de voter une fiscalité moins écrasante pour la classe moyenne. Là non plus, il n’y aurait pas d’avancée sur le dossier palestinien.

4. Likoud-Beiteinou, Avoda, Tzipi Livni et Yesh Atid pour un total de 70 sièges, et un programme prévoyant de vrais efforts en direction de la solution à deux Etats. Le hic : Netanyahou aurait pu aller dans ce sens au mois de mai dernier, lorsque Kadima est entré dans la coalition, mais a finalement choisi de faire autrement. Pourquoi aurait-il alors envie de recommencer maintenant ? La dernière possibilité, la moins évoquée et sans doute la moins probable, serait la défaite de Netanyahou. Mais, sauf très grosse surprise, la question repose surtout sur la composition de la future coalition. L’impact de ce choix sur l’avenir de l’entreprise sioniste ne saurait être sous-estimé.

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