Lapid et le budget : les premières décisions

Résoudre les problèmes budgétaires du pays, telle est la nouvelle promesse du ministre des Finances, Yaïr Lapid. Les députés de l’opposition l’accusent d’être détaché de la vraie classe moyenne.

By LAHAV HARKOV ET NIS ELIS
April 9, 2013 11:58
3 minute read.
Yesh Atid leader Yair Lapid at Knesset swear in, February 5, 2013

Lapid at Knesset 370. (photo credit: Uriel Sinai/Reuters)

« Israël ne deviendra pas la Grèce ou Chypre », a promis Lapid. Dans un long message posté la semaine dernière sur Facebook, le ministre des Finances explique à ses compatriotes que le remboursement des 30 milliards de shekels de « découvert » du pays demandera des choix difficiles.

Mais de prévenir : « si nous ne préservons pas la classe moyenne, l’économie ralentira et le découvert se développera encore ».

Pour dynamiser ses propos, Lapid a eu à recours un personnage fictif : Ricki Cohen, 37 ans, une femme de la classe moyenne israélienne dont la situation économique doit être améliorée. Mme Cohen, de Hadera, et son mari, un employé de bas échelon dans une entreprise de haute technologie, gagneraient ensemble 20 000 shekels par mois pour subvenir aux besoins de leurs 3 enfants. « Notre travail ne consiste pas à équilibrer des feuilles de calcul Excel, mais d’aider Mme Cohen », s’emporte Lapid, car « c’est grâce à des gens comme elle que cette nation existe ».

Et de déclarer que l’Etat devrait améliorer l’éducation qu’il offre aux enfants de Mme Cohen (qui, selon lui, devrait inclure plus de jours d’école), la qualité des services dans l’administration et dans la police.

Lapid continue en déplorant le système de santé qui s’écroulerait, et l’absence d’un système fixe de paiement des transports publics. Bien que les Cohen aient un appartement et voyagent à l’étranger tous les deux ans, ils ne seront pas en mesure d’acheter un appartement pour un de leurs enfants, continue l’élu. Et de conclure : le ministère des Finances doit s’employer à améliorer la qualité de vie de Mme Cohen et à réduire son coût de la vie.

Le message est repris partout dans la presse. Dès le lendemain, l’opposition se déchaîne. Le président du groupe parlementaire travailliste, Isaac Herzog, accuse Lapid de surestimer les revenus de la classe moyenne. « Il y a pire que Mme Cohen, beaucoup d’Israéliennes ne gagnent que 5 000 shekels par mois et, avec leurs maris, peut-être 10 000 shekels.

Elles ne contribuent pas moins au pays, envoient leurs enfants à l’armée et survivent à peine », s’indigne Herzog, avant de conclure : « Réveillez-vous, Monsieur le ministre des Finances. C’est là que la classe moyenne se trouve ! ».

Zehava Gal-On, présidente de Meretz, a, pour sa part, ironisé sur l’utilisation de Facebook par l’ancien journaliste, l’accusant d’être resté une personnalité médiatique et d’oublier son nouveau statut. « Dans ce post misérable sur Facebook, Lapid dévoile son ignorance et la condescendance qu’il affiche envers la classe moyenne », a ajouté Gal-On, affirmant que Mme Cohen appartenait aux 20 % des « riches » du pays.

Un tout nouveau budget 

Suite à ces événements, qui ont quelque peu entaché la crédibilité du nouveau ministre des Finances, Yaïr Lapid a pris la décision de mettre fin au budget voté pour deux ans, en faveur d’un retour au budget annuel, dès 2015. « Créer un plan de travail économique annuel réduira les erreurs dues aux différences entre les prévisions des recettes fiscales de l’Etat et les processus économiques mondiaux et nationaux réels », explique le porte-parole du ministère.

« Cela rendra aussi possible la localisation et l’identification du déficit rapidement, et la création de solutions ajustées au plan économique pour l’année ».

La décision de Lapid lui a valu des compliments de la part d’Erel Margalit, du parti travailliste, qui s’opposait franchement au budget bisannuel. « Le Budget sur deux ans », a ajouté Margalit, « a laissé derrière lui un déficit de 40 milliards de shekels qui nous incombe aujourd’hui ».

Dans un autre registre, Lapid a aussi pris une décision historique samedi 6 avril, en sacrant Yael Andoran première femme « directrice générale » du ministère des Finances. Andoran a travaillé pendant 10 ans au département du budget, devenant sous-directrice lorsque Binyamin Netanyahou était ministre des Finances.


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