Le début d’une belle amitié ?

Barack Obama doit effectuer sa première visite officielle en Israël. Le président américain a compris qu'il devait d’abord créer une meilleure relation avec le Premier ministre Binyamin Netanyahou.

By HILARY LEILA KRIEGER
February 12, 2013 13:15
Netanyahu and Obama shake hands

Netanyahu and Obama shake hands 370. (photo credit: REUTERS)

Washington – 2009, premier mandat du président Barack Obama. Sa jeune administration tente de réchauffer les relations américaines avec la Russie.

Pour ce faire, la nouvelle secrétaire d’Etat Hillary Clinton offre au ministre des Affaires étrangères russe, Sergueï Lavrov, un faux bouton rouge « restart », histoire de rire de l’histoire tourmentée entre les deux pays. Malheureusement, ces efforts resteront lettre morte et, tel un mauvais présage, la mention russe sur le bouton, mal orthographiée, signifiait « trop lourd » au lieu de « nouveau départ ».

Aujourd’hui, à l’orée d’un nouveau mandat, l’administration Obama veut à nouveau mettre les compteurs à zéro. Cette fois-ci, ce ne sera pas Clinton qui survolera l’Europe, mais le président lui-même qui se rendra en Israël pour ouvrir un nouveau chapitre dans sa relation avec le Premier ministre Binyamin Netanyahou. La paix ne semble néanmoins pas au programme de ce nouveau rendez-vous.

Mardi 5 février, les médias israéliens se sont fait l’écho de la visite présidentielle. Décalage horaire oblige, la Maison Blanche prenait le relais peu après. La déclaration officielle américaine ne fait aucune mention du conflit israélopalestinien.

A la place, il est indiqué que Netanyahou et Obama discuteront « de la marche à suivre sur plusieurs sujets de préoccupation communs, dont l’Iran et la Syrie ».

Le lendemain, alors que l’Autorité palestinienne s’est félicité à son tour de la nouvelle, le porte-parole de la Maison Blanche, Jay Carney, ajoutait : « Nous avons un second mandat pour le président, une nouvelle administration et un nouveau gouvernement en Israël. C’est un bon moment pour une visite qui ne soit pas focalisée sur le processus de paix au Proche-Orient ». Et, bien que le sujet sera sûrement évoqué au cours des rencontres avec Netanyahou et le dirigeant de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas, « tel n’est pas le but de la visite », a martelé Carney.

Ceux qui souhaitent voir Obama s’investir personnellement dans le processus de paix seront probablement déçus, mais ces déclarations suggèrent malgré tout que les efforts pour partir d’un bon pied avec le gouvernement israélien pourraient s’avérer fructueux.

Le ton s’adoucit

Tout d’abord, la Maison Blanche place la barre plutôt bas.
Ce sont les attentes élevées – et les demandes américaines envers les Israéliens, les Palestiniens et les Etats arabes restées lettre morte – qui ont contribué à saboter les initiatives du premier mandat d’Obama concernant le processus de paix. Des espoirs déçus peuvent être, en fin de compte, aussi nocifs à ce processus que la violence et c’est pourquoi la classe dirigeante israélienne croit qu’il est important de ne pas trop en générer afin de gérer le conflit correctement jusqu’à ce qu’une solution soit atteinte.

De plus, Obama s’est trompé lors de son premier mandat, pensant qu’il pouvait gagner le soutien des Israéliens pour son programme de paix en se contentant de leur lancer un appel depuis Washington et en ignorant Netanyahou. Les Israéliens venaient d’élire Bibi, ce qui signifiait un minimum de soutien à son programme diplomatique, et, qui plus est, ils n’ont pas apprécié qu’Obama s’adresse à eux depuis le Bureau ovale, alors qu’il avait fait le déplacement pour se rendre en Egypte, en Turquie et en Arabie Saoudite.

Cette fois-ci, le premier voyage officiel d’Obama sera pour l’Etat hébreu. La leçon a été retenue. « Le soutien populaire israélien à Obama n’est pas très élevé, et ce voyage sera une occasion pour les Israéliens de voir le président de près, de façon personnelle, ce qui est une bonne chose », analyse Robert Danin, ancien chef de mission à Jérusalem du représentant du Quartet, Tony Blair. « Cela permettra à Obama d’établir de nouveaux liens avec le gouvernement israélien, mais également avec le peuple israélien ». Et d’ajouter : « c’est moins important sur le plan diplomatique que sur le plan psychologique ».

Une approche moins frontale

Pour Aaron David Miller également, le voyage est davantage destiné à réparer une relation malmenée que de plancher sur l’Iran ou les Palestiniens. Obama, explique cet ancien conseiller au département d’Etat pour le processus de paix, a compris que pour faire progresser ces deux vastes dossiers, il lui faut établir une meilleure relation avec Netanyahou.

« Personne ne peut prédire du succès de l’opération, mais cela a l’air d’aller dans le bon sens », se réjouit celui qui voit la relation entre les deux leaders comme la pire qui ait jamais existé entre dirigeants israélien et américain.

Quel que soit le résultat final, la visite d’Obama en Israël montre clairement que le président veut s’essayer à une nouvelle approche. « Il fallait oser quelque chose de neuf », dit Danin, « et c’est exactement cela ». Selon Steven Spiegel, politologue et enseignant à l’université de Los Angeles- Californie, ce ne sera pas la première fois qu’un président américain tente une approche différente et moins frontale avec Israël lors de son second mandat.

« En général, les présidents se font moins durs avec Israël lors de leur second terme », commente-t-il. « Ils se rendent compte que la coopération marche mieux ». Pour Spiegel, qui se réfère à l’histoire, les présidents pensent souvent que faire pression sur l’Etat hébreu apportera des résultats au niveau des pays arabes. Mais, frustrés par les leaders arabes qui ne tiennent pas leurs promesses, ils se tournent alors de nouveau vers Jérusalem pour repartir sur de meilleures bases.

« La déception sur le front arabe tend à les faire changer de position et les présidents réalisent alors que la tension ne rapporte pas les résultats escomptés ». Obama a compris qu’il ne parviendrait pas à forcer l’Etat hébreu à faire ce qu’il ne souhaite pas, et se montre donc, somme toute logiquement, moins frontal cette fois-ci.

Enfin, si le leader ne fait apparemment aucune allusion à la paix, il pourrait néanmoins décider de saluer Netanyahou par un chaleureux « shalom ». Et par la même occasion, ajouter un « shalom haver ». Cette phrase, employée par le président Bill Clinton lors de l’enterrement à Jérusalem du Premier ministre assassiné Itzhak Rabin, aurait de quoi charmer les Israéliens, en mal d’affection américaine.


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