Le temps est venu de nommer des ministres qualifiés

A l’heure actuelle, le processus de formation de la coalition laisse à penser que les postes de ministres seront offerts à des politiciens sans expérience.

By DAVID J. MARTIN
February 26, 2013 13:31
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Construction [illustrative]

construction 521. (photo credit: Marc Israel Sellem)

Binyamin Netanyahou tente péniblement d’assembler un gouvernement de coalition. Beaucoup voient là un marchandage et des tractations bassement politiciennes. Des commentateurs plus modérés diront, certes, que la formation d’un gouvernement, comme tout processus de négociation, exige des compromis pour atteindre le but suprême : parvenir à un accord qui consiste, dans le cas présent, à former un gouvernement stable, capable de gouverner le pays dans les méandres d’un avenir complexe.

Que l’on soit optimiste ou cynique, une chose reste certaine : les postes clés seront offerts à des politiciens sans expérience dans le domaine où ils vont exercer ou pire, totalement non qualifiés pour gouverner.

Les critères qui président au choix des ministres en Israël sont très différents de ceux utilisés outre-Méditerranée. Comparer les membres du gouvernement israélien à leurs homologues américains ou européens peut nous apprendre beaucoup sur notre mode de fonctionnement quant à la sélection de nos gouvernants et sur les modifications qui s’imposent.

Revenons sur les dernières élections et leurs enjeux. A la suite du mouvement pour la justice sociale de 2011, la principale question, présente durant toute la campagne électorale, a été l’accessibilité au logement. A un point tel, qu’à la veille du vote, le Premier ministre Netanyahou, pour apparaître, in extremis, comme celui qui ferait baisser le prix des logements, a annoncé que Moshé Kahlon occuperait la tête de l’Autorité foncière israélienne. Car si Kahlon a su opérer une réduction radicale des tarifs des téléphones portables, il devrait être capable d’en faire de même avec le secteur de l’immobilier.

Mais qui sera le prochain ministre du Logement ? La question reste en suspens puisque Shas, qui en avait assuré le contrôle depuis 4 ans, ne fait toujours pas officiellement partie de la coalition. C’est le Shasnik Ariel Atias qui siège à la tête de ce portefeuille depuis 2009 après avoir officié comme ministre des Communications (de 2006 à 2009). Ce qui a donné l’occasion à un critique de noter qu’« Israël est le seul pays où le ministre de la Communication n’a pas de télévision chez lui ». Atias ne possède d’ailleurs pas non plus de diplôme universitaire (c’est-à-dire un diplôme séculaire). Quant à son expérience en matière de logement (avant d’avoir été nommé ministre), elle se résume à une condamnation pour l’agrandissement illégal de sa maison et le refus d’obtempérer à l’ordre de destruction qui en a découlé.

Un sujet en vogue

La baisse du coût des téléphones portables continue à être un argument de poids puisqu’il a été repris très récemment par Israël Katz, ministre des Transports depuis 2009 : « Nous réduirons le prix des voitures comme nous avons réduit le coût de la téléphonie portable. Je sais que je vais devoir faire face à beaucoup d’obstacles et de difficultés, mais cela ne me découragera pas. » On se doute qu’il en faut plus pour dissuader Katz. Ministre de l’Agriculture, il avait été l’objet d’un rapport très critique pour avoir nommé à la tête de la commission pour le prix du lait un homme sans diplôme académique et ce, malgré une spécification gouvernementale faite à ce sujet.

La même année, la police a d’ailleurs recommandé sa mise en accusation pour avoir favorisé la nomination d’amis politiques à des postes importants ou pour des contrats passés avec son ministère.

Si son dossier a finalement été clos par manque de preuves, un certain nombre de ses collègues ont été inculpés. A la décharge de Katz, il est l’un des ministres à posséder un diplôme universitaire – en relations internationales – de l’université Hébraïque de Jérusalem. C’est d’ailleurs là qu’il a commencé sa carrière politique comme membre du parti Herout. En tant que tel, il a mené des manifestations violentes et a été responsable de la détention du recteur de l’université avant d’être suspendu de l’université suite à ses agissements.

Pourtant, cela ne veut pas dire que tous les membres du gouvernement, ou même ceux évoqués plus hauts, soient incapables ou incompétents.

D’ailleurs, beaucoup d’entre eux sont hautement qualifiés. Yaacov Neeman, grand avocat israélien, en est un exemple. Nommé ministre de la Justice, il a été immédiatement mis en accusation et a démissionné. Un an plus tard, la cour a déclaré n’avoir retenu aucune charge contre lui.

Certains ont fait savoir qu’il aurait été attaqué pour, précisément, empêcher la nomination de professionnels au détriment des politiciens.

On pourrait ajouter qu’au contraire de l’attitude professionnelle et sans surprise américaine, un des avantages du mode de nomination israélien des ministres est qu’il rassemble des hommes aux parcours différents voire originaux et offre, par là même, un gouvernement aux vues larges et variées.

Prenons le cas d’Amir Peretz. En dépit de son manque de formation universitaire, il a dirigé la Histadrout avant de devenir ministre de la Défense. Qui sait ? L’opinion d’un cultivateur d’ail est peut-être pertinente sur les questions de défense internationale.

Quoi qu’il en soit, il semble que, dans le domaine politique, nous ayons à apprendre de l’Occident.

Nommer un professionnel, avec de l’expérience, des qualifications et des diplômes académiques à des postes ministériels pourrait se révéler bénéfique pour le gouvernement et la population en général. Yaïr Lapid et d’autres jeunes politiciens appellent à un nombre de ministres limités dans le prochain gouvernement. Voyons si, de concert avec le Premier ministre, ils oseront aller plus loin et nommer des professionnels – et non pas en termes de manigances politiques – aux postes de direction du pays.


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