Likoud : aurait pu mieux faire

Retour sur une campagne peu victorieuse.

By
January 15, 2013 14:13
Prime Minister Binyamin Netanyahu

Netanyahu with likud background 390. (photo credit: REUTERS)

Le dernier sondage du Jerusalem Post crédite le Likoud-Beiteinou de 34 sièges. La faction enregistre là sa première hausse d’intentions de vote, depuis l’annonce de sa liste commune. Car si elle reste toujours quasiment assurée de remporter les suffrages, elle n’a pas réellement réussi à convaincre de nouveaux électeurs.

Premier point faible : une entrée tardive en campagne. Le parti s’est longtemps pâmé à observer le centre-gauche s’entre-déchirer. Attendant le moment propice pour sortir le grand jeu et donner l’image d’un bloc de droite unifié et établi, au contraire de ces partis constitués de « réfugiés politiques ». Histoire de bien illustrer le slogan choisi par le comité en charge des élections : « Netanyahou, la force de gagner ».

Mais la tactique ne s’est pas avérée pleinement payante. La faction n’est pas parvenue à enrayer la désertion de certains électeurs, suite à la décision de fusion entre les deux partis de droite. Il lui fallait donc réajuster le tir. D’où sa décision, fin décembre, à moins d’un mois du jour J, de revoir sa stratégie de campagne et d’entreprendre un virage à 180 degrés. Exit les manoeuvres pour débiner les concurrents. L’objectif consistait désormais à laisser de côté le négatif pour se concentrer sur le positif, en misant sur les réalisations accomplies.

Parmi les fiertés du parti de droite au pouvoir : le déploiement de la batterie antimissile Dôme de fer, les efforts nationaux pour enrayer la nucléarisation iranienne, la création de 400 000 nouveaux emplois, l’amélioration du niveau scolaire des élèves israéliens, l’arrêt des infiltrations clandestines des migrants africains et le retour du soldat captif Guilad Schalit.

Et en prime, la promesse de faire subir au logement le même sort que celui de la téléphonie mobile : une baisse drastique des coûts.

L’accent était donc mis sur deux publicités : la première mettant en scène des Israéliens de toutes origines, décidés à voter Bibi. Et la seconde, faisant l’éloge du Premier ministre quant à ses capacités de s’entretenir avec les grands de ce monde, en anglais, sous le slogan : « Quand Netanyahou parle, les gens écoutent ».

Ne pas gaspiller les votes 

Autres couacs : les efforts déployés pour saper la candidature de l’ancien conseiller de Bibi, Naftali Bennett, poussé hors du Likoud par une inimitié déclarée avec la femme du Premier ministre et désormais leader du parti Habayt Hayehoudi.

Publicités anonymes, affiches de mauvais goût postées sur un site non officiel. Difficile de savoir si les initiatives sont orchestrées par l’état-major du Likoud-Beiteinou ou proviennent de membres isolés, mais la hache de guerre était bel et bien déterrée. « Mes frères du Likoud, que vous arrive-t-il ? », avait ainsi noté Bennett sur sa page Facebook.

Une chose est sûre, ces actes n’ont pas fait l’unanimité parmi certains militants de base du Likoud, eux-mêmes membres du secteur des implantations et du camp national-religieux.

Pour beaucoup, Bibi a fait une erreur en attaquant Bennett, qui reste, selon eux, un meilleur partenaire de coalition que les partis de centre-gauche.

Alors, pour les rassurer, qui d’autre que le chef de la coalition, Zeev Elkin, aidé de Tzipi Hotovely et de celui qui incarne l’aile dure du parti, pour une fois appelé à la rescousse, Moshé Feiglin.

Le Premier ministre exhorte aujourd’hui les Israéliens à ne pas « gaspiller leur vote » pour des petits partis sectoriels. Car selon lui, plus sa faction sera grande, mieux il sera à même de conduire lors de son prochain mandat les réformes clés qui lui tiennent à coeur : réformer le système électoral et rendre équitable le fardeau du service militaire.

Le mot de la fin revient à Liberman qui critique la gauche pour ses concessions à l’Autorité palestinienne de Mahmoud Abbas. « La gauche éclairée a bien essayé de diviser Jérusalem, mais Abou Mazen lui a répondu “nyet” », a-t-il ainsi déclaré. « La différence entre nous et la gauche, c’est que nous voulons une Jérusalem unifiée et la gauche veut une Jérusalem divisée ».

« Une campagne en dessous de tout »

Emmanuel Navon ne mâche pas ses mots. Selon ce francophone d’origine, professeur de relations internationales à l’université de Tel-Aviv et candidat à la députation pour le poste réservé aux nouveaux immigrants sur les listes du Likoud, son parti a commis la plupart des erreurs possibles. En premier lieu, les attaques sur le candidat Naftali Bennett, que le Likoudnik francophone assimile à un comportement « de looser ».

« C’est complètement idiot », explique-t-il, « dans la mesure où une grande partie des électeurs du Likoud sont issus du courant dati-leoumi, et ne comprennent pas ce déferlement d’agressivité à l’encontre de Bennett ».

« Personnellement, je ne vois pas pourquoi s’acharner sur lui, alors que le Likoud a beaucoup à vendre ». Et le principal bénéficiaire n’est autre que Bennett lui-même, estime Navon pendant que le Likoud « a perdu bêtement 5 ou 6 sièges ».

Est-ce que la tension actuelle pourrait conduire à un refus de Bennett de siéger dans une éventuelle coalition Likoud ? « Non, je ne crois pas », répond Navon, « vous savez, en politique, tout le monde se déteste pendant la campagne, puis tout le monde se réconcilie quand il s’agit d’entrer au gouvernement ». Et de citer le comportement de Mofaz, qui n’a pas hésité à faire plusieurs volte-face, traitant Bibi de menteur, avant de faire profil bas pour entrer dans une coalition dont il est ressorti presque aussitôt, la calomnie au bord des lèvres.

En dépit de la brouille actuelle avec son parti d’origine, Bennett resterait donc un partenaire naturel du Likoud. Un partenaire même « très probable », estime Navon.

L’idéal de coalition, selon lui ? Une alliance du Likoud- Beitenou avec Habayt Hayehoudi de Naftali Bennett et Yesh Atid de Yaïr Lapid. A l’image du gouvernement de 2003, où Ariel Sharon, encore Likoudnik s’était entouré de Lapid père, alors leader du parti laïc Shinouï et du parti nationalreligieux Mafdal.

Car une telle coalition, caractérisée par l’absence de Shas et des partis religieux, permettrait enfin de mener les réformes dont le pays a besoin, estime Navon.

Mais il faudrait que les 3 partis obtiennent plus de 60 sièges à eux trois, ce qui n’est pas acquis. Selon les derniers sondages le Likoud oscille entre 32 et 34 sièges, Habayt Hayehoudi entre 13 et 14 et Yesh Atid, 10. Soit un total situé entre 55 et 58 mandats, insuffisant pour former une majorité.

Comment, alors, compléter la coalition ? Shelly a fait savoir qu’elle n’en ferait pas partie. « Et elle est crédible », note Navon, « elle ne devrait pas revenir sur sa décision ». Reste l’option Tzipi Livni, à la tête du mouvement qui porte son nom, mais difficile de l’imaginer dans un gouvernement aux côtés de Habayt Hayehoudi. « Cela ne tiendrait pas un an », explique-t-il, car Livni « est uniquement intéressée par son Etat palestinien ».

L’autre option, selon Navon, consisterait alors en une coalition plus orientée à gauche. Avec Lapid et Livni. Mais là encore, difficile de viser une majorité. En clair, estime le professeur, si on exclut Shas et les partis ultra-orthodoxes, « aucune coalition ne se dessine à l’heure actuelle ». Resterait alors peut-être le joker Am Shalem, crédité de 3 mandats.

L’objectif consiste à pouvoir faire avancer les dossiers jusque-là bloqués par les partis religieux. Et sur ce point, Yesh Atid correspond au plus près des convictions défendues par Navon : réformer les systèmes électoral et éducatif, et répartir équitablement le fardeau militaire.

« Yaïr Lapid n’est pas la copie conforme de son père », explique-t-il, « il n’est pas antireligieux, il s’est entouré d’un rav et d’un Haredi sur sa liste et il ne parle pas d’un Etat palestinien pour demain ».

Et quels sont les pronostics dans les rangs du Likoud ? Pour l’heure, rien ne filtre note Navon. « On ne sait pas ce que pense Netanyahou ». A priori, une fois encore, le leader du Likoud prendra sa décision au dernier moment.

Seul. A l’instar de l’annonce de liste conjointe avec le parti russophone d’Avigdor Liberman.

Un geste qui selon Navon a fait fuir deux types d’électeurs du Likoud : la bourgeoisie laïque de Herzliyah/Tel-Aviv, à gauche politiquement, mais à droite économiquement, partie en courant pour aller grossir les rangs de Yesh Atid.

Et les religieux traditionalistes, effrayés par le spectre laïc incarné par Liberman, qui ont rejoint les adeptes de Habayt Hayehoudi.

Conclusion : 10 points de perdus, estime Navon. Sur les 42 mandats que les deux formations ont actuellement (29 pour le Likoud et 13 pour Israël Beiteinou), la liste conjointe n’est créditée que de 32 à 34 sièges.


Related Content

February 11, 2018
Les nouveaux « judaïsants »

By DAN HUMMEL