L’inoxydable Premier ministre

Attaqué de toutes parts, Binyamin Netanyahou reste incroyablement populaire. Décryptage.

By GIL STERN STERN HOFFMAN
December 10, 2013 18:35
Sondage après sondage, le public israélien soutient Netanyahou de manière écrasante

P6 JFR 370. (photo credit: Baz Ratner)

 
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Mais quel est son secret ? En tant qu’ambassadeur israélien aux Nations unies dans les années 1980, Bibi avait développé une admiration sans bornes pour le président américain de l’époque Ronald Reagan, rapporte un de ces anciens collaborateurs.


Maintenant une indéniable popularité malgré les scandales à répétition, Reagan s’était fait un surnom éloquent : « le président en Téflon ». Telle une poêle Téflon, rien n’accrochait. L’admiration de Netanyahou portait sur l’économie capitaliste et la politique étrangère tenace de Reagan. Mais Bibi a évidemment aussi appris de sa réussite politique. Le Téflon de Reagan a peut-être accroché le futur leader, qui s’apprêtait alors à démarrer sa carrière politique.


Une semaine en enfer


Saut dans le temps. Retour à la semaine dernière, qu’une source proche du Premier ministre a qualifiée de « semaine de l’enfer ». Netanyahou a en effet dû faire face à des attaques corrosives de l’ancien Premier ministre Ehoud Olmert, de l’ancien chef du Shin Bet (l’agence de sécurité d’Israël) Youval Diskin, et enfin de responsables anonymes de la Maison-Blanche et du département d’Etat américain.


Olmert a raillé son aptitude à décider de l’opportunité d’une frappe sur l’Iran, Diskin a traité sa politique sur les implantations et les libérations de prisonniers palestiniens, de « cynique et nauséabonde ». La dernière pique est revenue aux fonctionnaires washingtoniens : « Nous savons comment le contenir. Il est gérable ».


Quant à la visite à Rome et la rencontre extrêmement importante avec le Pape le plus militant de ces dernières décennies, elles ont été éclipsées par des articles sur les dépenses somptuaires des trois résidences de Bibi. On a ainsi appris que les Netanyahou ne lésinent pas sur les bougies parfumées, le vin, le pressing, les mezouzot et… l’eau pour leur piscine de Césarée.


En dépit de tout cela, Netanyahou reste toujours le chouchou des Israéliens. Le sondage de l’institut Panels avec le Jerusalem Post et le SofHashavoua en apporte une preuve supplémentaire, s’il en fallait. L’enquête a été réalisée auprès de 505 personnes, un échantillon statistiquement représentatif de la population. A la question de savoir quel candidat ils éliraient Premier ministre si les élections avaient lieu maintenant, 37 % ont répondu « Netanyahou ». C’est quatre fois plus que pour tout autre candidat potentiel.


Son plus proche challenger, la ministre de la Justice Tzipi Livni n’a reçu que 8 % des voix, suivie par le nouveau leader de l’opposition Itzhak Herzog (6 %), le ministre de l’Economie Naftali Bennett (6 %), le ministre des Finances Yaïr Lapid (3 %) et le ministre des Affaires étrangères Avigdor Liberman (2 %). 31 % ont choisi d’autres personnalités politiques, et 7 % ne se sont pas prononcés.


Alors qu’il leur était demandé également de noter les ministres, Netanyahou a été crédité d’un 53 % positif par l’ensemble des participants, et d’un 73 % par les sympathisants du Likoud. Seuls 5 ministres sur 23 ont fait mieux. Le même Bibi que les fonctionnaires anonymes de la Maison-Blanche et du département d’Etat ont traité cette semaine de « faible et désespéré ». Ne reculant pas non plus devant les interprétations de comptoirs : « Sa rhétorique dure sur l’Iran était une preuve d’un manque de confiance en lui ».


Vieille recette


Netanyahou maintient donc sa popularité envers et contre tout. Comment fait-il ? C’est très simple. Tout comme Reagan et d’autres leaders populaires : en unissant son pays contre les ennemis extérieurs. Reagan était président pendant la Guerre froide avec l’Union soviétique. Il aura grandement contribué à y mettre fin.


Netanyahou, lui, unit son peuple contre trois éléments ennemis : l’Iran, le président américain Barack Obama, et les médias.


Tant qu’empêcher la nucléarisation de l’Iran fera partie des préoccupations nationales principales, Bibi restera imbattable. Sondage après sondage, il est avéré que le public israélien le soutient de manière écrasante sur l’Iran, et ne fait confiance à personne d’autre pour gérer la menace. Du court terme ? Pas si sûr. Les enquêtes révèlent également que les Israéliens doutent très sérieusement de la disparition de cette menace nucléaire au terme des 6 mois imposés par le calendrier des accords irano-occidentaux.


Une porte-parole du département d’Etat américain a, de fait, révélé cette semaine que le moratoire des 6 mois n’avait pas encore démarré, car les détails techniques de l’accord n’avaient en réalité pas été conclus à Genève. Et en mai 2014, Netanyahou aura à s’assurer d’une application scrupuleuse du traité final. A n’en pas douter, le nucléaire iranien a encore de beaux jours devant lui, tant à l’international qu’au sein du débat intérieur israélien.


Un pour tous, tous contre Obama


La seconde menace sur la liste n’est ni plus ni moins que le président Obama lui-même. Un sondage de l’Institut de la démocratie d’Israël (IDI) a révélé la semaine dernière que 49 % des Israéliens croient que l’Etat juif doit chercher d’autres alliés, et qu’il ne doit plus autant faire confiance aux Etats-Unis.


L’enquête a été menée dans un contexte de tension croissante et de récriminations mutuelles entre les administrations de Jérusalem et de Washington. Selon les déclarations de responsables proches de Netanyahou, l’objectif d’Obama n’est en fait rien d’autre que de garder la tête hors de l’eau pendant les 3 dernières années de son mandat, et non d’empêcher un Iran nucléaire. Un fonctionnaire du ministère des Affaires étrangères, ministère qui a plutôt tendance à minimiser ces tensions, a expliqué à un journaliste cette semaine que les relations entre les Etats-Unis et Israël n’avaient jamais été aussi mauvaises.


Par le passé, quand il y avait de telles tensions entre un Premier ministre israélien et un président américain, les Israéliens se ralliaient au président et se retournaient vers leur propre leader pour chercher ce qu’il avait fait de mal. Ce qui s’était produit, par exemple lors des divergences entre Netanyahou et le président Bill Clinton, au cours du premier mandat de Bibi. Mais n’est pas Clinton qui veut. Les sondages montrent que les Israéliens sont extrêmement sceptiques au sujet d’Obama et de sa politique au Proche-Orient. D’ailleurs, c’est bien simple : dès qu’un accrochage émerge avec Washington, la popularité locale de Netanyahou grimpe en flèche. Lesdits fonctionnaires américains, qui l’ont traité de « faible », n’ont apparemment pas compris que de tels qualificatifs ne font que le renforcer.


Ces tensions ressenties avec Washington sont avivées par l’ennemi n° 3 : les médias. L’index exhaustif de l’IDI montre régulièrement que les médias sont l’une des institutions que les juifs Israéliens respectent le moins.


Les principaux organes de presse en Israël ont souligné les dépenses des résidences de Netanyahou. Si le Premier ministre n’avait pas autant essayé de cacher ses dépenses, elles n’auraient peut-être pas été considérées si problématiques. Mais selon le sondage, la couverture médiatique sur l’affaire est revenue aux médias comme un boomerang, et le public ne s’intéresse pas autant que prévu aux fines liqueurs servies aux dignitaires étrangers.


La « semaine de l’enfer » est désormais derrière nous. Mais plusieurs défis se profilent pour les semaines à venir. Netanyahou devra faire face à la tension au sein de sa coalition, qui a été mise au jour la semaine dernière avec le différend entre HaBayit HaYehoudi et Yesh Atid sur les allocations aux couples gays. Une telle tension pourrait bientôt devenir un réel problème, quand les décisions devront être prises au sujet des projets de lois sur la réforme électorale, le référendum et l’enrôlement des harédim.


Le 18 décembre prochain, le Premier ministre aura aussi à affronter un congrès des militants du Likoud, ce qui pourrait grandement l’affaiblir aux yeux de Washington. Il doit par ailleurs trouver un candidat à la présidence pour empêcher son opposant, Reouven Rivlin, de succéder à Shimon Peres, lors de la campagne qui aura lieu en mai et juin prochains. Enfin, la date butoir des neuf mois que les Etats-Unis ont fixée pour résoudre le conflit israélo-palestinien s’annonce pour fin avril, à peu près en même temps que celle de l’atteinte d’un accord final entre les puissances occidentales et l’Iran.


Avec autant de défis devant lui, Netanyahou aura besoin de Téflon en abondance.


 







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