L’union fait la gauche

Les partis de centre gauche Bonnet blanc et Blanc bonnet pourront-ils faire preuve d’intelligence et s’unir ?

By GIL STERN STERN TROY
January 15, 2013 13:05
Shelly Yacimovich with Tzipi Livni

Shelly, Livni 370. (photo credit: Facebook)

La campagne électorale tourne au vinaigre et le Premier ministre israélien Binyamin Netanyahou, en tant que Premier ministre sortant, reste la cible principale. Pour preuve les deux grands slogans du mouvement Hatenouah de Tzipi Livni : « Bibi-Liberman : Danger ; Livni : Espoir » et « Bibi-Liberman : Excommunication internationale ; Livni : Accord de paix ». Les Travaillistes renchérissent : « Bibi, c’est bon pour les riches, Shelly, c’est bon pour moi ».

Yesh Atid s’avère un tantinet moins hostile avec son « Nous sommes là pour un changement ».
Et ce, même si Yaïr Lapid a déclaré : « Netanyahou prélèvera davantage d’impôts sur la classe moyenne israélienne et ne pratiquera aucune coupe dans [les allocations] à destination des ultra-orthodoxes, des habitants des implantations, ou des grands syndicats ».

Dans cette compilation de médisance, les trois principaux partis de centre-gauche mettent bien en relief leur position anti- Bibi, sans vraiment se démarquer les uns des autres.

Le parti A promet de « relancer le processus de paix », de faire pression pour une « justice sociale », de protéger l’environnement, d’instaurer le « service militaire/national/ communautaire pour tous », et d’exiger un « pluralisme religieux ».

Le parti B, lui, s’engage à réformer le « système politique », à réviser « le système éducatif », à créer un système plus équitable pour les jeunes Israéliens qui servent leur pays », à relancer l’économie en offrant une « aide aux petites entreprises pour la classe moyenne », et à fournir « des options de logement pour les anciens combattants de Tsahal et les jeunes couples ».

Le Parti C revient sur les services de base tels qu’une éducation de qualité, des soins de santé abordables, mais non moins excellents, des moyens de transport fiables, un bon salaire pour un dur labeur, un logement et des produits de consommation moins chers, une concurrence loyale et une fiscalité équitable.

Ces programmes pas-vraimentcontradictoires rappellent la remarque du journaliste américain William Allen White comparant Theodore Roosevelt et Woodrow Wilson en 1912 : tout ce qu’il voyait « était cet imaginaire gouffre fantastique qui a toujours existé entre Bonnet blanc et Blanc bonnet ».

1 + 1 = 1 

Il existe tout de même quelques différences. Le parti A se positionne en matière de politique étrangère.

Le parti B est plus créatif, précis et capitaliste. Le C prétend qu’il n’a nul besoin de politique étrangère et se montre plus ouvert au socialisme. Par ailleurs, la leader du Parti A – Livni – ne peut supporter Netanyahou, mais pourrait bien faire équipe avec lui, le chef du parti B – Lapid ] semble le moins méprisant envers lui, et le parti C – le Parti travailliste de Yachimovich – a clairement fait part de son refus de siéger dans une éventuelle coalition Likoud-Beitenou.

Mais pourquoi ces trois sosies politiques ne s’uniraient-ils pas.

Leurs visions idéologiques se ressemblent assez pour opérer une fusion. Tous veulent mettre fin à la mainmise haredi sur les questions religieuses et le budget de l’Etat, tous veulent un pays plus humain, productif et idéaliste. Ils redoutent une coalition menée par Netanyahou avec pour statu quo : indolence, déviation vers la droite, aliénation des Américains, manque de solutions créatives et de courage. Ces politiciens gagneraient à coopérer, mais, jusqu’à présent, ils ne voient pas bien comment. Ils craignent une alchimie mathématique toxique, où 1 + 1 est souvent égal à 1 – l’alliance de Netanyahou avec le parti d’Avigdor Liberman l’a prouvé une fois de plus.

De plus, malheureusement, tout est aussi question d’ego. Shelly Yachimovich est persuadée qu’elle doit diriger le pays : selon elle, les deux autres partis sont construits à partir de rien, autour de la célébrité d’un candidat, alors que sa formation est réelle, ancrée dans l’histoire d’Israël, et la plus populaire des trois.

Tzipi Livni pense être celle qui doit gouverner : selon elle, les deux autres sont des novices en politique, alors qu’elle a servi comme ministre de la Justice et ministre des Affaires étrangères.

Yaïr Lapid reste le plus modeste, le moins présomptueux.

Du sordide au sublime

 Imaginez un instant que ces trois politiciens – et leurs partis, qui regorgent de personnes de qualité comme les travaillistes Isaac Herzog et Avishai Braverman, ou Elazar Stern et Alon Tal de Hatenouah, et enfin Dov Lipman et Ruth Calderon de Yesh Atid – fassent le choix de se préoccuper de principes et non de leurs petites personnes. Et que les trois fassent front commun pour gagner le pouvoir.

Ils souhaitent tous mettre un terme à l’exemption du service militaire pour les ultra-orthodoxes, encourager le pluralisme religieux, rendre le coût de la vie plus abordable, et promouvoir le processus de paix sans être des « freiers », des pigeons. Pourquoi ne pas hausser la barre, définir leur vision sioniste moderne, et énoncer des principes de base en lieu et place de simples déclarations politiques ? Et laisser les autres choisir parmi eux trois le leader naturel pour un parti commun. Le moyen de sortir de ce dilemme est le scrutin anonyme. Peut-être alors, un chef de file pourrait-il émerger.

Hélas, un tel altruisme est aussi probable que les régimes utopiques évoqués par John Lennon dans Imagine. Pendant trop longtemps, la politique israélienne a fonctionné comme des sables mouvants, noyant les réputations et les espoirs, et salissant tous ses acteurs. Fidèle à son habitude, le sommet des trois chefs du centre-gauche s’est clôturé sur des accusations en chassé-croisé, Lapid et Yachimovich blâmant Livni de se pâmer de son ancienneté et se comporter comme tous les autres rustres de la Knesset, gâtés, intrigants et experts au jeu double.

Le sens politique est l’art d’élever cette discipline du sordide au sublime. Peut-être Tzipi Livni, Yaïr Lapid, et Shelly Yachimovich pourraient-ils mettre en commun leur courage et leur clairvoyance, forger une coalition puissante fondée sur de vrais principes, et enthousiasmer les démocrates du monde entier en donnant un bel exemple de vision sioniste moderne.

Ainsi, nous pourrons associer Livni avec « espoir », et non carriérisme, croire que Yachimovich « c’est bon » pour Israël, et nous réjouir du « changement » optimiste, tourné vers l’avenir, promis par Lapid et les autres – et dont nous avons tant besoin.


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