Netanya : une révolution francophone en marche ?

En vue des élections municipales, de nouvelles voix se lèvent à Netanya où, pour la première fois, un « pacte francophone » est créé.

By MARTIN ALARGENT
October 15, 2013 17:07
4 minute read.
Faire de Netanya une cité balnéaire exemplaire et pionnière à tous les niveaux

P18 JFR 370. (photo credit: Reuters)

Ori Raphaël, à la tête du parti « Justice sociale » (Tsedek Hevrati), a fait des préoccupations des francophones de Netanya une de ses priorités. S’il devient conseiller municipal, les mesures qu’il mettra sur le devant de la scène en faveur des Français semblent tout à fait pertinentes. A son actif : plusieurs propositions clés, destinées à améliorer le quotidien des administrés originaires de l’Hexagone, qui ont fait de Netanya un de leurs fiefs, depuis des années.

A la mairie par exemple, un « bureau permanent francophone d’assistance et d’orientation » serait créé pour faciliter les démarches administratives, notamment pour les nouveaux arrivants. Un centre culturel français fait également partie de la liste des propositions, avec au programme : spectacles, cours de français ou de théâtre. Ou encore, la création d’une maison de retraite francophone pour ces personnes âgées dont l’Aliya tardive n’a pas permis d’intégrer les principaux vecteurs d’intégration comme l’armée, l’université ou le monde du travail. « N’ayant pas eu la possibilité ou le temps d’apprendre l’hébreu, cela pourrait largement contribuer à améliorer leur condition de vie », affirme le candidat à la municipalité.

Et pour ceux qui ont encore le temps et les capacités d’apprendre la langue hébraïque, un oulpan de la deuxième chance est envisagé : bon nombre d’immigrants ne profitent pas pleinement des premiers mois de cours offerts par le gouvernement. L’idée d’Ori Raphaël consiste donc à leur permettre de retrouver les bancs de l’école, une nouvelle fois, quand ils sont plus avancés dans leur processus d’intégration.

Les initiatives, le leader de « Justice sociale » en a à revendre. Egalement à son ordre du jour, la volonté de rassembler les associations françaises, les unir, pour qu’ensemble, elles intensifient leur portée.

Des mesures chargées de symboles pour la communauté francophone sont aussi envisagées. Comme rebaptiser une rue de Netanya en hommage aux victimes de la tuerie de Toulouse ou au nom d’Ilan Halimi.

Les boursiers au service des plus jeunes


Mais les ambitions de Raphaël ne se limitent pas à améliorer le cadre de vie de ceux qui maîtrisent la langue de Molière. En devenant conseiller municipal, le candidat aspire à faire de Netanya une cité balnéaire exemplaire et pionnière à bien des niveaux. Notamment celui de la sécurité. Pour réduire les actes de vandalisme et la délinquance, ses idées sont nombreuses.

Une des cartes maîtresses de son programme consisterait, par exemple, à proposer un encadrement aux jeunes élèves israéliens qui terminent les cours à 13 h 30. Objectif : mettre à contribution les étudiants en sport bénéficiant d’une bourse de Netanya, qui dispenseraient gratuitement des cours d’éducation physique aux écoliers, de 14 h 30 à 16 heures.

Une pratique qui pourrait d’ailleurs s’étendre à d’autres étudiants boursiers d’autres disciplines, sous forme de soutien scolaire pour les jeunes en difficulté. Une solution doublement efficace, estime le parti « Justice sociale », car elle bénéficierait non seulement aux élèves sur les plans éducatif, social et sportif, et permettrait aussi aux étudiants d’acquérir une expérience professionnelle. Cela contribuerait ainsi à réduire la délinquance. Encadrés, les jeunes auraient moins l’opportunité et l’envie de traîner dans les rues de Netanya.

Autres bénéficiaires de la mesure : les parents qui travaillent l’après-midi. « La vie des familles serait ainsi facilitée », souligne Martine Saban, francophone, seconde sur la liste du parti. Selon « Justice sociale », tous ces changements affichent également un avantage non négligeable : ils n’exigeront aucun investissement financier et pourraient même se révéler rentables à terme. Notamment en soulageant les services de police ou en diminuant la population carcérale.

Toujours pour contrer la délinquance dans les rues de « la petite France » et pour « prévenir des actes plus graves », Ori Raphaël aspire à renforcer la présence policière et les unités bénévoles pour lutter contre les « petits délits » – vols de téléphone portable ou agressions verbales – injustement ignorés par les services de police.

Enfin, dernier point au programme éducatif du parti « Justice sociale » : prolonger la durée de fonctionnement des crèches, actuellement gratuites jusqu’à 13 heures Une prestation à inclure dans le cadre des activités de service civil pratiqué par les jeunes filles pratiquantes qui se refusent à intégrer l’armée pour raisons religieuses.

Réveiller l’électorat français


« Justice sociale » est bien décidé à ne pas se faire seulement le porte-parole des familles les plus démunies, mais à œuvrer pour les habitants de la ville issus de toutes les classes socioprofessionnelles. A Netanya, 3 ou 4 quartiers, où réside une population aisée, sont soumis à une taxe d’habitation (arnona) supérieure de 50 % aux autres zones de la cité. Une situation injuste, à rectifier au plus vite pour le nouveau mouvement politique.

Autre ambition : transformer le visage de Netanya. La pratique du
«pinouï-binouï» (évacuer pour reconstruire), mesure créée par l’Etat, sera intensifiée dans les quartiers les plus sensibles de Netanya. Les propriétaires concernés par la démolition et la reconstruction de leur habitation se verront attribuer, en plus d’un appartement entièrement neuf, un studio qu’ils pourront louer à des étudiants ou des couples en relative difficulté.

Quant aux entrepreneurs en charge de la démolition et de la reconstruction, ils bénéficient d’appartements nouvellement construits, bien souvent par l’ajout d’étages aux précédents. Et la ville serait gagnante puisque des subventions étatiques lui seront attribuées si elle entreprend un tel projet.

En outre, étoffer le parc immobilier permettrait également une plus grande mixité sociale. Revisités, ces quartiers défavorisés pourraient désormais attirer un nouveau genre d’habitants, plus aisés, qui viendraient gonfler les rues et les rangs de la cité balnéaire.

Education et logement sont donc parmi les fers de lance du parti « Justice sociale ». Mais, s’il s’adresse à tous les habitants de Netanya, le mouvement de Raphaël Ori se considère avant tout comme une « passerelle entre la vie en France et en français et la vie en Israël et en hébreu ». A quelques jours des municipales, le candidat espère que son message sera entendu et saura « réveiller l’électorat français et les citoyens en manque de changements ».




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