Partis sectoriels

Mieux comprendre les partis arabes et religieux.

By AMANDINE SAFFAR
January 15, 2013 14:34
Rabbi Ovadia Yosef at Shas campaign launch

Ovadia Yosef Shas campaign launch 370. (photo credit: Marc Israel Sellem/The Jerusalem Post)

Un vent nouveau dans les partis arabes ?

Cinq partis arabes, dont un judéo-arabe, se partagent les voix des arabes israéliens. Ensemble, ils sont crédités approximativement de 11 à 13 sièges pour la prochaine Knesset. Une nouvelle formation arabe chante un air très différent des anciens partis, celui de « l’espoir du changement » (ha-tikva lechinoui). Pourtant, le moral des troupes est au plus bas.

Atef Krenawi, leader du parti naissant d’origine bédouine, prend un tournant novateur. Au lieu de revenir sur la situation économique difficile des Arabes israéliens, il décide de regarder dans le miroir et retrousser ses manches pour s’attaquer aux problèmes communautaires : le crime, les violences conjugales et le chômage, critique chez les Arabes israéliens. En filigrane, le projet avoué du chef : intégrer les Arabes israéliens dans le système par un service civil obligatoire, qui remplacerait l’armée. Krenawi, qui joue la carte de la conciliation, annonce publiquement vouloir s’allier avec le gouvernement au pouvoir, même si le Likoud- Beitenou venait à être réélu. Un parti pro-« citoyens » comme il le laisse entendre, et qui veut renouveler la crédibilité du vote arabe dans l’hémicycle de l’Etat hébreu.
Selon lui, les autres partis se contentent de faire du « bruit ».

L’Espoir du changement se dit tributaire du « Printemps arabe ». Selon un récent sondage mené par l’Université de Haïfa, 67 % des arabes israéliens ne font pas confiance aux partis arabes. Quels sont-ils ? Hadash, acronyme pour HaHazit HaDemokratit LeShalom VeLeShivion (Front démocratique pour la paix et l’égalité), le plus connu des partis arabes, est aussi un parti communiste.

Certains juifs israéliens votent pour ce parti éclectique dont la principale revendication tient dans le retrait des territoires disputés et la protection des travailleurs.

Raam-Taal, ou la liste arabe unifiée (à ne pas confondre avec un ancien parti du même nom), est représenté par 4 députés à la 18e Knesset. Cette liste commune, dirigée par le Sheikh Ibrahim Sarsur, préconise la création d’un Etat palestinien avec Jérusalem-Est comme capitale, selon les frontières de 1967.

Un autre parti, du nom de Balad, est connu pour les esclandres répétés d’une de ses membres : Haneen Zoabi.

La députée avait par exemple soutenu la flottille turque du Mavi Marmara, venue briser le blocus de Gaza. Le comité central des élections avait d’ailleurs décidé de l’exclure de la course électorale, pour son antisionisme assumé. Mais la Haute Cour de Justice l’a remise en lice. Non contente de son rétablissement, Zoabi avait ironisé, lors d’une interview donnée à la radio de l’armée : « Cela ne veut pas dire qu’Israël est 100 % démocratique »… Enfin, dernier coup d’éclat du parti, le 8 janvier dernier : Balad comptait présenter au pays un clip qui a été censuré. Motif : il représentait Avigdor Liberman et d’autres acolytes du Likoud-Beitenou en danseuses du ventre, chantonnant l’Hatikva, l’hymne national, sur des rythmes orientaux.

Du religieux à l’ultra-religieux 

Les divisions religieuses se font ressentir sur l’échiquier politique : il existe (presque) autant de partis que de courants internes au judaïsme… 
Le Shas, et son chef spirituel, le célèbre rabbin séfarade Ovadia Yossef, possède 11 sièges dans l’actuelle Knesset. Un chiffre qui devrait se maintenir.

Cependant, le parti devra affronter de nouveau défis : celui de Naftali Bennett, qui « rajeunit » le vote religieux.

Le Shas incarne l’opposition formelle à tout changement halakhique et à toute évolution moderne de la religion. Parmi les revendications du parti, son fer de lance : empêcher de légiférer sur les transports le shabbat, contester les conversions « achetées », et assurer une politique maritale selon la Cour rabbinique.

Récemment, Arié Déri, un des trois hommes du triumvirat à la tête de Shas – avec Eli Yishaï et Ariel Attias – longtemps embourbé dans des scandales politiques, a conduit le parti vers de nouveaux horizons, annonçant ses vues sur le processus de paix israélo-palestinien. Des accords à long terme avec l’autorité palestinienne seraient donc au programme. Selon Déri : Israël devra se retirer des territoires disputés sans pour autant évacuer les avant-postes.

Un plan déjà entendu de la part des leaders de centre-gauche comme Shaoul Mofaz et Ehoud Barak, mais jamais de la part d’un chef religieux de droite. Déri à ce propos objecte : « Nous ne sommes pas nationalistes, nous demandons aux rabbins quoi faire et nous le faisons. Israël est à nous car Dieu nous l’a donné. Je ne pense pas être un occupant ». En 1993, Ovadia Yossef avait pourtant refusé de signer les accords d’Oslo. Eli Yishai, nommé numéro 1 du parti le 7 décembre 2012, a, lui, apporté une teinte davantage de « droite » que le modéré Déri.

Le 10 janvier, Yair Lapid mettait les choses au point. Même s’il insiste pour se démarquer de son père, l’anticlérical Tommy Lapid, le leader de Yesh Atid a déclaré qu’il lui serait quasiment impossible de siéger dans une coalition avec Shas.

Sa condition sine qua non pour entrer dans la coalition : l’égalité totale du fardeau militaire.

Pour son slogan, le parti Shas a fait un choix peu commun : « Seul un Shas fort s’occupera des faibles », puis « Seul un Shas fort empêchera l’assimilation », tour à tour associé à des photos de Netanyahou et de Liberman. Likoud-Beitenou est, selon les mots de Déri, un parti de « russes et de blancs ». Taxé de propos racistes, le politicien a dû proférer des excuses et revenir sur ses propos.

Le parti espère conserver le portefeuille de la Construction et du Logement.

Plus populaire qu’Ovadia Yossef 

Parmi les raisons avancées par le rabbin Haïm Amsellem pour expliquer sa scission d’avec le Shas d’obédience séfarade : la tendance à l’ashkénaïsation du parti d’Ovadia Yossef. Il a ainsi fait le choix de former son entité «Am Shalem» (un pays entier) qui se distingue du Shas au sujet de l’armée et préconise le service militaire et civil et l’intégration sur le marché du travail des religieux. Am Shalem a perdu son numéro 2, Dov Lipman, au profit du parti de Yair Lapid, ainsi qu’Eleazar Stern, ancien chef d’état-major, pourtant annoncé sur les listes précédemment.

Malgré les 9 noms présentés par le parti, il est peu probable qu’il dépasse 3 sièges. Par contre, 2 magnats de la hi-tech ont rejoint les bancs du parti, Moshé Zarfati et Reuven Agassi.

Haim Amsellem, résume en quelques mots ses objectifs : « Ramener un Judaïsme modéré et beau au peuple juif… un judaïsme sioniste et nationaliste, un judaïsme de la Torah et un mode de vie, celui aussi qui sert à l’armée… et qui accepte ceux qui sont différents ».

On le dit plus populaire dans les sondages qu’Ovadia Yossef.

Les dernières enquêtes le créditent de 7 % d’intentions de vote.

Politique ou religion ? 

Koulanou Haverim, ou le parti des Breslev, est pour sa part légèrement en retrait. Ses revendications religieuses tournent autour des adeptes du « Na, Nah, Nahma, Nahman méouman ». Comme le souligne Sharon Campo, à la tête de la formation, les députés feront comme n’importe quel député, ils siégeront à la Knesset, et ne se contenteront «pas uniquement» de danser et sautiller sur des airs endiablés.

Judaïsme de la Torah Unifiée (JUT) ou «Yahadout hatorah» est un parti binaire. Il rassemble la branche hassidique (habad) : Agoudat Israël ; et la branche haredie (ultraorthodoxe) : Degel hatorah. Ils font front ensemble depuis 1992, remportant 5 sièges dès leur première candidature.

Agoudat Israël est né en 1912 pour représenter successivement tous les immigrants religieux venant de Pologne. Degel Israël voit le jour plus tard, en 1988.

Les représentants des partis ne suivent pas les décisions du gouvernement. Leur but initial est de promouvoir les intérêts du secteur orthodoxe et de maintenir la « judéité » de l’Etat. Le numéro 1 sur la liste est Jacob Litzman. Le slogan du parti, simple et réunificateur, qui semble pourtant ignorer un pourcentage important de citoyens israéliens : « Nous sommes tous haredim ».

Netzach ou « éternité » est une faction du parti ultraorthodoxe JUT, ou plus précisément de la branche haredie Degel hatorah, qui a fait scission cette année suite aux guerres intestines nées à la mort de leur chef spirituel, le rabbin Yosef Shalom Elyashiv. Le parti est considéré comme la « branche de Jérusalem » du parti d’obédience lithuanienne, dirigé par le rabbin Shmuel Auerbach. Les tenants du parti naissant sont accusés de diviser les voix ultra-orthodoxes, ce qui pourrait mener à un abstentionnisme.


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