Politicards néophytes et/ou hommes d’affaires aguerris

Mais qui sont ces nouvelles têtes qui revigorent une Knesset mésestimée aux yeux des Israéliens ?

By SHLOMO MAITAL
January 21, 2013 13:06
Naftali Bennett Facebook page

Naftali Bennett Facebook 300. (photo credit: Screenshot)


La 19e Knesset comptera bientôt dans ses allées des figures toutes fraîches parmi les 120 « sages » de la grande assemblée. Des politiciens venus des sphères du privé où ils se sont brillamment illustrés soulèvent un vent d’espoir : celui de nouvelles idées en matière d’économie, de commerce et d’entreprenariat.

Ces businessmen reconvertis en politique ne sont pas tous bien connus du public : Erel Margalit, capital-risqueur, Jacob Perry, manager et homme d’affaire vétéran, Yair Shamir, entrepreneur et ancien président des Industries aérospatiales israéliennes (IAI), et enfin, Naftali Bennett, entrepreneur et chef du parti Habayit Hayehoudi, issu de l’exparti national sioniste-religieux. Néophytes dans un système politique davantage vieillissant qu’innovant, ils apportent un certain renouveau.

Les élections, initialement prévues pour octobre, ont été décalées au mois de janvier, devant l’incapacité chronique du gouvernement à s’accorder sur un nouveau budget.

Face au ralentissement de l’économie, et, inversement proportionnel, au déficit budgétaire en expansion, une lourde réduction de budget est inévitable : quelque 15 à 20 milliards de shekels seront retranchés du budget. Pourtant, les partis en coalition ne parviennent pas à trancher sur le secteur à sacrifier, préférant mettre la question en veilleuse jusqu’aux élections.

Selon la Banque d’Israël, le PIB de 2012 a augmenté de 3,3 %, un chiffre qui, selon les estimations, devrait atteindre les 3.8 % en 2013. Ce qui représente une hausse non négligeable par rapport aux Etats-Unis et à l’Europe. Mais cet optimisme naissant repose principalement sur les gisements de gaz naturel des champs « Tamar » : lors de leur exploitation, ils engendreront une hausse conséquente d’1 %, soit un quart de plus du PIB total.

Le gouverneur de la Banque d’Israël, Stanley Fischer, qui a réduit les taux d’intérêt en décembre, a toutefois mis en garde contre les mesures qui amèneraient le déficit budgétaire à grimper en flèche. La Banque est prudente : rien n’assure que le flot du gaz naturel sera stable. Faisant face à ces incertitudes, le gouvernement et la Knesset devront faire appel à leur expérience, leur sagesse et leur savoir-faire innovant.

Qui sont ces « nouveaux visages » qui fourniront ces efforts ? 

Yair Shamir : ancien élève à l’Institut de management du Technion de Haïfa. Lecteur vorace comme son père, Yitzhak Shamir, ancien Premier ministre, il est un penseur hors norme et pragmatique forcené. Chez IAI, Shamir fils a réorganisé toute la gestion, traitant avec des syndicats agités et naviguant à vue en pleine récession économique internationale en 2008-2011. On lui doit notamment le nouveau nom de l’entreprise : Industrie aérospatiale israélienne (anciennement Industrie d’aviation d’Israël), qui reflète le tournant nouveau et la volonté de construire des satellites dernier cri. Pilote dans l’aviation de Tsahal pendant 25 ans, jusqu’en 1988, Shamir a par la suite dirigé le groupe Scitex et Elite Foods, pour enfin lancer sa propre start-up, Vcon Telecommunications (qui exploite un système de vidéoconférences). Et devenir un capitaliste-risqueur talentueux, à la tête d’un fonds appelé Catalyst.

Numéro 4 de la liste Likoud-Beitenou, il pourrait être nommé mnistre de l’Industrie dans le futur gouvernement. En tant que tel, il pourrait initier un mouvement de privatisation de l’Industrie aérospatiale, octroyant au groupe une flexibilité accrue vis-à-vis de la gestion de son capital et des dépenses.

Il pourrait aussi être le fer de lance d’une revitalisation du Bureau d’expertises scientifiques attenant au Ministère de l’industrie et restaurer son budget amoindri sur la recherche et le développement.

Erel Margalit : numéro 10 sur la liste du parti travailliste, Margalit est relativement « novice » en politique.

Docteur en philosophie de l’université de Columbia, il officie pendant de nombreuses années au bureau du maire de Jérusalem Teddy Kollek, à la tête du développement commercial, apportant de nombreuses entreprises technologiques au capital israélien. En 1993, il fonde la firme de capital-risque pionnière, Jerusalem Venture Partners (JVP). Il anticipe l’essor dans la technologie médiatique qui lance 15 entrées en bourse réussies, y compris la vente de Chromatis pour 4,8 milliards, à Lucent en 2000.

Avec les fonds de capital-risque rapidement en carence en Israël, Margalit apporte une expertise cruciale quant au financement et aux subventions des start-up à la Knesset. Il pourrait notamment créer de nouvelles industries et donc générer de nouveaux emplois à Jérusalem, comme il le faisait sous le légendaire Kollek.

Jacob, Naftali… 

Jacob Perry : Perry sert pendant 29 ans au Shin Bet (Agence de sécurité intérieure), dirigeant l’entité de 1988 à 1995.
Ex-chef exécutif de la compagnie de téléphonie Cellcom et président du conseil de la banque Mizrahi-Tfahot, il a su mener au sommet ses projets.
Perry est numéro 5 sur la liste de Yesh Atid, le parti de Yair Lapid. Si le nouveau parti centriste rejoint la coalition, Perry sera vu comme le ministre idéal en matière de communications.

Naftali Bennett : Bennett, 40 ans, est l’heureux élu du parti Habayit Hayehoudi en novembre. En 1999, il lance une startup appelé Cyota, qui développe avant tout le monde un système antifraude pour cartes de crédit, vendu en 2005.
Aujourd’hui, Cyota compte 300 employés à Herzliya et 100 autres à Beersheva.

« La chose la plus importante pour les entrepreneurs est d’être laissés “en paix” dans leur domaine sans que le gouvernement ne marche sur leurs plates-bandes », estime Bennett. « Aujourd’hui, l’économie israélienne est aux mains d’un petit groupe de personnes – les gros magnats et les syndicats influents. La réforme clé, selon moi, serait de libérer l’économie, afin de faciliter la tâche aux petites entreprises au sommet de la chaîne alimentaire. Car ce sont elles, les plus grosses créatrices d’emplois. Nous avons besoin d’une réforme. Nous avons aussi besoin de plus de terre pour notre peuple. » « L’autorité israélienne des terres détient 93,5 % du pays. Imaginez que 93,5 % du sucre en Israël soit gardé jalousement dans une ferme et interdit au marché. Le prix du sucre grimperait en flèche. C’est la même chose pour la terre », explique-t-il.

… Et les autres 

Pour ajouter à cette liste d’hommes d’affaires en politique : plusieurs nouveaux venus valent la peine d’être mentionnés.

Stav Shaffir, la militante sociale de 27 ans et l’une des meneuses du mouvement de protestation de 2011 occupe la 8e place du parti Avoda. Elle est sur le point d’être l’une des plus jeunes députées jamais élues (le plus jeune étant Moshe Nissim, élu en 1959 à l’âge de 24 ans). Shaffir, en tant que « voix » du mouvement social, sera une défense éloquente de l’équité sociale, et une représentante de la nouvelle génération.

Deux autres chevaux gagnants sont Moshé Zarfati et Reuven Agassi, deuxième et troisième sur la liste du rabbin Haim Amsellem, créateur du parti Am Shalem. Agassi, avec son fils le fondateur Shai Agassi, a notamment lancé plusieurs startup.

Tandis que Zarfati, pilote et ingénieur aéronautique, affiche une expérience importante dans le domaine du hightech.

Bennett, Margalit, Shamir, Perry et Shaffir, ensemble avec, peut-être, Zarfati, tous de tranches d’âges très différentes, issus de milieux et de factions politiques divers, pourraient participer à cette revitalisation de la Knesset, qui, par ailleurs, perd de son respect auprès des citoyens israéliens.

Et pourquoi pas combler le vide apparent laissé par le départ de Moshe Kahlon, aimé ministre Likoud de la Communication, qui avait propulsé le marché de la téléphonie et de la télévision câblée par la fin d’un monopole, réduisant les prix de façon drastique.

Au cours des élections présidentielles de 1960 aux Etats- Unis, les démocrates avaient distribué des affiches martelées du slogan : « Achèteriez-vous une voiture d’occasion à cet homme ? », en parlant de Nixon. John F. Kennedy l’avait emporté. Le quotidien Haaretz a récemment reproduit la manoeuvre avec humour, demandant à un échantillon d’Israéliens : « A quel politicien achèteriez-vous une voiture d’occasion ? ». Plus d’un tiers a répondu : « Aucun » et seulement 9 % ont sélectionné le Premier ministre Binyamin Netanyahou.

En Israël et dans le monde, les politiciens semblent avoir perdu la confiance du peuple. En espérant que ces nouveaux visages enfantent une « rénovation » de fond de la foi et de la confiance dans le système électoral.


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