Portrait sans concession d’un nouveau gouvernement

ans surprise, Netanyahou n’aura pas les coudées franches et devra composer avec ses nouveaux partenaires de coalition. Passage en revue de ses grands axes de chantier.

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March 19, 2013 13:14
Le Premier ministre Binyamin Netanyahou réunit son cabinet sortant

JFR12 521. (photo credit: Reuters)

 
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Bravo ! Après 6 semaines d’un marathon de négociations à couteaux tirés, le 33e gouvernement est né. La plupart des Israéliens ont découvert avec stupeur que les menaces qui pèsent sur l’Etat hébreu n’auront pas empêché les élus de se livrer aux joutes politiciennes habituelles qui consistent à se marcher dessus pour faire avancer leurs propres intérêts. Les principaux vainqueurs de ce dernier round sont ceux qui ont réussi à faire taire leurs ambitions personnelles et mis de côté leurs divergences politiques, pour trouver des compromis ; à savoir les partis Yesh Atid et Habayit Hayehoudi.

L’entente d’airain entre ces jeunes loups aura pris de court le Premier ministre Binyamin Netanyahou, qui tentait de les dresser les uns contre les autres. Ils auront finalement réussi à le faire plier.

Les principaux perdants dans l’affaire sont sans conteste les ultra-orthodoxes, finalement exclus du gouvernement, en dépit des efforts extraordinaires de Bibi pour leur sauver la mise. Exclusion accueillie par la majorité de l’électorat avec enthousiasme. Dénoncés par la plupart des Israéliens comme des escrocs, prêts à vendre leur vote au plus offrant, leur seul objectif aura été de vouloir plier la nation tout entière à leur interprétation la plus stricte de la Halakha.

Si elles avaient été plus coopératives, davantage prêtes à accepter de partager le fardeau de l’Etat, à encourager leurs jeunes à gagner leur vie et à s’enrôler au sein de l’armée, ces communautés auraient pu éviter ce cuisant échec. Mais elles n’ont pas cédé un pouce de terrain. Le rabbin Ovadia Yossef, leader spirituel du parti Shas, a même traité les membres du parti national religieux Habayit Hayehoudi et ses dirigeants de « goyim ». En menaçant de boycotter les produits des implantations, à l’appel du parti JUT (Judaïsme Unifié de la Torah), les ultra-orthodoxes se sont aliénés le peu de sympathie dont ils disposaient encore. Mais derrière l’apparente défaite du Likoud-Beiteinou se cache une victoire potentielle : celle de parvenir à stabiliser le pays et lui permettre de rattraper son retard économique et social. Netanyahou, alors même qu’il semble affaibli par la nouvelle donne politique, reste le maître du jeu, pour autant qu’il consente à faire avancer le pays dans le sens des réformes cruciales qui s’imposent.

Réformes toujours différées sous la pression des harédim, utilisant systématiquement leur droit de veto.

Lapid, un véritable centriste 

L’équipe ministérielle de Netanyahou comprend désormais un certain nombre de nouveaux talents qui ne demandent qu’à s’exprimer. Malheureusement, dans certains cas, le jeu des alliances politiques a empêché quelques-uns d’accéder aux postes qui correspondent à leurs compétences.

Parallèlement, l’accession de Yaïr Lapid aux Finances représente un risque énorme. L’ancien journaliste est un parfait novice en économie. Assumer ce portefeuille très exposé est un coup de poker, surtout à l’heure où il hérite d’un déficit budgétaire vertigineux qui nécessitera des coupes drastiques et forcément impopulaires.

Et que dire du choix du ministre des Affaires étrangères, dont la tâche principale est de promouvoir efficacement l’image d’Israël ainsi que d’articuler les lignes politiques du gouvernement ? Une fonction qui nécessite également un certain doigté. Surtout dans le contexte actuel où le pays doit faire face à une hostilité mondiale exponentielle. Avigdor Liberman est un homme politique capable, qui pourrait mériter n’importe quel ministère. Mais pourquoi persiste-t-il à s’accrocher au seul portefeuille pour lequel, à tort ou à raison, il est contesté par la plupart des dirigeants au monde ? Par contre, nommer Moshé Yaalon, ancien chef de Tsahal unanimement respecté à la Défense, va renforcer le moral des troupes et donner un signal fort aux Palestiniens, à savoir qu’ils payeront le prix, s’ils s’aventurent à reprendre les tirs de missiles ou les attaques terroristes.

Mais mieux encore, la présence de nombreux jeunes talents et l’arrivée de nouveaux visages sur l’échiquier politique national sont de bon augure pour l’avenir. Pour autant que les parties se dévouent au travail à accomplir dans l’intérêt de la nation plutôt que de ferrailler pour marquer des points personnels et se livrer à la promotion de leurs idéologies partisanes.

Il n’est pas à l’ordre du jour de se prononcer sur le processus de paix et l’heure n’est ni aux déclarations décisives, ni à la controverse. Mais il faut remarquer que l’arrivée du parti Yesh Atid au gouvernement (qui va contribuer à marginaliser Tzipi Livni) devrait soulager la pression internationale exercée sur le pays. L’Etat hébreu n’est pas obstinément à droite et démontre avec la pluralité de son gouvernement qu’il est représentatif du large éventail de points de vue et de tendances de la société israélienne.

Yaïr Lapid est un véritable centriste, engagé pour la solution à deux Etats. Ce qui ne l’empêche pas d’être favorable au maintien des blocs d’implantations dans le giron israélien, comme Ariel par exemple. Et de se positionner clairement pour une Jérusalem indivisible. Le qualifier d’ailier gauche, c’est aller un peu vite en besogne, tant il est clair que Netanyahou trouvera en lui un allié sur bien des dossiers.

Plus personne aux crochets de l’Etat 

Car il y a fort à parier que les Palestiniens camperont sur leurs positions et refuseront de négocier. Ou du moins, que l’Autorité palestinienne, avec son chef Mahmoud Abbas, ne sera pas disposée à consentir à des concessions sur les questions de fond.

Le défi le plus crucial qui se pose au tout nouveau gouvernement est de résister à la crise économique qui secoue la planète. Et d’avoir le courage de mettre en place les douloureuses mesures qui s’imposent, pour éviter que l’économie israélienne ne s’effondre et suive la mauvaise pente des pays européens en pleine débâcle.

Il faut également profiter de cette occasion historique pour trancher sur les questions restées en suspens. En particulier, tâcher d’harmoniser la relation entre la religion et l’État. Le partage des charges pour la sécurité du pays est un sujet particulièrement sensible. Un compromis relatif a été atteint quant au service national.

La mise en place d’un service militaire obligatoire pour tous se fera par étapes sur les cinq prochaines années.

Seuls 2000 étudiants de yeshiva seront exemptés du service militaire et bénéficieront de subventions. Plus important encore, l’ensemble du système éducatif religieux et subventionné aura pour obligation d’intégrer à son programme des matières profanes, comme les mathématiques, l’anglais, l’éducation civique et l’histoire.

Ceci dans le but de former de futurs citoyens, capables de s’intégrer au monde du travail et de subvenir à leurs besoins.

Il est grand temps qu’une partie de la population cesse de vivre aux crochets de l’Etat sans avoir à partager le fardeau de l’armée. Les harédim doivent bien sûr être traités avec tolérance et respect. Mais il n’y aura plus de citoyenneté à deux vitesses. Pour bénéficier des mêmes droits, ils devront aussi partager les mêmes devoirs que les autres citoyens.

Aujourd’hui, pour la première fois depuis des décennies, il y a plus de députés du courant sioniste religieux à la Knesset que de députés orthodoxes. Le parti Habayit Hayehoudi a la possibilité de renverser la vapeur en matière de judaïsme : promouvoir l’intégration plutôt que pratiquer le rejet.

C’est la fin de la toute puissance des harédim et de leur mainmise sur les institutions religieuses, comme le Grand Rabbinat. La promotion de rabbins sionistes aux fonctions de l’Etat devrait rendre le judaïsme plus ouvert et plus accessible aux Israéliens non pratiquants. Des rabbins éclairés auront la charge de statuer avec compassion en matière de conversion, de mariage et de divorce, et d’infléchir tous les secteurs de la vie privée. Ils auront pour mission de pratiquer un judaïsme plus fédérateur.

Quatre années critiques

Il sera du devoir de ce gouvernement de modifier le système électoral et de réduire le nombre de partis au sein du spectre politique. Une nouvelle méthode de sélection des députés serait bienvenue afin d’éradiquer le système actuel des primaires, qui favorise les pratiques de corruption et exacerbe les tensions entre la classe politique et l’électorat.

Certes, Lapid a choisi de nouveaux élus de qualité pour siéger à la Knesset. Il n’y a pas de modèle démocratique parfait.

Mais les députés ne devraient pas être simplement recrutés selon les préférences individuelles des dirigeants du parti.

Une structure devrait être mise en place, pour que des comités élus soient ensuite à même de présélectionner les candidats, ceci afin d’éviter les abus et la corruption, favorisés par ces primaires. Il faudrait également favoriser un arrangement, selon lequel la majorité des membres de la Knesset devrait directement avoir à répondre aux électeurs, plutôt qu’aux chefs de parti.

Netanyahou doit maintenant se concentrer sur l’intérêt national et la gestion éclairée du pays, en mettant de côté toute politique partisane. Il ne devrait pas se préoccuper de la prochaine élection. Il a quatre années critiques devant lui, où des décisions fondamentales concernant l’avenir d’Israël devront être prises à bras-le-corps.

Il est à espérer qu’il arrivera à convaincre sa coalition de tourner le dos au passé, pour se concentrer sur l’élaboration de stratégies à long terme, concernant le processus de paix ou la mise en oeuvre de réformes attendues depuis longtemps, sur les plans économique, social et électoral.

S’il y parvient, il laissera un riche héritage aux générations futures, qui pourront le classer parmi les plus grands chefs d’Etat qu’aura connu la nation. Mais pour y parvenir, il doit se résoudre à mettre de côté les querelles politiques sordides et se mettre exclusivement au service de l’intérêt national. S’il omet de le faire, la durée de vie du nouveau gouvernement sera dangereusement hypothéquée. 

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