Première crise de la coalition

Les membres du gouvernement s’en sont pris les uns aux autres au sujet de l’enrôlement des orthodoxes.

By GILL HOFFMAN
June 4, 2013 12:53
Prime Minister Binyamin Netanyahu at weekly cabinet  meeting, June 2, 2013

Netanyahu at cabinet meeting 370. (photo credit: Marc Israel Sellem/The Jerusalem Post)

 
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En sport, les choses sont claires. Les gagnants d’un côté, les perdants de l’autre. En politique, certaines batailles sont moins transparentes. Et parfois, tous les protagonistes sont à la fois gagnants et perdants. Tel était le cas, la semaine dernière, lors de la première crise qui a agité la coalition du Premier ministre Binyamin Netanyahou.

L’objet du litige ? Les sanctions pénales à l’égard des jeunes harédim qui refuseraient de s’enrôler, dans le cadre de la loi sur l’enrôlement pour tous. La commission ministérielle, présidée par le ministre des Sciences et de la Technologie, Yaacov Péri (du parti de Yaïr Lapid, Yesh Atid), a finalement officiellement proposé un texte de loi sur l’enrôlement des harédim – y compris les sanctions pénales incriminées mettant un terme à la crise gouvernementale.

Qui donc de Netanyahou, Lapid, du ministre de la Défense Moshé Yaalon (Likoud-Beiteinou) et du ministre de l’Economie et du Commerce Naftali Bennett (leader de HaBayit HaYehoudi), ou encore des harédim, aura donc remporté cette manche politique ? Seul le temps le dira. En attendant, passage en revue des points marqués et perdus par les uns et les autres.

Les bons points de Netanyahou 

Si le Premier ministre n’était pas intervenu pour arbitrer le conflit entre Lapid et Yaalon, la presse aurait continué à faire ses choux gras de cette première crise de coalition.

Chaque jour qui passait mettait à mal l’image de Bibi.

Alors, même s’il ne la tenait pas pour réelle, Netanyahou est intervenu pour mettre un terme à la dispute.

« Même en cas de crise fictive, on fait ce qu’il faut pour y mettre le holà », commente une source proche du Premier ministre. « Il voulait surtout tuer la crise dans l’oeuf et éviter que la presse ne s’étende trop sur un sujet qui lui causait du tort ».

Quelques heures avant le début du conflit, Netanyahou avait affirmé à ses ministres du Likoud que tout se déroulerait selon les accords de coalition. Mais dans la querelle qui a éclaté entre le ministre de la Défense et le ministre des Finances, le premier a suivi les accords qui ne prévoyaient que des sanctions économiques à l’égard des harédim qui se défileraient, et le second a exigé des sanctions pénales qui ne figuraient pas dans les contrats gouvernementaux.

Netanyahou est un politicien aguerri. Voilà longtemps qu’il sait que se montrer perspicace vaut parfois mieux qu’avoir raison à tout prix. Il sait aussi qu’il vaut mieux parfois aider quelqu’un pour pouvoir espérer un retour d’ascenseur sur le long terme. Lapid a donc obtenu ses sanctions pénales. Et convoqué une conférence de presse pour célébrer sa victoire.

Mais ces sanctions seront-elles bien appliquées ? Difficile à prévoir. Elles peuvent encore être bloquées à la Knesset jusqu’au mois d’août, puis devant la justice, ou encore dans les 4 ans à venir en raison d’un remaniement gouvernemental.

En attendant, Bibi a réussi un exploit auquel il s’essaye en vain depuis les élections du 22 janvier : briser l’alliance entre Yesh Atid et HaBayit HaYehoudi, qui a pris parti pour Yaalon et a voté contre les sanctions pénales à l’encontre des jeunes étudiants de yeshivot.

Les mauvais points de Netanyahou 

Pour la première fois depuis les élections, Lapid, cet ancien boxeur, a engagé un bras de fer avec le Premier ministre. Il a suspendu la commission Peri et déclaré une crise gouvernementale via communiqué à 1 h 50 du matin, lundi 27 mai. Et quelques heures plus tard, lors de sa réunion de parti, il a martelé qu’il ne ferait pas marche arrière.

Bibi a eu beau se moquer de lui devant ses ministres et l’accuser de créer un feu de paille, lundi soir, les journaux d’information télévisée titraient sur la victoire de Lapid.

Netanyahou avait ordonné à Yaalon de déclarer forfait.

En cédant aussi facilement, le Premier ministre a perdu son pouvoir de dissuasion pour les conflits à venir.

Lorsqu’il était le « Roi Bibi » (tel que l’avait couronné le Time lors de son mandat précédent), les vaines menaces n’avaient pas prise sur lui. Aujourd’hui, Netanyahou est aux mains de Lapid et cela se voit.

Pire encore, Bibi et le Likoud sont, une fois encore, perçus comme les défenseurs des harédim dans une bataille fort impopulaire menée contre le reste de la nation. Le Premier ministre aggrave encore la mauvaise image qu’il s’est forgée en dissolvant la commission Plesner sur le même sujet, l’année dernière, et en essayant de former une coalition avec Shas et Judaïsme unifié de la Torah (JUT) au détriment de Yaïr Lapid dans les semaines qui ont suivi le scrutin du 22 janvier.

Le ministre des Transports Israël Katz, habile tacticien, avait pourtant exhorté Netanyahou et Yaalon dès la matinée de dimanche 26 mai de se prémunir à l’avance contre tout atout dans la manche de Lapid en vue du vote sur la commission Peri, dimanche soir. Un conseil qui aurait pu éviter une crise politique – et une nouvelle scorie sur l’image de Bibi.

Les bons points de Lapid 

Ces dernières semaines n’ont pas été de tout repos pour Lapid. C’est chose courante pour un ministre des Finances, et il le savait en prenant les rênes du ministère.

L’ancien journaliste est devenu l’homme à abattre pour la classe moyenne. Classe qu’il avait promis de protéger, mais dont il a pourtant augmenté les impôts et réduit les allocations.

L’ancien journaliste savait que de nouvelles voix s’élèveraient contre lui cette semaine avec l’entrée en vigueur de la hausse de la TVA (de 17 à 18 %, dans la nuit du 2 juin). Quoi de meilleur alors, pour distraire l’opinion, qu’une déclaration de guerre contre une proie facile telle que les orthodoxes ? Au lieu de titres en rouge à l’image des comptes bancaires qui tombent dans le découvert, le ministre s’est offert des titres en noir au sujet des harédim. Les électeurs de Lapid sont de nouveau satisfaits, lors d’une semaine où ils auraient dû, en fait, être très mécontents.

Sachant qu’une victoire n’est jamais complète sans célébration, Lapid a convoqué les journalistes et affirmé devant les caméras que son parti tenait ses promesses de campagne et que des changements historiques étaient en cours dans le pays. Quelques jours plus tard, il s’est envolé pour Paris afin de rencontrer des ministres des Finances de l’OCDE, un déplacement retardé en raison de la crise politique. Lapid a payé de sa poche les frais de voyage de son épouse, Lihi, qui l’a accompagné sur un vol en classe économique, puis dans un hôtel, également à la charge du couple.

Une échappée romantique, doublée d’une opération com’ pour un ministre qui fait bien attention à montrer qu’il ne pioche pas dans l’argent du contribuable pour se payer un week-end parisien. Son cabinet se frotte les mains.

Les mauvais points de Lapid 

Dans notre monde de réseaux sociaux, l’attention de l’opinion aux grands discours n’est plus ce qu’elle était.

Alors, même si le leader a marqué des points avec son allocution victorieuse, la presse israélienne a choisi, elle, de se focaliser sur son téléprompteur à la Obama.

Un dispositif fréquemment employé par le président américain, écornant l’image de sincérité cultivée par Lapid.

Au lieu de titrer sur le « discours à mes frères harédim », tel que l’a intitulé Lapid, certains médias ont donc préféré parler du « discours au téléprompteur ».

Par ailleurs, Lapid a réussi à détourner l’attention de la TVA, mais pour quelques jours seulement. La gigantesque hausse de l’enrôlement des orthodoxes est fixée à 2017. La TVA a pris effet dimanche 2 juin à minuit, et les Israéliens la ressentiront tous les jours pendant au moins un an.

D’ailleurs, pour arriver à temps à Paris, Lapid était absent lors du vote à la Knesset sur ce décret tant décrié, passant pour un général qui abandonne ses troupes au front.

Enfin, en ayant recours à une crise politique, avec son lot d’extorsion et de menaces, Lapid a fait usage de « la vieille politique » à laquelle il avait fait voeu de résister pendant sa campagne électorale. Ses adversaires au Shas peuvent sans doute s’enorgueillir de cet apprentissage.

Les bons et les mauvais points de Yaalon 

Yaalon a gagné parce qu’il s’en est tenu à ses principes, ce qu’il croit juste pour Tsahal et la société israélienne tout entière. Il s’est également assuré du soutien des orthodoxes, ce qui pourrait l’aider dans sa future course au poste de Premier ministre.

Le ministre de la Défense a perdu parce qu’il a dû voter en dépit de sa conscience. S’incliner face au Premier ministre, son patron, et endommager l’image de militaire dur à cuire qu’il est supposé être.

Les bons et les mauvais points de Bennett 

Bennett a gagné parce qu’il a pu rendre la monnaie de leurs pièces aux rabbins religieux sionistes qui l’ont aidé à être élu. Le ministre a ainsi garanti 300 exemptions aux meilleurs étudiants issus du courant national religieux et empêché de rallonger le service des élèves des yeshivot hesder de 30 jours (de 16 à 17 mois).

L’élu a perdu car, en tant que vétéran d’élite, aider ses électeurs à éviter le service militaire est contraire à ses valeurs. Cette manoeuvre politicienne de HaBayit HaYehoudi a terni l’image dynamique et positive de Bennett, qui a semblé affaibli face aux institutions religieuses rattachées à son parti.

Les bons et les mauvais points des harédim 

La communauté orthodoxe veut croire que le texte qui a donné lieu au duel de la semaine dernière ne sera jamais appliqué. En réalité, la proposition de loi de la commission Peri va permettre à nombre de harédim d’échapper à l’enrôlement au cours de ces 3 prochaines années, jusqu’à ce que la mesure n’entre en vigueur. C’est pourquoi Shas a préféré se taire tout au long de ces journées agitées.

Il n’en reste pas moins que la semaine a été terrible pour les orthodoxes, qui l’ont comparée aux pogroms que l’Ukraine connaissait, voilà tout juste 100 ans. Lapid a bien essayé de les convaincre en quoi la loi pouvait leur être bénéfique, la législation pourrait toutefois aboutir à l’emprisonnement de milliers de jeunes orthodoxes. Et le sentiment antiharédi n’a jamais été aussi fort dans le pays.

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