Rentrée parlementaire : remous en vue

La Knesset a beaucoup à faire en cette session hivernale. Entretien avec son président, Youli Edelstein.

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October 15, 2013 16:03
Youli Edelstein : "J'ai presque 20 ans d'expérience à la Knesset"

P6 JFR 370. (photo credit: Marc Israel Sellem)

«La session va être difficile et intense », prévient-il d’emblée. Le député Youli Edelstein, président de la Knesset depuis un peu plus de 6 mois, ne se fait pas d’illusions sur les semaines à venir. Lundi 14 octobre, les élus faisaient leur rentrée pour la session dite hivernale qui s’étend jusqu’à Pessah.

« Entre la loi sur le service pour tous, la réforme électorale et les terres dans le Néguev, les débats s’annoncent passionnés », déclare le député. « Le travail va immédiatement commencer ». Un autre sujet est bien évidemment attendu : les pourparlers avec les Palestiniens. « Les négociations n’ont pas encore atteint la Knesset », explique Edelstein. « Mais elles ne vont pas tarder à avoir un impact, que leur issue soit positive ou négative, d’ailleurs ».

Votre position sur les négociations et la solution à deux Etats diffère de celle du Premier ministre Binyamin Netanyahou ?
Je ne prendrai pas avantage de la position qui est la mienne pour prêcher mes opinions, mais, en même temps, mon statut ne modifie en rien mes idées et je ne les cacherai pas. Il faut simplement savoir les exprimer. J’ai presque 20 ans d’expérience à la Knesset et ces questions sont primordiales.

Les négociations sont censées prendre fin en mai 2014. A votre avis, ce dossier occupera-t-il la Knesset durant la session hivernale ?
Il pourrait très bien ne rien se produire d’important jusqu’à Pessah (NDLR : fin de la session hivernale). Mais il ne faut pas oublier qu’il y aura des étapes intermédiaires. La prochaine fois qu’on sera amenés à libérer des terroristes, il y aura davantage de polémique.

Les députés aiment bien se faire remarquer lors des débats controversés, comme, par exemple, les parlementaires arabes qui ont déchiré leurs copies de la loi Prawer sur les territoires bédouins dans le Néguev. Que ferez-vous cette fois-ci pour tenter de préserver la dignité de la Knesset ?
Je me suis entretenu avec de nombreux députés après cet incident. Seule une poignée d’entre eux crée des ennuis. La plupart se conduisent bien et sont dérangés par ceux qui se comportent mal. Certains sont même venus me voir de leur propre chef en me demandant ce qu’il fallait faire. J’ai parlé aux députés qui ont causé du raffut et certains se sont excusés. J’espère que ces entretiens suffiront à prévenir d’autres incidents. Si ce n’est pas le cas, je saisirai la commission de la Chambre et demanderai que la commission éthique ait davantage d’autorité pour sanctionner les députés qui déshonorent la Knesset.

Les questions d’Etat et de religion ont suscité de vifs débats ces derniers mois et ils devraient continuer au cours de la session à venir. La Knesset est-elle vraiment capable de discuter de sujets d’une telle importance lorsque le ton du débat est aussi enflammé ?
Il nous faut aborder ces sujets. A mes yeux, il faut changer la relation entre la religion, l’Etat et le Rabbinat, mais comme vous voyez, je porte une kippa et je pense que ces changements doivent se faire dans le cadre de la Halakha. Cela dit, au regard de l’ambiance actuelle, je recommande aux uns et autres de se calmer. Cet état d’esprit est dangereux et peu propice au changement. Sur la question de l’enrôlement, les harédim sont dressés sur leurs ergots. Vouloir réformer, ce n’est pas chercher à écraser son rival. Ce genre d’attitude ne fait pas montre de respect envers la Knesset.

A propos de rivalité, l’opposition est aujourd’hui vent debout contre la réforme électorale actuellement à l’étude au sein de la commission de la Constitution, de la Loi et de la Justice. Que pensez-vous de la proposition de minimiser ou annuler les motions de défiance hebdomadaires, proposition que l’opposition qualifie de non démocratique ?
Je pense que la réforme sur les motions de défiance doit passer par le dialogue. Même l’opposition comprend que dans son état actuel, il s’agit d’une farce. Les députés qui soumettent la motion ne sont même pas présents pour voter ou prendre la parole à la tribune. En même temps, nous ne pouvons pas nous en passer. Peut-être peut-on en réduire la fréquence à une fois tous les 15 jours ou une fois par mois, mais il faut absolument que l’opposition puisse s’exprimer. Supprimer les motions de défiance, ce serait vider la Knesset de sons sens et rendre inutile le travail de l’opposition, qui est de superviser les actions du gouvernement.

Et que pensez-vous de la proposition consistant à doubler le seuil parlementaire ?
Je ne suis pas très enthousiaste à l’idée d’augmenter radicalement le seuil parlementaire. Je suis en faveur d’une hausse d’0,5 à 1 %, mais 4 % nuirait à la Knesset et à la démocratie. Par ailleurs, aucune proposition n’a été faite pour empêcher les partis de faire scission après l’élection. A mes yeux, cette pratique ne respecte pas le choix des électeurs, c’est un tour de passe-passe frauduleux. Si rien n’est fait de ce côté-là, la réforme électorale ne changera rien.

Le mois dernier, la Cour suprême a annulé la loi anti-migratoire votée par la Knesset. Que pensez-vous de l’activisme judiciaire ? Que doit faire la Knesset à présent ?
Je n’aime pas l’idée que la Cour suprême puisse casser des lois. Nous devons réfléchir davantage pour préserver le rôle et la dignité de la Knesset. Mais je ne me suis pas opposé à cette décision en particulier. Je n’étais pas d’accord, mais les magistrats étaient dans leur droit. La mesure entre en contradiction avec une Loi fondamentale. Nous allons donc procéder à des ajustements mineurs pour la rendre constitutionnelle. Il est urgent que la Knesset adopte une loi que la Cour suprême acceptera et qui répondra à l’impossible situation dans laquelle se retrouvent aujourd’hui les habitants du sud de Tel-Aviv, d’Eilat et d’autres régions.

La Knesset prépare sa plus grande délégation jamais envoyée à Auschwitz pour la Journée internationale dédiée à la mémoire des victimes de la Shoah en janvier prochain. Quelles sont vos attentes ?
De nombreux députés m’ont d’ores et déjà répondu. Ils sont très enthousiastes. J’espère vraiment que cela va se concrétiser. Nous devons sérieusement réfléchir pour en faire un événement digne, mais également échanger autour de la situation présente. Nous voulons avoir de profondes discussions avec des élus du monde entier.

La semaine dernière, les députés Méïr Chétrit (Hatnoua) et Aliza Lavie (Yesh Atid) ont réussi à freiner une motion déposée par des représentants palestiniens à l’Union interparlementaire à Genève pour boycotter Israël et condamner les implantations. Mais, en dehors de cela, les voyages parlementaires ont souvent mauvaise réputation. Qu’en pensez-vous ?
Tout d’abord, je salue le travail des députés Chétrit et Lavie, qui ont réussi à torpiller cette mention. Il est regrettable qu’au lieu de parler de la paix, la délégation palestinienne ait décidé de boycotter Israël. Plus généralement, il est temps que les élus changent d’attitude face aux congrès interparlementaires. Le problème, c’est que quand ils partent à l’étranger, la presse se plaint qu’ils passent leurs temps à voyager, alors ils ne veulent plus partir pour ne pas dégrader leur image. Parfois, ce sont carrément les chefs de factions qui les retiennent (NDLR. : la leader de l’opposition Shelly Yachimovich a interdit à ses élus de rater les séances de votes sur le budget en juillet dernier).

Mais il est très important de continuer à se déplacer. Par exemple, je me suis entretenu la semaine dernière avec le président de la délégation italienne à l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe au sujet de la motion anti-circoncision et il m’a dit qu’aucun Italien n’y était favorable. La communication interparlementaire est très importante. Si nous ne faisons pas acte de présence, nous ne pouvons qu’être surpris lorsque le boycott ou l’illégalité de circoncision sont votés. Lorsqu’on se parle, il y a toujours un potentiel de changement. Et lorsqu’on ne le fait pas, on subit un affront.

Et que se passe-t-il lorsque les délégations n’expriment pas la même opinion que le gouvernement ? Cela a été votre cas cette semaine en rencontrant les députés italiens, vous vous être montrés en faveur d’une ligne très dure sur les implantations.
La plupart du temps, les élus étrangers ne savent pas vraiment ce qui se passe en Israël. Ils se contentent de répéter des slogans comme « les implantations sont un obstacle à la paix ». Il faut leur faire entendre une analyse différente. Nous sommes en démocratie : certains Israéliens sont d’accord avec moi, d’autres non. Les élus internationaux doivent le comprendre. Et il existe certaines questions légitimes que l’on peut poser sans pour autant devenir un dangereux extrémiste, de droite comme de gauche.



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