Retour en force pour Liberman

Avigdor Liberman a été innocenté à l’unanimité. Après 17 ans d’enquête, les répercussions politiques de son retour sont majeures.

By GILL HOFFMAN
November 12, 2013 14:16
4 minute read.
Innocenté, Avigdor Liberman se rend au Kotel pour fêter sa victoire

P6 JFR 370. (photo credit: Marc Israel Sellem)

 
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Deux événements pour changer la donne. Ces dernières années, lorsque les élus Likoud s’adonnaient au jeu des spéculations et tentaient de prédire l’avenir de leur parti, ils ne manquaient jamais de mentionner deux événements incontournables qui, croyaient-ils, renforceraient le Likoud et lui conféreraient même l’hégémonie dont jouissait le Mapaï en son temps : la mort du rabbin Ovadia Yossef, mentor spirituel de Shas, et la condamnation d’Avigdor Liberman, président d’Israël Beiteinou.


Le premier événement a eu lieu il y a un mois. Des dizaines de milliers d’électeurs séfarades non orthodoxes sont désormais perçus comme des électrons libres qui pourraient retourner au Likoud, le parti qu’ils soutenaient jadis, ou que leurs parents élisaient, avant l’émergence de Shas. Mais le second événement ne s’est pas déroulé comme prévu. Pendant plus de 17 ans, alors que Liberman était sous le coup d’une enquête, puis en procès, sa condamnation était donnée pour acquise. Las, la justice qui poursuivait le politicien sans relâche, dépensant l’argent du contribuable sans compter pour récolter des preuves en Biélorussie, en Autriche et à Chypre, a manqué son objectif. Que le système ait fourni tant d’efforts pour renverser Liberman le renforce aujourd’hui considérablement. Si le président d’Israël Beiteinou a toujours minimisé et moqué les enquêtes le visant, son entourage rapporte que le soulagement se répandant sur ses traits à l’annonce de l’acquittement en disait long. Seul signe de tension interne chez un homme qui disait être « au paradis » quand les journalistes l’interrogeaient avant l’ouverture de son procès. Se faisait-il du souci ? Oui, répondait-il, faussement désinvolte, mais à propos de ses résultats au tennis seulement.


Liberman n’était qu’un proche conseiller de Binyamin Netanyahou lorsque la police a commencé à enquêter à son sujet. Toute sa vie politique s’est jouée sous la menace d’une inculpation. Mais cela, c’était avant. Aujourd’hui Liberman est Liber-é. Comme un détenu qui sortirait de prison, un esclave dans le sud des Etats-Unis après la guerre de Sécession ou encore une épouse qui obtiendrait enfin le guet de son mari après une union malheureuse, le voilà émancipé, libre de toute contrainte.


Peser de tout son poids sur la scène politique


Que compte-il faire de cette liberté retrouvée ? Réponse : tout ce que Netanyahou et la communauté internationale redoutent, et bien plus encore. L’élu blanchi n’hésitera pas à se servir des 11 mandats d’Israël Beiteinou pour faire avancer les causes qui lui tiennent à cœur et bloquer celles auxquelles il s’oppose. En clair, il s’assurera tout d’abord du passage de la réforme électorale. Que ceux qui l’imaginaient conciliant se ravisent. Avant la rentrée parlementaire, il semblait en effet que la proposition de faire passer le seuil électoral de 2 à 4 % des voix pourrait être ramenée à 3 %. Désormais, les partis arabes ont tout intérêt à passer outre leurs divergences et à s’unir en vue des prochaines élections.


Quant aux questions d’Etat et de religion, Liberman n’a guère apprécié de se voir voler la vedette par Yesh Atid qui a présenté des textes très semblables aux siens sur la conversion, l’union civile et la réforme du rabbinat. Qui se souvient encore que le « service pour tous » était un slogan d’Israël Beiteinou longtemps avant que le parti de Yaïr Lapid ne voie le jour ? A compter d’aujourd’hui, Liberman pèsera de tout son poids sur ces dossiers. Les orthodoxes, qui ont barré l’accès de son protégé Moshé Leon à la mairie de Jérusalem, payeront cher le prix de leur trahison. L’enrôlement des étudiants de yeshiva sera son nouvel étendard. Et il fera tout pour que les sanctions pénales à l’égard des fraudeurs ne soient pas retirées de la loi.


Mais le retour de Liberman se fera surtout ressentir sur les négociations israélo-palestiniennes. En tant que ministre des Affaires étrangères, il en était surtout resté à l’écart, d’autant plus que celles-ci n’allaient nulle part sous le mandat précédent de Netanyahou, que l’on en fasse porter le chapeau à Washington ou à d’autres. Aujourd’hui, l’élu a bien l’intention d’empêcher Bibi et la ministre de la Justice Tzipi Livni de faire des concessions qu’il ne souhaite pas. Livni peut tout bonnement s’attendre à ne pouvoir décider de quoi que ce soit sans son consentement. Elle pourrait en venir à quitter la coalition ? Soit.


Le reste du gouvernement convient bien à Liberman, lui qui ne souhaite voir siéger ni les orthodoxes ni les travaillistes à ses côtés. Il croit la coalition capable de faire progresser des questions d’envergure, pour peu que les nouveaux ministres et députés apprennent à mieux travailler ensemble. Il a d’ailleurs été peiné de voir le gouvernement se tirer dans les pattes pour des questions relativement mineures et se dit persuadé que la mouture précédente, pourtant moins cohésive, était plus stable.


Reste que la prochaine étape pour Liberman sera source d’une plus grande instabilité encore. Le 24 novembre prochain, lors du congrès d’Israël Beiteinou, le lien qui unit le parti au Likoud depuis un an risque fort de se voir rompu. Pour le nouveau ministre, ce lien a fait son temps et empêche aujourd’hui son parti de se faire entendre sur des questions clefs. Il craint que le parti n’y perde son identité culturelle et idéologique. Et surtout, il veut retrouver son indépendance.


Un échec pour le Likoud qui rêvait de récupérer les russophones une fois Liberman en prison et les Séfarades une fois Ovadia Yossef disparu. Le parti de la majorité n’en baisse pas les bras pour autant. Après tout, une nouvelle enquête est toujours possible.


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