Sur le front intérieur

La bataille de Binyamin Netanyahou pour conserver la main au Likoud.

By GIL STERN STERN HOFFMAN
June 19, 2013 11:37
Le Premier ministre Binyamin Netanyahou mène une bataille politique au sein du Likoud.

P5 JFR 370. (photo credit: Marc Israël Sellem/The Jerusalem Post)

 
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Le Proche-Orient est en ébullition. Entre les manifestations en Turquie, la guerre toujours plus sanglante en Syrie, les élections iraniennes, et le plan de relance des négociations israélopalestiniennes, le Premier ministre Binyamin Netanyahou est plus que jamais sur tous les fronts. Mais aujourd’hui, l’homme qui préoccupe Bibi n’est pas le président syrien Bachar Assad, le Premier ministre turc Recep Tayep Erdogan, ou encore le nouveau président iranien Hassan Rohani.

Non, l’homme de tous les dangers pour Netanyahou est Emanuel Weiser. Qui est donc cet homme, demanderez-vous ? Weiser est un avocat religieux sioniste de Tel-Aviv, qui a échoué par deux fois à figurer sur la liste électorale du Likoud. Fils d’un commandant du Betar, il dirige un think tank défendant les idées du père idéologique du Likoud, Zeev Jabotinsky. Weiser est aujourd’hui candidat à la présidence du tribunal interne du parti. Une fonction non négligeable, du moins aux yeux de Netanyahou.

En règle générale, ce tribunal arbitre des décisions procédurières et techniques, et supervise les affaires légales du parti. Des attributs dont se serait contenté ce corps judiciaire s’il avait été dirigé par un juge à la retraite. Bibi craint en effet qu’avec un militant de droite tel que Weiser, les partisans d’une ligne dure à la commission centrale du parti puissent recourir au tribunal à chacune de ses actions qui iraient contre les avis rendus par la commission, telle que l’opposition à un Etat palestinien ou encore l’opposition à la fusion avec Israël Beiteinou que souhaite Bibi.

Le pire cauchemar du Premier ministre ? Que la commission centrale initie une élection interne dont il ressortirait détrôné.

Avec un homme à lui à la tête du tribunal, de tels obstacles pourraient être évités. Et Bibi pensait détenir ce collaborateur idéal.

Un magistrat à la retraite, engagé au Likoud, répondant au nom de Nissim Yeshaya. Mais ce dernier s’est attiré les foudres de la presse en déclarant il y a 15 jours que « certaines femmes aiment se faire violer ».

La voie était donc libre pour Weisner. « Je n’ai pas l’intention d’imposer mes idées », réagit celui-ci en prenant connaissance des inquiétudes du Premier ministre. « Tout ce que je veux, c’est contribuer au Likoud, qui est aujourd’hui en mauvaise posture. En règle générale, le tribunal n’interfère pas dans les questions idéologiques. Mais si Netanyahou a peur de diriger le parti selon son règlement interne, alors, oui, il a du souci à se faire si je gagne ».

Le 30 juin prochain 

Mardi 11 juin, ils étaient justement des centaines de militants à se réunir à Tel-Aviv pour reprocher à Bibi de contourner les règles du Likoud à des fins politiques. Et de réclamer la tenue d’élections internes et d’un congrès du parti, repoussés depuis plus d’un an par le Premier ministre. Il faut dire que la dernière fois, il avait été hué à la tribune.

Mercredi, un compromis a donc été trouvé.

Les élections se dérouleront le 30 juin (date butoir fixée par le Tribunal de Tel-Aviv), mais il n’y aura ni congrès ni discours.

Un ténor du parti s’est dit choqué par l’implication de Bibi dans le moindre aspect technique du scrutin, qui devrait, lui a-t-il fait savoir, se soucier davantage des affaires du pays et moins de ces détails politiques.

Toujours selon la même source, le Premier ministre n’a pas cessé de changer d’avis.

Mais serait dans tous les cas déterminé à ne pas perdre le contrôle de sa plate-forme.

Les fidèles de Netanyahou répondent que l’intérêt du Premier ministre pour les affaires intérieures du parti prouve sa volonté de faire avancer les négociations israélo-palestiniennes. Une volonté qui s’est retrouvée sur la sellette à maintes reprises ces derniers jours. Une première fois, quand Bibi a dû se rétracter après un communiqué conjoint avec les dirigeants polonais qu’avaient laissé passer des conseillers inexpérimentés. Puis une seconde fois, lorsque les commentaires du ministre adjoint à la Défense Danny Dannon s’opposant à la solution à deux Etats ont été repris à l’infini par la presse.

Elections internes sous hauts enjeux 

Enfin, le Premier ministre s’est assuré qu’aucun des ministres Likoud ne soit présent au lancement en grande pompe du groupe parlementaire en faveur des implantations Terre d’Israël, à la Knesset mardi 11 juin au soir. En leur absence, la presse s’est focalisée sur le député Yesh Atid Dov Lipman, également membre du groupe Deux Etats pour deux peuples. Les autres élus n’ont pas manqué de moquer Lipman en privé. Mais ils ont également dû saluer sa tactique politique, notant que, comme Lipman, la plupart des Israéliens souhaitent faire la paix avec les Palestiniens tout en conservant la majorité des territoires post-1967.

Cette querelle pour ou contre des concessions dans les pourparlers n’a fait que renforcer les divisions déjà apparues au sein de la coalition sur les sujets socio-économiques et religieux. La bataille à venir sur le budget (le vote parlementaire devait débuter lundi 17 juin) et l’enrôlement des harédim devrait continuer à élargir ces fossés.

Mais que le Premier ministre se rassure : sans le vouloir, le système politique israélien à tendance à protéger les gouvernements précaires. Plus une coalition est faible, moins ses membres ont intérêt à provoquer une élection anticipée. Ironiquement, les gouvernements qui réussissent sont ceux où les partis en danger d’être renversés pourraient se voir renforcés par un passage aux urnes. Mais ce principe a lui aussi ses limites. L’histoire récente a prouvé qu’un dirigeant trop affaibli n’est plus respecté par ses élus. Et se retrouve en fin de compte en fâcheuse posture.

Voilà pourquoi les élections internes du Likoud sont de première importance.

Qu’une nouvelle génération de politiciens prenne d’assaut les institutions du parti, et elle pourrait remplacer ses aînés lorsque se posera enfin la question de la succession de Netanyahou. S’il est certain que les affaires internes du premier parti israélien sont moins fascinantes que les événements turcs ou les élections iraniennes, leurs conséquences n’en demeurent pas moins cruciales pour l’avenir de l’Etat hébreu.

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