Un lion dans l’arène

Après cinq ans de travail aux côtés du maire actuel, Moshé Lion se déclare fin prêt à prendre la relève

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September 17, 2013 09:59
Moshe Lion

P13 JFR 370. (photo credit: Marc Israel Sellem)

Cela va faire deux mois que Moshé Lion a fait irruption dans l’arène électorale, en tant que candidat à la mairie de Jérusalem. Sa candidature a immédiatement réveillé la campagne, jusque-là plutôt somnolente, du maire Nir Barkat, alors unique candidat.

Lion, qui a généralement le sourire aux lèvres, n’est pas complètement étranger à la ville. Président de l’Autorité de développement de Jérusalem jusqu’à sa démission en juillet, il est plutôt familier avec les besoins de la capitale. A ce titre, il a travaillé avec Nir Barkat au cours des cinq dernières années – sans aucune tension perceptible entre eux. En tant que président de cette importante institution, Lion a pris part à certains de ses plus grands projets.

Lors d’une visite dans les locaux du Jerusalem Post, il a présenté sa vision et répondu à nos questions.

Jérusalem, ville propre Pour Lion, être maire de Jérusalem signifie : « améliorer significativement la qualité de vie de ses habitants, et en élever le niveau jusqu’à se hisser au niveau actuel de certaines des plus grandes villes du pays ».

Selon lui, il n’y a aucune raison pour que ses objectifs ne soient pas atteints au cours de son mandat : le logement à coût abordable, l’emploi, l’éducation et la propreté de la ville. Il s’est engagé à éliminer le travail des enseignants temporaires (on en compte environ 2 000 actuellement) et à embaucher à la place des instructeurs à long terme. Il promet d’amener des millions de touristes dans la capitale, mais pas avant de s’être assuré que les rues soient propres. Il envisage en conséquence d’augmenter les effectifs d’agents d’entretien de la municipalité.

En outre, il souhaite réduire les frais de scolarité et augmenter considérablement le nombre d’élèves qui obtiennent des certificats de fin d’études. Actuellement, Jérusalem est classée 135 sur 150 parmi les villes du pays pour le nombre d’étudiants qui parviennent à décrocher ce diplôme. Cependant, ce classement ne reflète pas complètement la réalité. Il est en fait légèrement plus élevé puisque les ultraorthodoxes ne passent pas les examens de bagrout (équivalent du bac), mais sont néanmoins pris en compte dans l’équation.

Pour finir, Lion critique les dépenses pour certains « événements spectaculaires », en opposition avec un budget municipal plus strict, basé sur un meilleur ordre de priorités.

« Le maire actuel a réduit une allocation destinée à prévenir le décrochage des élèves du secondaire, de 2 millions à 100 000 shekels. Pourquoi ? », demande-t-il. Et d’ajouter que « 1,5 million de shekels ont été dépensés pour la cérémonie d’allumage du flambeau des Maccabiades, au lieu des 2 millions nécessaires pour lutter contre le décrochage scolaire. C’est absurde. Cela ne devrait pas se produire. »
Moshé Lion, vous avez déménagé de Givatayim, la ville dans laquelle vous avez grandi et vécu toute votre vie. N’est-ce pas un obstacle pour devenir maire de Jérusalem ?


Le fait que je vienne d’une autre ville présente au contraire plusieurs avantages. Ceux qui vivent ici se sont peut-être habitués au faible niveau de propreté qui règne à Jérusalem, mais cela peut et doit être différent. Je sais, en effet, que tel est le cas ailleurs. La situation actuelle est insupportable. Pour nous-mêmes, mais également si nous voulons attirer les touristes ici, nous avons fortement besoin d’une ville propre. Nous devons augmenter le nombre d’agents d’entretien et de nettoyage, balayer la ville chaque jour voire, si nécessaire, plusieurs fois par jour. Il n’y a aucune raison pour que cette ville ne soit pas la plus propre.

Quoi d’autre ?


La question des transports publics mérite également toute notre attention. Idem pour le logement – seuls les riches ou les étrangers peuvent se permettre d’acheter une maison ici. Il faut faire baisser les prix. Nous devons également réduire le temps nécessaire à l’obtention de permis de construire.

Au-delà du fait que vous habitez cette ville seulement depuis quelques semaines, les habitants de Jérusalem ne vous connaissent pas. Vous n’avez pas étudié ici, votre famille n’a pas vécu dans un de ses quartiers. Parlez-nous un peu de vous.


La première chose que je peux vous dire sur moi-même : comme vous pouvez le voir, c’est que j’aime bien manger. C’est l’un de mes passe-temps favori. Je fais beaucoup de sport, malheureusement beaucoup moins ces derniers temps – mais je prévois de m’y remettre bientôt. Je marche, je cours, je fais du vélo, en particulier sur l’itinéraire cyclable que nous avons construit avec l’Autorité de développement de Jérusalem dans les parcs urbains autour de la ville. Je suis un homme sain, marié, père de quatre enfants, grand-père de trois petits-enfants et bientôt un quatrième. Je suis passionné de randonnée, je pars au moins une fois par an avec des amis.

Où êtes-vous né ?


Je suis né dans le quartier de Ramat Israël à Tel-Aviv. Plus tard ma famille a déménagé à Givatayim. J’ai fait mon service militaire dans le chœur du rabbinat. La musique tient une place importante dans ma vie.

Vous êtes aussi hazan, n’est-ce pas ?


Oui, j’ai officié comme chantre dans plusieurs communautés juives à l’étranger, à l’occasion des grandes fêtes. Je l’ai fait aussi quand j’étais directeur général du bureau du Premier ministre – tout le monde le savait à l’époque. J’adore la musique liturgique – tant séfarade qu’ashkénaze.

Quelle est la chose la plus folle que vous ayez jamais faite ?


Les treks. J’ai aussi sauté à l’élastique une fois. Et j’ai aussi fait de la descente en rappel au Guatemala. J’aime l’Inde, le trekking en Inde, j’en ai fait beaucoup. J’y vais presque chaque année.

Comment avez-vous décidé d’entrer dans la course pour la mairie de Jérusalem ?


Cela a été tout un processus, d’abord intérieur. J’ai beaucoup réfléchi à ce que cela signifierait pour moi, pour ma famille… Après tout, je possède un cabinet d’audit prospère, je suis un self-made man, j’ai investi énormément d’efforts pour créer ce que j’ai aujourd’hui. Cela a donc été d’abord un processus de réflexion intime, puis, au fur et à mesure, j’ai pris conseil auprès de ma famille et de mes amis.

Pourquoi avez-vous pris une telle décision ?


C’était il y a environ trois mois. J’ai senti que j’avais abouti à une conclusion claire, que cela était envisageable. Dans le même temps, plusieurs personnes m’ont approché à ce sujet – des gens très divers, issus de milieux différents, pas seulement des ultraorthodoxes ou des membres du Likoud. Lentement, cela a commencé à prendre forme dans mon esprit. Ensuite, j’ai dû convaincre ma famille, ce qui n’était absolument pas évident, et également mes associés. Une fois tout cela accompli, je me suis senti fin prêt.

Vous avez déclaré à plusieurs reprises que pour réussir en tant que maire de Jérusalem, il faut « savoir » comment parler aux ministres, comment utiliser le « langage adéquat » avec les responsables gouvernementaux. Voulez-vous dire par là que les instances gouvernementales sont généralement peu favorables aux habitants ? Que seuls ceux qui savent comment s’adresser à elles peuvent obtenir ce que les citoyens sont en droit d’attendre ? C’est une déclaration assez problématique.


Ce n’est absolument pas ce que j’ai voulu dire. Je ne pense pas qu’il faille être « copain » avec les fonctionnaires du gouvernement. Mais il faut savoir parler leur langage.

Qu’entendez-vous par « leur langage » ?


Il est tout à fait légitime, pour un maire, de réclamer l’aide du gouvernement. Cela se passe dans d’autres villes, et cela doit être également le cas pour Jérusalem. Bien sûr, avant de s’adresser au gouvernement, il faut d’abord organiser et prioriser son budget. Il faut préparer tous les projets et programmes à l’avance, afin de parvenir à un budget équilibré, éviter le gaspillage et penser d’abord aux besoins des habitants. Et c’est seulement quand tout cela a été accompli, et quand on tient compte du fait que la ville englobe de fort nombreuses exemptions fiscales, que l’on peut faire appel au gouvernement. Pour cela, on n’a pas besoin d’être « l’ami » de quelqu’un haut placé. Il suffit simplement de préparer des projets qui tiennent la route et de les présenter au gouvernement pour obtenir son soutien. C’est tout.

Le maire actuel a demandé au gouvernement une indemnisation pour toutes ces exemptions, qui sont gérées par l’Etat, et il a essuyé un refus retentissant.


C’est exact. J’espère que vous ne pensiez pas que je parlais « d’indemnisations ». C’est exactement ce que je veux dire quand je parle du langage adéquat qu’un maire doit savoir utiliser. On ne réclame pas une indemnisation. Cela ne fonctionne pas comme cela. C’est simple. Si le gouvernement accorde une indemnisation à Jérusalem, il devra agir de même avec toutes les villes. C’est exactement le genre de demande que quelqu’un comme moi, qui sait comment fonctionne le gouvernement, ne fera jamais.

Alors, que faut-il faire ?


Il faut soumettre des projets détaillés. C’est ce que j’ai fait quand j’étais président de l’Autorité de développement de Jérusalem. J’ai présenté le plan Marom – qui a rapporté 300 millions de shekels à la ville. C’est ainsi que cela fonctionne. Au bout du compte, cela ne représente pas des sommes extraordinaires aux yeux du gouvernement. Mais en tant que maire, on soumet des projets, on ne demande pas d’indemnisation pour une disposition gouvernementale.

Que pensez-vous de projets comme Formule Un qui attirent l’attention sur la ville de façon positive ?


Je voudrais souligner que, même si je crois que ce projet est porteur de bonnes intentions, je sais aussi que Jérusalem ne sera jamais Tel-Aviv. Cette ville est unique, spéciale, multiculturelle, avec toutes ses nuances, ses différents habitants. Transformer Jérusalem en Tel-Aviv ne fait pas partie de mon agenda. Celui qui voudrait vivre à Jérusalem comme à Tel-Aviv n’a qu’à déménager à Tel-Aviv. Je suis tout à fait déterminé à préserver le caractère unique de Jérusalem et à ne pas le modifier.
A ce sujet, il faut examiner de près le budget de la culture. Tous ces festivals et manifestations culturelles ne signifient pas que la question de la culture est gérée de manière adéquate. On ne peut que constater, au bout du compte, que les institutions culturelles se trouvent dans d’énormes difficultés financières, depuis que le soutien de la municipalité leur fait défaut.

Pourquoi, malgré votre proximité avec ce gouvernement, le Premier ministre a-t-il eu du mal à appuyer votre candidature ?


C’est une question, il me semble, qu’il faut poser au Premier ministre, pas à moi. Ceci dit, j’ai obtenu le soutien de la plupart des ministres, et même de plus haut.

Vous avez déclaré récemment que le maire de Jérusalem ne devrait pas intervenir sur les questions politiques, mais plutôt se concentrer sur les questions internes à la ville. Cependant, vous n’ignorez pas que tout ce qui se passe à Jérusalem est politique, ou a des répercussions politiques et internationales. En quoi serez-vous capable de faire face à de telles responsabilités ?


J’ai énormément d’expérience en la matière, en fait plus qu’aucun autre candidat en lice. Trois ans en tant que directeur général du bureau du Premier ministre – croyez-moi, c’est une expérience avec laquelle personne ne peut rivaliser.

Depuis le début de votre campagne, vous vous plaisez à répéter aux habitants de Jérusalem que vous possédez toutes les compétences et connaissances nécessaires pour occuper le poste…


Parce que c’est la vérité. Je possède vraiment toute l’expérience et toutes les connaissances requises. C’est exact.

Pour autant, comme vous le savez, quelqu’un a déclaré la même chose il y a dix ans, et de nouveau il y a cinq ans, et il a été élu. Qu’est-ce qui vous fait penser ou devrait persuader les habitants de Jérusalem que vous êtes un meilleur candidat ?


Ce que j’ai à offrir, c’est que je suis un homme du peuple. Vérifiez vous-même. Que vous interrogiez des personnes ordinaires ou des fonctionnaires de haut rang, très, très peu de gens vous diront du mal de moi. Je comprends les gens, je m’entends bien avec tout le monde et j’aide aussi ceux qui en ont besoin. Je crois que ce sont les qualités nécessaires pour faire un bon maire, pour travailler avec les autres. Un maire doit comprendre qu’il ne possède pas toute la sagesse et toutes les compétences. Il a besoin de s’associer à d’autres, et d’écouter tous ceux autour de lui, avant de prendre une décision.

Passons à vos relations avec le secteur ultraorthodoxe. Il y a peu, l’adjoint au maire Itzhak Pindrus (chef de la liste JUT Judaïsme unifié de la Torah au conseil municipal) a confié que l’important pour lui est de trouver un candidat à la mairie capable de répondre aux besoins de la communauté qu’il représente, et servir celle-ci du mieux possible. Quelle assurance pouvez-vous leur donner ? Que pourriez-vous leur accorder, sans trahir le reste des habitants non orthodoxes de Jérusalem ?


Ce que j’accorderai ou n’accorderai pas aux harédim n’a aucune importance. Je pense qu’ils ont obtenu plus qu’ils ne pouvaient espérer au cours du mandat de Nir Barkat, plus que jamais auparavant. Mais malgré cela, il semble qu’ils me soutiennent quand même. Cela prouve que ce qui importe vraiment, c’est la personnalité du candidat, la façon dont le maire leur parle, dont il les comprend.

Que se passera-t-il si vous perdez les élections ? Ce n’est pas du tout une option.

Dites-nous quand même comment vous réagiriez.


Honnêtement, je vous le dis, je suis venu ici pour vivre à Jérusalem. Et j’ai bien l’intention d’y rester après les élections, en tant que maire. Et si ce n’est pas en tant que maire, je resterai ici de toute façon, pour représenter ceux qui m’ont accordé leur confiance autant que faire se peut.



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