Voir du pays et… revenir ?

De récents événements ont relancé le débat sur la « yérida » ou l’émigration volontaire des Israéliens pour des cieux plus propices.

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November 19, 2013 17:34
Un israélien à New-York : la communauté juive en plein essor.

P14 JFR 370. (photo credit: Reuters)

 
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Le phénomène est récurrent dans le débat public israélien. Et frise parfois l’hystérie : la question de l’émigration au départ d’Israël occupe de nouveau le devant de la scène. Qu’elle prenne le qualificatif négatif de « descente » (yérida) en hébreu, ou de « fuite des cerveaux » pour désigner les meilleurs et les plus brillants, elle apparaît toujours comme une menace majeure pour le sionisme.


Deux événements sont à l’origine de la récente vague de lamentations collectives. D’abord le prix Nobel de chimie attribué cette année à trois scientifiques juifs dont deux sont des expatriés israéliens installés en Californie. Ensuite, une série télé sur Aroutz 10, la dixième chaîne de télévision, intitulée Hayordim Hahadashim (Les nouveaux émigrants), qui dépeint des Israéliens, jeunes, laïques et instruits, en quête de confort socio-économique, en particulier à Berlin, mais aussi à Londres et dans le New Jersey.


A cela s’ajoute le rapport annuel présenté par le professeur Dan Ben-David, du département de politique publique de l’université de Tel-Aviv et directeur exécutif du Centre Taub, qui se penche sur les « conséquences catastrophiques » de « l’hémorragie des grands esprits ».


Les réactions n’ont pas tardé à agiter le Landerneau médiatique. Ainsi Ynet affiche des témoignages de « descendeurs » sur la défensive, qui tentent de justifier leur mouvement. Yediot Aharonot publie dans son supplément de fin de semaine une interview du poète Natan Zach qui déclare : « Je ne recommanderais pas de venir ici, le mal a tendance à régner dans ce pays. Je comprends les jeunes Israéliens qui veulent le quitter. »


Un taux migratoire raisonnable


De la raison d’être du sionisme à la relation complexe entre le peuple juif et la terre d’Israël, les arguments ne manquent pas pour expliquer la sensibilité particulière des Israéliens face au problème de l’émigration. Cependant, si l’on met en parallèle la longue histoire du peuple juif en diaspora comme nation d’itinérants, nos propres exigences en matière de sécurité et les limites économiques objectives d’un petit pays qui produit plus d’étudiants hautement qualifiés qu’il ne peut en employer, il est naturel qu’un pourcentage relativement important d’Israéliens choisisse de vivre à l’étranger.


Mais pourquoi cela nous rend-il si nerveux ?


La réponse à cette question n’est pas aussi facile qu’il puisse paraître. En dépit des affirmations répétées du contraire, Israël n’est pas confronté à un exode massif qui menace sa démographie juive. Les taux d’émigration d’Israël ne sont pas plus élevés que ceux de la plupart des autres pays occidentaux. Sur une base annuelle, entre 20 000 et 25 000 Israéliens ont quitté le pays ces dernières années. Par ailleurs, 7 000 à 10 000 d’entre eux reviennent après avoir passé au moins un an à l’étranger.


Si l’on ajoute les 14 000 à 20 000 immigrants qui font leur aliya (ou « montent ») chaque année – principalement d’Amérique du Nord, de l’ex-Union soviétique et d’Ethiopie – au cours de la dernière décennie, Israël a réussi à maintenir un solde migratoire positif.


Certes, de 2005 à 2007, le taux migratoire d’Israël était pratiquement nul. Mais il a repris du poil de la bête depuis, pour atteindre le niveau de la plupart des pays occidentaux. Il était par exemple de 1,94 en 2012, contre 1,1 en France, 0,71 en Allemagne et 3,6 aux Etats-Unis. La moyenne de l’UE en 2010 était de 1,9.


A l’image des pays occidentaux


En revanche, le nombre total d’Israéliens qui vivent actuellement à l’étranger est plus difficile à déterminer.


Selon le Bureau central des statistiques, entre la fondation de l’Etat en 1948 et 2011, 690 000 Israéliens ont quitté la Terre promise pour ne pas y revenir. On estime qu’environ 145 000 d’entre eux sont décédés et que plus de 100 000 sont des Arabes israéliens. Autre donnée intéressante : parmi les Israéliens qui ont émigré ces dernières années, un grand nombre est issu du 1,2 million d’immigrants de l’ancienne Union soviétique, arrivés en Israël depuis janvier 1989. Même si seulement 10 % de ceux qui ont fait leur aliya après 1989 sont « redescendus » avant 2005.


Si tout cela ne représente pas grand-chose aux yeux des non-initiés, en réalité, « le taux de rétention » d’Israël de 90 % est tout à fait étonnant. Comparativement, au Royaume-Uni, où près de quatre millions d’immigrants sont arrivés entre 1997 et 2006, seulement 60 % ont fini par rester. Aux Etats-Unis, entre 60 % et 75 %.


Les immigrants qui ont déjà tout quitté une fois sont plus susceptibles de le faire à nouveau pour un certain nombre de raisons. S’ils ne parviennent pas à s’intégrer dans leur nouvel environnement, ils peuvent choisir de continuer ailleurs ou de retourner vers le pays d’où ils sont venus. Ayant déjà vécu un déracinement, ils n’ont plus peur de l’inconnu. Aussi, de nombreux immigrants se servent d’Israël comme passerelle pour leur véritable destination. Toutefois, le succès de l’Etat juif est tout à fait remarquable dans l’intégration de ses immigrants.


Le taux d’émigration parmi les Israéliens de souche est encore plus faible. Il atteint en 2011, selon un article du démographe Yinon Cohen, publié dans le Journal international de sociologie comparative, 5,85 %. Plus que la moyenne de 4,9 % des pays membres de l’OCDE, mais moins que des pays comme l’Irlande, la Nouvelle-Zélande, la Suisse, l’Autriche, la Finlande, la Grèce ou le Royaume-Uni.


Et Yinon de conclure : « De toute évidence, le nombre d’Israéliens nés dans le pays qui résident à l’étranger n’est pas exceptionnellement élevé par rapport aux autres pays occidentaux. »


La non-fuite des cerveaux


Et au bout du compte, malgré le pourcentage important d’Israéliens d’origine étrangère (40 % de la population), en dépit de sombres perspectives pour un règlement politique durable avec les Palestiniens, d’une situation sécuritaire difficile, et d’une économie relativement restreinte, une forte proportion d’Israéliens demeure dans l’Etat juif.


Même les affirmations sur la fuite des cerveaux dont souffrirait Israël sont exagérées. Dans une récente interview au Globes, Ehoud Gazit déclarait : « Israël ne connaît pas de fuite des cerveaux, comme d’autres pays ». Car, selon l’expert scientifique du ministère de la Science, de la Technologie et de l’Espace, on parle de fuite de cerveaux quand des personnes instruites ne veulent pas vivre dans le pays. Ce qui n’est pas le cas de l’Etat juif, affirme-t-il : « Les scientifiques israéliens veulent vraiment revenir chez eux ».


Le « problème », si on peut l’appeler ainsi, est qu’Israël, pays minuscule, produit le plus grand nombre de scientifiques et d’ingénieurs par habitant au monde. Mais il ne dispose tout simplement pas d’assez de postes pour tous ces talents remarquablement formés.


En outre, plusieurs études sur la migration ont montré que si les Israéliens hautement qualifiés sont plus susceptibles d’émigrer – en partie parce qu’ils sont les seuls à pouvoir obtenir un permis de travail dans les pays occidentaux – ces mêmes individus ont tendance à revenir en Israël en nombre disproportionnellement plus élevé.


Selon le professeur Lilach Lev-Ari, qui dirige le département de sociologie de l’éducation au Collège académique Oranim, et dont les recherches portent sur les expatriés israéliens, les émigrants partis à l’étranger pour développer une carrière professionnelle ou universitaire rentreront très probablement au pays.


Alors que « quelqu’un de moins instruit qui quitte Israël pour des motivations purement financières, a moins de chances de revenir », note Lev-Ari, « parce qu’il n’y a pas de limites à l’appât du gain. Mais si l’on s’est fixé des objectifs éducatifs ou professionnels spécifiques, une fois le but atteint, il est fort probable que l’on souhaitera rentrer. »


Un débat qui tourne à l’hystérie


Pourtant, même si le taux d’émigration d’Israël est tout à fait raisonnable compte tenu de la composition de la population et des conditions particulières auxquelles doit faire face le petit Etat juif, entouré de voisins hostiles, une certaine atmosphère défensive et quasi-hystérique entoure le discours public sur la question.


Par exemple, après la diffusion de la première partie de l’émission Hayordim Hahadashim sur Aroutz 10, qui mettait en avant le faible coût de la vie à Berlin et les salaires moyens plus élevés qu’à Tel-Aviv, Matan Chodorov, a présenté ses excuses à l’antenne. Et tenu à souligner : « En aucun cas nous ne voulons plaider en faveur du départ d’Israël. »


Quant aux tribunes libres publiées sur Ynet par des émigrants israéliens installés à Berlin, elles sont passées des justificatifs (« On m’a proposé un job de rêve », « J’ai l’intention de revenir bientôt », « je suis un émissaire d’Israël ») à la défensive (« J’ai rempli mes obligations envers l’Etat, maintenant il est temps de penser à moi »). De même, les commentaires de Zach au Yediot Aharonot en faveur de l’émigration ont ravivé de vieilles controverses.


Mais si le taux d’émigration d’Israël est conforme à la norme internationale, pourquoi le débat tourne-t-il à l’hystérie ? Le facteur démographique y est sans doute pour quelque chose.


Au cours des dernières décennies, le pourcentage de Juifs en Israël (l’ensemble de Jérusalem et du Golan inclus, mais sans compter la Judée-Samarie) a progressivement baissé par rapport au pourcentage de non-Juifs, Arabes, immigrants de toute sorte, légaux et illégaux, et d’immigrants originaires de l’ex-URSS qui ne sont pas juifs selon la Halakha (loi juive).


Si en 1990, au début des grandes vagues d’immigration en provenance de l’ex-URSS, les non-Juifs constituaient 18,6 % de la population, en 2009 ce nombre est passé à 28,35 % : soit une augmentation de plus de 50 %. Car l’aliya soviétique a certes conduit de nombreux Juifs vers la Terre promise, mais elle compte également en son sein plus de 300 000 immigrants admissibles à la citoyenneté israélienne en vertu de la Loi du retour, qui ne sont pas juifs au sens strict du terme.


Eviter un déséquilibre démographique


Conserver une majorité juive est crucial pour l’existence d’Israël en tant qu’« Etat juif et démocratique ». C’est ce qui justifie le maintien de lois comme la Loi du retour, qui accorde automatiquement la citoyenneté israélienne à toute personne d’ascendance juive, tout en rendant extrêmement difficile la possibilité pour les non-Juifs d’obtenir la nationalité du pays. Ou encore le maintien de symboles nationaux comme l’Hatikva, hymne national qui évoque la nostalgie de « l’âme juive » pour Sion. Mais aussi le calendrier juif, ou des dizaines d’autres aspects de la nation d’Israël, de sa culture à son système juridique, en passant par le rôle du judaïsme dans le mariage, le divorce et les conversions, qui en font un état juif à part entière.


Le désir de maintenir une majorité juive détermine également les réactions politiques vis-à-vis du conflit israélo-palestinien. C’est l’élément moteur qui prévaut dans la solution à deux Etats. Pour la grande majorité des Israéliens juifs, telle est d’ailleurs l’option la plus populaire pour résoudre le conflit, car elle garantit à Israël la possibilité de conserver sa forte majorité juive.


L’annexion de la Judée-Samarie, avec ses près de deux millions d’habitants palestiniens, mettrait en danger cette majorité juive. Conserver toute la Judée-Samarie, sans accorder aux Palestiniens le droit de vote, porterait atteinte à la démocratie israélienne. C’est pourquoi la plupart des Israéliens soutiennent, en principe, cette solution à deux Etats avec les Palestiniens.


Avec un tel enjeu, on comprend que l’idée de voir des Juifs quitter Israël pour ne jamais revenir rend les Israéliens un tant soit peu nerveux. Chaque Juif qui part affaiblit la pérennité de la majorité juive et, de ce fait, porte atteinte à la justification démographique pour un Etat juif et démocratique à part entière. Et ce déséquilibre démographique menace l’ensemble du projet sioniste.


La diaspora, une bizarrerie temporaire ?


Le départ d’Israël constitue également un affront aux fondements mêmes de l’idéologie sioniste ; les divers courants et institutions, sans oublier le gouvernement israélien et presque tous les partis politiques du pays adhèrent au principe que la place du Juif se trouve idéalement dans un Etat juif souverain, créé dans la patrie historique du peuple juif.


La centralité de la Terre d’Israël et l’importance d’y habiter ne sont pas, bien sûr, une invention sioniste. Comme tant d’autres aspects de son idéologie, le sionisme a largement emprunté aux sources juives classiques, tout en y apportant en route de nouvelles interprétations à la lumière de la laïcité.


Le Talmud babylonien compare le fait de vivre en dehors de la Terre d’Israël à de l’idolâtrie. Dans ses Lois des Rois, Maïmonide statue qu’« en tout temps, il est interdit de quitter la Terre d’Israël pour la diaspora, sauf pour étudier la Torah, trouver une épouse, ou récupérer des biens juifs des mains de païens, mais il faut ensuite retourner en Terre d’Israël. En outre, il est autorisé de quitter la Terre pour affaires commerciales, mais demeurer à l’extérieur du pays est interdit sauf en cas de famine sévère… et bien qu’il soit dans ce cas permis de partir, ce n’est pas le chemin des Justes… »


Une longue liste d’idéologues sionistes de diverses allégeances politiques considèrent la vie juive en diaspora soit comme une sorte de bizarrerie temporaire qui finira par être rectifiée, soit comme une anomalie.


Au début du XXe siècle, les écrivains Yossef Haim Brenner ou Micha Josef Berdyczewski se montreront même particulièrement extrémistes dans leur « rejet de l’exil » (shlilat hagalout). Ils qualifient les Juifs de la diaspora comme mentalement et moralement démunis, handicapés spirituellement, humiliés par leur incapacité à se défendre et en tout point méprisables.


Même les penseurs sionistes comme Ahad Haam, qui adoptent une attitude plus modérée, prêts à admettre certains traits positifs acquis par les Juifs de la diaspora, appellent néanmoins à la création d’un « centre spirituel » en Palestine qui ferait rayonner la confiance en soi pour les Juifs de la diaspora et leur donnerait la force de résister à l’assimilation, considérée comme une déformation et une faute morale.


Le rejet de l’exil devient un élément central dans le mouvement sioniste travailliste dominant.


Cette ligne de pensée va s’affirmer après la Seconde Guerre mondiale, lorsque l’énormité de la destruction des Juifs d’Europe se fait jour.  Avant la Shoah, le sionisme reste un mouvement juif mineur, confronté aux bundistes, socialistes, assimilationnistes, mouvements juifs réformés et autres « solutions » à la situation difficile des Juifs de la diaspora dans le monde moderne. Mais, après la guerre, il semble être la réponse la plus brutalement réaliste pour offrir des chances de survie aux Juifs en exil – du moins en Europe.


La colère d’AB Yehoshua


Bien que l’accent mis sur le rejet de l’exil ait été atténué dans l’idéologie sioniste contemporaine et dans le système éducatif israélien, les attitudes négatives sont profondément ancrées et persistantes.


« Un rebut de mauviettes » : c’est ainsi que le Premier ministre d’alors, Itzhak Rabin, qualifie l’émigration israélienne, dans une interview donnée à l’occasion de la fête de l’Indépendance, en 1976.


« La diaspora est une maladie et on ne devrait rien avoir à faire avec les Israéliens qui la rejoignent », déclarait à son tour en 1980, lors d’un débat à la Knesset, la député Guéoula Cohen, alors que les chiffres des départs d’Israël dépassaient de 30 000 ceux des arrivées, un record jamais atteint.


AB Yehoshua, écrivain lauréat du prix Israël, est peut-être le plus virulent et le plus connu des représentants contemporains de cette position sioniste classique. Il fait toutefois partie du camp des colombes au regard du conflit israélo-palestinien. Pourtant, au fil des ans, Yehoshua a utilisé les termes les plus méprisants pour décrire ceux qui choisissent de rester vivre en diaspora.


Lors d’une réunion avec les rédacteurs et les journalistes du Jerusalem Post, en 2003, il traite ainsi le judaïsme de la diaspora de « masturbation », par rapport à la vie en Israël qui, elle, est « le vrai truc ».


Dans la même veine, lors du colloque du centenaire de l’American Jewish Committee, en 2006, il déclare : « Le judaïsme en dehors d’Israël n’a pas d’avenir. Si vous ne vivez pas en Israël… votre identité juive n’a aucun sens. »


Et pour enfoncer le clou, en 2012, Yehoshua prend pour cible les grandes communautés d’expatriés israéliens à l’étranger : « Il y a environ 500 000 [sic] Israéliens à l’étranger, qui parviennent aisément à se glisser dans leur « israélianité », qu’ils considèrent comme citoyenneté et non identité… Pourquoi ? Parce qu’ils ne peuvent pas trouver d’emploi ici ? Les Suédois, non plus, n’ont pas autant de travail dans la haute technologie qu’ils le voudraient, mais on ne voit pas beaucoup de Suédois aux Etats-Unis. »


Quand l’assimilation guette les exilés


L’émigration des Israéliens et leur intégration réussie – d’abord dans des villes comme New York, Los Angeles, Londres, puis plus tard même à Berlin – constituent un affront direct aux valeurs sionistes classiques, et à ce que l’on croyait être les leçons irréfutables de la Shoah.


La communauté juive, particulièrement en Amérique, semble être en plein essor, non seulement économique, mais aussi culturel et même spirituel. Hier comme aujourd’hui, les Juifs représentent, de façon disproportionnée, une part importante de l’élite économique, intellectuelle, culturelle et même politique de l’Amérique. Le lobbying pro-israélien très influent apporte la preuve de la nécessité de maintenir une présence dans un pays devenu le plus important allié d’Israël.


Ainsi, en dépit des affirmations du contraire de Yehoshua, le judaïsme en dehors d’Israël semble être florissant, mais avec un taux d’assimilation galopante, notamment chez les non-affiliés et les non-orthodoxes. Et un nombre croissant d’Israéliens veut en être.


Selon un sondage récemment publié, mené auprès de 500 Israéliens, 48 % déclarent qu’ils auraient préféré naître et vivre dans un autre pays, pour 52 % qui choisissent Israël. Un sondage réalisé en 2007 affichait des résultats similaires.


Les enquêtes menées en 2009 par le regretté Asher Arian de l’Institut de la démocratie d’Israël, montrent que, si une majorité des Israéliens sont convaincus de vouloir rester en Israël à long terme, ces pourcentages ont diminué après avoir culminé à 83 % en 1995, suite à la signature des accords d’Oslo.


Une autre cause d’inquiétude à propos de l’émigration est le fait que beaucoup d’Israéliens qui quittent Israël pour ne jamais revenir ont tendance à s’assimiler en très grand nombre. C’est l’une des conclusions tirées par Lev-Ari, d’Oranim, dans son livre « Israéliens américains : migration, transnationalisme et identité diasporique », rédigé en collaboration avec Uzi Rebhun.


Apparemment, une identité construite uniquement sur le fait israélien n’est pas viable en diaspora.


De la difficulté à maintenir les identités nationales


Contrairement au judaïsme, qui a su résister à l’exil grâce à la notion d’appartenance à un peuple et à l’accent mis sur la religion, l’identité israélienne – essentiellement similaire à toute autre identité nationale, qu’elle soit grecque, italienne ou allemande – semble difficile à transmettre à ses enfants et petits-enfants en dehors du territoire physique d’Israël.


De fait, une des critiques des autorités rabbinique orthodoxes, opposées au mouvement sioniste des XIXe et XXe siècles, était qu’il s’efforçait de remplacer l’identité religieuse par une identité exclusivement ou principalement nationale. Et la validité de cet argument est prouvée par le taux particulièrement élevé d’assimilation parmi les yordim israéliens laïques.


Pourtant, le judaïsme classique a réussi à développer l’idée d’une « patrie transportable », qui considère les Juifs comme une nation avec des liens particuliers à une terre spécifique. Tout en maintenant une solide identité religieuse, indépendante du fait d’être dans une zone géographique quelconque. S’il n’a jamais été seulement une religion, pour contenir également la dimension de peuple, il a su s’adapter avec succès aux pressions de la vie en diaspora.


En outre, si les Juifs ont souffert de l’absence de pouvoir politique et d’une incapacité fondamentale à se défendre sur leur propre terre, ils ont fait preuve d’une remarquable capacité à conserver leur identité juive et à la transmettre aux générations futures, à travers les rites, les croyances et la vie communautaire. Ou tout simplement, l’éternité de la Torah.


En revanche, la continuité de l’identité nationale israélienne dépend de la vie en un lieu spécifique.


Ainsi, tant que l’Israélien reste en Israël, son identité israélienne a une portée infiniment plus riche, plus vaste et plus globale sur sa vie que la « judéité » du Juif américain, comme Yehoshua et d’autres sionistes le prétendent. Mais dès qu’il pose un pied en dehors d’Israël, son identité israélienne devient difficile à conserver.


Malgré tous les discours sur le transnationalisme et la capacité à maintenir les identités nationales à travers les frontières et les grandes distances via Internet et les nouveaux médias, la situation géographique joue encore un grand rôle dans la formation de l’identité, pour soi et pour ses enfants. En insistant sur l’identité nationale, le sionisme a rendu les Israéliens particulièrement sensibles à l’assimilation.


La relation à la Terre


Pour résumer : comme indiqué plus haut, le taux d’émigration en provenance d’Israël n’est pas excessivement élevé. Même le phénomène de l’émigration des universitaires n’est pas le signe d’une défaillance grave dans la société israélienne. Et ceux qui partent ont tendance à revenir en plus grand nombre. Et Israël peut également se targuer d’une réussite exceptionnelle à avoir su conserver la grande majorité de ses immigrants, qui forment un bon 40 % de sa population.


Néanmoins, l’émigration continue d’être une source d’inquiétude pour des raisons liées à la démographie vis-à-vis des Palestiniens, à l’idéologie sioniste et à la pérennité de l’identité juive.


Mais il faut se rappeler que les Juifs ont toujours eu une relation ambivalente avec la Terre d’Israël. Contrairement aux autres nations autochtones, le récit biblique rapporte que le peuple juif a été créé avant même son entrée en Terre d’Israël. La terre a été donnée aux Juifs à la condition qu’ils gardent un comportement moral.


Et depuis presque le début de leur existence, ils ont embrassé la vie en diaspora. Après la destruction du Premier Temple en 586 avant notre ère, lorsque les Juifs ont été exilés de leur terre, beaucoup ont choisi de rester en Babylonie et ailleurs, même après la construction du Second Temple.


La survie des Juifs en diaspora, pendant près de deux millénaires d’exil qui ont mené à la création de l’Etat d’Israël, est un phénomène absolument extraordinaire. Pour réaliser cet exploit, ils ont développé des compétences uniques sur le plan culturel.


Bien que Maïmonide et d’autres autorités rabbiniques aient statué sur le commandement de vivre en Terre d’Israël et l’interdiction de la quitter, sauf dans des circonstances exceptionnelles, très peu de Juifs ont observé ces restrictions pendant des siècles. Maïmonide lui-même était un yored. Monté en Terre d’Israël autour de 1168, il la quitte pour s’installer définitivement à Fostat, en Egypte.


Même après le retour du peuple juif sur sa terre, la légitimité du nouvel Etat est remise en question. Jusque chez ceux qui soutiennent sans réserve Israël, un désaccord subsiste sur les frontières exactes de la souveraineté juive.


Les inquiétudes concernant la yérida ne peuvent, semble-t-il, faire abstraction de la relation complexe qui existe entre le peuple juif et la terre d’Israël.



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