Vrai ou faux ?

Le Likoud à droite toute, le centre-gauche plus morcelé que jamais… Après la folle semaine de la politique israélienne, retour sur quelques idées reçues.

By GIL STERN STERN HOFFMAN
December 4, 2012 15:40
Primaires

P6 0512 521. (photo credit: Reuters)

 
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Aucun risque de s’ennuyer pour les Israéliens face à une classe politique toujours en ébullition. Mais ces derniers jours, certains pourraient bien crier grâce. Car en une seule semaine, le Likoud a élu ses candidats à la Knesset, idem pour Avoda, le ministre de la Défense Ehoud Barak a annoncé son départ, tandis que l’ancienne dirigeante de Kadima Tzipi Livni faisait son retour.

Résultat, dans un sondage effectué par le Jerusalem Post mardi 27 et mercredi 28 novembre, de plus en plus d’électeurs s’avèrent indécis : sur un échantillon de 500 personnes, 20 % ne savent pas encore pour qui voter le 22 janvier.

Et pour cause : de nombreuses questions demeurent encore ouvertes. Combien de partis centristes se présenteront ? L’ancien Premier ministre Ehoud Olmert va-t-il finalement faire son « come-back » ? Tzipi Livni, Yaïr Lapid ou encore Avigdor Liberman sortiront-ils de leur chapeau un candidatsurprise de dernière minute pour, à nouveau, tout chambouler? Autant de questions qui trouveront leur réponse jeudi 6 décembre, lorsque tous les partis devront soumettre la liste de leurs candidats à la Commission électorale centrale. Mais certaines idées reçues peuvent être d’ores et déjà éclaircies.

En voici un aperçu.

Le Likoud s’est radicalisé.

Faux. Bien entendu, un Likoud avec Danny Danon en 6e position et Moshé Feiglin à la 14e place est clairement à droite. Et Tzipi Hotovely, devenant le visage féminin du parti, va dans le même sens. Mais le Likoud était tout autant de droite la veille des primaires.

Tous ceux qui ont été élus lundi 26 novembre aux 20 premières places l’étaient déjà, à l’exception de Feiglin et de Tzahi Hanegbi.

Benny Begin, lui, en est sorti. Ce farouche opposant à la création d’un Etat palestinien est incontestablement à droite lorsqu’il s’agit de la Terre d’Israël, en dépit de sa réputation gagnée en respectant les décisions de la Cour suprême sur les avant-postes illégaux.

Le conciliant Meridor n’est plus sur les listes, mais il est remplacé par Tzahi Hanegbi, tout droit venu de Kadima, un homme qui sait faire preuve de pragmatisme.

Eitan, qui paraissait souvent peu à sa place au Likoud, n’a pas été réélu. Et Kahlon ne fera pas partie non plus de la 19e Knesset (ayant annoncé son retrait de la vie politique début novembre), il était connu pour être le collaborateur d’Ouzi Landau, un des « rebelles du Likoud » qui avaient rejeté le désengagement de la bande de Gaza sous le gouvernement d’Ariel Sharon. Autant dire que les courants s’équilibrent.

En vérité, depuis que Sharon a emmené les colombes du Likoud à Kadima, le parti est clairement de droite. Et, à moins de modifier le mode d’élection des députés, il y a peu de chances que cela change dans un avenir proche.

Une ligne dure n’est pas bonne politiquement pour le Premier ministre Netanyahou.

Faux. En temps normal, pour gagner des élections en Israël, il faut se resituer au centre, là où se trouvent les électeurs indécis. Pas cette fois. Il y a d’ores et déjà trop de compétition au centre pour les catégories sans parti-pris idéologique, Netanyahou n’a pas besoin de cet électorat.

Le Premier ministre s’est allié à Israël Beiteinou, justement pour pouvoir établir la plus vaste formation possible. Pour de nombreuses raisons, ceci reste son objectif premier. A l’heure actuelle, son principal réservoir d’électeurs se situe à droite du Likoud, parmi ceux qui auraient voté pour le parti russophone si celui-ci s’était présenté séparément.

Ce même électorat envisage à présent d’élire Habayit Hayehoudi, ou l’ancien député d’Union nationale Arieh Eldad, désormais à la tête du parti Israël Hazaka (Israël fort).

C’est pourquoi Feiglin constitue un immense atout pour le Likoud. Il serait sage pour Netanyahou d’en tirer parti.

Netanyahou a perdu les primaires du Likoud.

Vrai. Si le Premier ministre avait pu choisir sa liste par lui-même, Begin et Meridor y figureraient. Ils n’y sont pas. Youval Steinitz et Limor Livnat seraient dans les 10 premiers candidats du parti. Ils n’y sont pas. Et l’économiste Shlomo Maoz, plutôt que le militant de Petah Tikva Ouri Farej, serait à la place réservée au candidat de la région Dan.

Netanyahou peut se considérer heureux que son ancien adjoint, Ophir Akunis, ait été choisi par les militants au détriment de candidats qui auraient bien davantage à offrir.

Quant aux questions diplomatiques, Bibi aurait certainement préféré une liste plus conciliante qui lui aurait permis de faire des concessions au cas où les Palestiniens changeraient de ton. Mais, désormais, évacuer n’importe quel avant-poste, peu importe son degré d’illégalité, sera un épuisant bras de fer.

Ajouter une journée aux primaires du Likoud s’est retourné contre le parti.

Ni vrai ni faux. Le parti a perdu d’énormes sommes d’argent en ajoutant un jour de vote supplémentaire suite aux défaillances électroniques. Mais il a également économisé le coût des plaintes en justice, qui auraient été inévitablement déposées par les candidats éconduits. Seuls 7 % des militants ont voté lors de la seconde journée, mais au soir du premier jour, le taux de participation était plus élevé que le total des votants lors des dernières primaires Likoud, donc rien d’étonnant à cela.

Mercredi, le journaliste Amit Segal révélait sur Aroutz 2 les résultats du 1er jour, sauvegardés en cas de nouveaux problèmes techniques : Begin ne serait pas entré à la Knesset dans tous les cas.

Les partis de centre-gauche devraient s’allier.

Vrai. Certains commentateurs de premier plan en Israël ont écrit dans les médias ces derniers jours qu’Avoda, Yesh Atid et Tzipi Livni devraient se présenter séparément, afin d’optimiser leurs voix. Les sondages, montrant que le Likoud et Israël Beiteinou obtiendraient quelques sièges parlementaires de moins s’ils concouraient ensemble, tendent à appuyer cette hypothèse.

Mais, si le bloc de centre-gauche fait liste à part, aucun parti ne s’approchera du nombre de mandats que le Likoud-Beiteinou s’apprête à décrocher. Le seul espoir pour l’opposition serait de former un « mégaparti » réunissant Ehoud Olmert, Shelly Yacimovich, Tzipi Livni et Yaïr Lapid, avec le soutien extérieur de l’ancien chef d’Etatmajor Gaby Ashkénazi.

De cette façon, les électeurs auront le sentiment de choisir une alternative à la candidature de Bibi au poste de Premier ministre. Le résultat final serait plus grand que la somme des votes recueillis par chacune des formations et ce « méga-parti » pourrait demander au président Shimon Peres d’autoriser son leader à négocier avec les ultra-orthodoxes et former un nouveau gouvernement.

Mais au lieu de s’unir contre Netanyahou, Livni, Yacimovich et Lapid devraient s’attaquer les uns les autres. Dans l’entourage du Premier ministre, on avoue que Bibi adore observer le centre-gauche s’entre-dévorer.

Le retour de Livni fera avancer la paix.

Faux. Puisque le centre-gauche ne s’unira pas, Netanyahou gagnera indubitablement. C’est pourquoi faire progresser la paix nécessite avant tout de rendre le futur gouvernement de Bibi le plus modéré possible. Le seul parti d’opposition qui pourrait très certainement rejoindre la coalition du Likoud après les élections est Yesh Atid, qui a subi de plein fouet le retour de Livni.

Avoda, dont l’avenir coalitionnaire est moins certain, a également été durement touché.

Tout parti mené par l’ancienne dirigeante de Kadima n’a aucune chance de siéger dans un gouvernement mené par Netanyahou, donc toute voix pour Livni est une voix qui rend le futur gouvernement plus à droite.

Selon cette même logique, la pire chose qui soit arrivée la semaine dernière au processus de paix est le départ d’Ehoud Barak, dont les sièges iront à Avoda et au parti de Livni.

Barak modère le gouvernement actuel de Binyamin Netanyahou et en aurait sans aucun doute fait de même lors de la 19e Knesset.


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