Le prix des élections

Combien vont coûter les élections ? Quelles conséquences aura ce scrutin anticipé sur l’économie israélienne ? Qu’adviendra-t-il des réformes en cours ? Entretien avec Richard Sitbon, économiste

By RICHARD SITBON
December 9, 2014 15:28
Un sans-abri dans les rues de Jérusalem

Un sans-abri dans les rues de Jérusalem. (photo credit: MARC ISRAEL SELLEM)

 
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Combien vont coûter ces élections anticipées au contribuable israélien ?

Ces élections vont coûter entre 2 et 3 milliards de shekels à l’économie israélienne. J’insiste sur ce chiffre parce que la réforme sur la TVA 0 %, qui est l’une des mesures sur lesquelles le Premier ministre et le ministre des Finances ne sont pas parvenus à tomber d’accord et qui a participé à sceller le sort de cette coalition, aurait, de façon très ironique, coûté 3 milliards au gouvernement en 2015.
Dans ces 3 milliards, on compte le coût d’une journée chômée – la journée des élections – le coût des campagnes électorales, mais aussi le coût du ralentissement que provoque une élection anticipée sur l’économie d’un pays. Parce que dans les six prochains mois, l’activité économique israélienne tournera au ralenti. D’autant plus que ce ralentissement va s’inscrire dans le cadre d’un premier repli constaté au lendemain de la guerre contre le Hamas l’été dernier. Donc ça tombe mal, c’est vrai. Mais on ne peut pas parler de récession aujourd’hui. L’économie israélienne se porte bien. Il y a une perspective de croissance de presque 3 %. Donc on prévoit simplement un ralentissement de l’activité économique au premier trimestre 2015, puisque le budget 2015 ne va pas être voté.

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Le budget 2015 n’a pas été adopté. Il aura été la pierre d’achoppement de cette coalition. Jusqu’à la formation d’un nouveau gouvernement, on va travailler avec le budget 2014. Concrètement, que cela signifie-t-il ?

Encore une fois, cela va se traduire par un ralentissement. Le budget 2015 comprenait des augmentations budgétaires par rapport à celui de 2014, puisqu’on a voté une augmentation de 3,6 % de la dette. Concrètement, cela signifie qu’on avait prévu de dépenser plus d’argent, puisque la population du pays s’agrandit et qu’il y a plus de besoins dans tous les domaines. Mais comme le budget n’a pas été voté, on va rester sur la base du budget 2014, qui ne prendra pas en compte cette augmentation. Donc cela va se ressentir au niveau de la santé, de l’éducation etc. Il y aura des restrictions, moins de dépenses, donc moins de consommation, on va travailler au ralenti et ce jusqu’aux mois d’avril et mai 2015.



De nombreuses réformes vont également rester en suspens. Quel impact cela aura-t-il sur l’économie du pays ?

Il est important de souligner qu’une économie ne peut se satisfaire d’un système qui, tous les deux ans, se retrouve en période d’élections. Les ministères des Finances, de la Santé, de l’Education ou des Affaires sociales, ceux qui étaient concernés par les grandes réformes, ont été coupés dans leur élan. Ils ont eu le temps d’analyser, de comprendre, de définir des mesures. Cela prend une année. Puis vient le stade du vote à la Knesset avant la mise en œuvre sur le terrain. Et là, tout a éclaté. Donc ils n’ont pas pu aller jusqu’au bout. On se retrouve avec un gouvernement paralysé et des réformes de grande envergure qui vont rester sur le coin d’un bureau, si elles ne passent pas tout simplement à la trappe.




Une de ces mesures est celle de la TVA 0 %, qui prévoyait d’exempter les jeunes couples de la TVA sur l’achat d’un appartement neuf en dessous d’1,6 million de shekels. Les avis étaient très partagés. Qu’en pensiez-vous ?

La TVA 0 % a servi de prétexte. Je vous l’ai dit, ce ne sont pas les 3 milliards que cela aurait coûté au gouvernement qui auraient fait couler l’économie israélienne. Il y a un vrai problème en ce qui concerne l’immobilier en Israël. Les prix des appartements ont augmenté de 80 à 100 % en dix ans. Il faut rappeler que 66 % des couples ne parviennent pas à accéder à la propriété et que plus de la moitié du prix d’un bien immobilier prend la forme d’impôts perçus par l’Etat. Même si les entrepreneurs avaient finalement fait gonfler les prix, les jeunes couples auraient économisé 150 000 shekels sur l’achat d’un appartement neuf. Cela aurait été un début de réponse, un indicateur de ce que veut le gouvernement dans le cadre d’une politique globale. L’idée était de montrer le chemin. Là, il faut clairement s’attendre à l’effet inverse. La promesse d’une baisse des prix de l’immobilier a paralysé le marché du logement neuf ces derniers mois. Les jeunes couples qui attendaient vont aujourd’hui se précipiter à l’achat, ce qui va contribuer encore à l’augmentation des prix. Donc l’implosion de la bulle n’aura pas lieu.
On a aussi beaucoup parlé de la réforme du « prix ciblé » selon laquelle des entrepreneurs auraient construit des appartements à des prix fixés par le ministère du Logement. Ou de la réforme des loyers qui prévoyait une meilleure régulation du marché complètement pirate qu’est celui de la location en Israël aujourd’hui. Donc c’est dommage.


De nombreuses réformes vont rester en suspens également sur le plan social, ou dans les domaines de l’éducation et de la santé… Pouvez-vous en citer quelques-unes ?

Sur le plan social, 8 milliards devaient être alloués à la lutte contre la pauvreté. Un sujet urgent, puisqu’Israël est le mauvais élève de l’OCDE. L’Etat hébreu arrive en 23e position, parmi les derniers de la classe. 800 000 enfants sont pauvres en Israël, ce qui signifie qu’un enfant sur trois vit sous le seuil de pauvreté.
Parmi les mesures envisagées, 190 000 personnes âgées devaient sortir du seuil de pauvreté grâce à l’allocation de 340 millions de shekels. Une aide de 3 600 shekels par an devait être distribuée aux rescapés de la Shoah notamment… Donc tout cela est suspendu.
Sur le plan de la Santé, une mesure devait renforcer le secteur public en injectant un milliard de shekels pour aider, entre autres, à réduire les files d’attente pour certaines opérations chirurgicales. En ce qui concerne l’Education, la réforme « Israël ola kita » (Israël monte de classe) pour de plus petits effectifs dans les classes va elle aussi devoir attendre. Tout cela va être gâché par les élections.


Israël peut-il se permettre ce « caprice » économique que représente un scrutin anticipé ?

Non. C’est à mon sens une grave erreur. Dans le cadre de la situation économique mondiale, quand chaque pays se bat pour rétablir sa croissance, retrouver son niveau de vie d’avant 2008, c’est un luxe qu’Israël n’aurait pas dû se payer. Il le peut, parce que son économie est stable. Israël est aujourd’hui l’un des seuls pays de l’OCDE à avoir fait baisser sa dette en dix ans. On est passé de 95 % du PIB en 2000-2005 à 67,4 % du PIB en 2014. Mais en fait, cela se ressent sur le plan social.

Le seul point positif de ces élections serait qu’elles initient un réel changement. Ce qui me désolerait, c’est que cette campagne soit encore une fois centrée sur les questions sécuritaires. Je voudrais que, pour une fois, les politiciens nous parlent du développement du Néguev, de la périphérie, de la lutte contre la pauvreté… Ces questions ont déjà été au centre de la dernière campagne. C’est avec cet agenda que Yaïr Lapid a été élu. Aujourd’hui à droite, on attend le programme de Moshé Kahlon. Car depuis 3-4 ans, ce qui préoccupe les Israéliens, c’est le coût du logement et la vie chère. En France, 4 yaourts coûtent 1 euro, en Israël 1 yaourt coûte 5 shekels. Les Israéliens ont compris cela. On a assisté à la révolte des tentes, à celle du cottage et du Milky… Et il est temps aujourd’hui que ces promesses électorales aboutissent et que le changement soit mis en place. Alors rendez-vous dans deux ans.  u

Richard Sitbon est l’auteur de L’économie selon la Bible.

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