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Pour les nouveaux immigrés français, choisir Natanya pour port d’attache, c’est un peu comme se retrouver à la maison

By SARAH HERSHENSON
February 17, 2015 18:04
Natanya : les juifs de France sont désormais là pour rester

Natanya : les juifs de France sont désormais là pour rester. (photo credit: REUTERS)

 
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La ville de Natanya avait mis ses drapeaux en berne, en hommage aux quatre victimes de la récente tuerie du supermarché Hypercacher à Vincennes. Les familles de Yohan Cohen, Yoav Hattab, Philippe Braham et François-Michel Saada avaient accompagné les dépouilles de leurs proches au cimetière de Har Hamenouhot à Jérusalem. La famille Cohen a ensuite passé les sept jours de deuil à Natanya.
« Nous devons remédier à ces tragédies et inciter nos compatriotes juifs à faire leur aliya et nous rejoindre en Israël sains et saufs » : tel était le message adressé à des centaines de participants et au monde juif dans son ensemble, lors de la réunion qui s’est tenue à la grande synagogue de Natanya le mois dernier.
De la maire Miriam Fierberg-Ikar au Grand Rabbin séfarade de Jérusalem, Shlomo Moshé Amar, en passant par les nombreux dignitaires gouvernementaux, municipaux et rabbiniques, les intervenants ont tous délivré le même message : « Nous attendons votre retour ici, chez vous ».

2014 : un grand cru


2014 a vraiment été une grande année pour l’aliya. Natan Sharansky, président de l’Agence juive, remarquait récemment que, pour la première fois, il y avait eu cette année plus d’immigrants du monde libre que d’ailleurs. Selon les chiffres du ministère de l’Intégration, 26 678 personnes ont quitté leurs pays d’origine et choisi Israël comme nouvelle patrie.
L’aliya de France arrive en tête avec une foule enthousiaste de 6 674 nouveaux immigrants, soit une augmentation de 95 % par rapport aux chiffres de 2013. Près d’un tiers de ces nouveaux olim ont choisi Natanya pour port d’attache, suivie par Tel-Aviv avec 17,9 %, Jérusalem, Ashdod et Raanana.
« Avant l’aliya de 2013-2014, Natanya comptait déjà une grande communauté francophone », souligne Freddo Pachta, le coordinateur de l’aliya française sur Natanya auprès du ministère de l’Intégration. « Bon nombre de ces récents olim de France ont déjà de la famille et des amis sur place, ce qui rend la ville d’autant plus attirante aux yeux de cette communauté francophone, pour qui les liens familiaux tiennent une place importante. »
Au fil des ans, la branche de Natanya du ministère de l’Intégration a acquis une grande expérience dans le soutien qu’elle apporte aux nouveaux immigrants pour leur permettre une meilleure adaptation à leurs nouvelles conditions de vie.

La mini-Côte d’Azur


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D’un petit village endormi, avec ses rues bordées de sable en guise de trottoirs et quelque 9 000 habitants à peine, dans les années 1950, la population de Natanya a augmenté avec chaque nouvelle vague d’arrivants. Aujourd’hui, ce nombre est passé à plus de 200 000 habitants, et la municipalité se prépare à un nouvel afflux.
Un grand boom immobilier balaye la ville : de nouveaux immeubles s’élèvent le long du littoral ainsi que dans les quartiers périphériques. Les écoles élaborent de nouveaux programmes et les enseignants reçoivent une formation spéciale sur la façon d’éduquer le mieux possible ces nouveaux élèves venus de France.
Les Français sont attirés par les longues étendues des belles plages de Natanya, ses nombreux cafés et son ambiance de « mini-Côte d’Azur ». Durant les mois d’été et pendant les périodes de fêtes, ses rues vibrent depuis longtemps au son du français.

Aujourd’hui, la ville connaît un nouvel élan, plus diffus peut-être. On entend plus souvent parler français dans les quartiers résidentiels et les parcs, avec le va-et-vient des enfants qui rentrent de l’école. Les juifs de France sont désormais là pour rester.
Pachta souligne que ces derniers n’arrivent pas dans les larmes, mais au contraire fiers de faire enfin partie de l’Etat hébreu. Farouchement sionistes, ils soutiennent Tsahal avec enthousiasme. Beaucoup ont fait de l’aliya leur projet de vie : acheter un appartement en Israël pour s’y installer plus tard est un objectif communément admis. Pourtant, l’antisémitisme affiché par les pro-Palestiniens à gauche et les néonazis à droite, associé à la stagnation de l’économie française, ont créé les conditions idéales d’un vrai désir de changement d’horizon. La multiplication des incidents violents a conduit les juifs français à bouleverser leurs plans et venir en Israël plutôt tôt que prévu.
« Leur attitude est saine : transformer une situation catastrophique en quelque chose de bon et de positif. Le changement majeur est que cela touche de plus en plus de jeunes célibataires et de couples avec de jeunes enfants. Le ministère élabore des programmes spécifiques pour répondre à leurs besoins », ajoute Pachta.

Priorité aux jeunes

Priorité est donnée aux programmes destinés aux enfants. Ainsi, dans certaines crèches et maternelles on parle soit le français uniquement, soit à la fois l’hébreu et le français. Lorsque les enfants passent en école primaire, ils peuvent, si nécessaire, suivre un oulpan le matin, et recevoir un soutien individuel chaque jour après l’école. Les lycéens peuvent également suivre un oulpan pendant la journée et recevoir 20 heures de soutien scolaire par semaine.
Dans les écoles primaires et secondaires, en fonction du taux de scolarisation des élèves français, des coordinateurs francophones à temps plein peuvent en outre être mis à disposition par le ministère de l’Education nationale. Ils seront chargés de résoudre les problèmes qui se posent au fur et à mesure et d’assurer la liaison entre les élèves et leurs familles.
Le ministère a également conçu des cours spéciaux pour sensibiliser les enseignants à l’histoire, à la vie et aux coutumes de la communauté juive française.

Plus de 90 % de ces enfants ont fréquenté des écoles juives privées en France. « Les Juifs français ont une emouna [foi religieuse] très prononcée et un lien profond avec le judaïsme », explique Pachta.
« En France, toutefois, il leur est interdit d’afficher des symboles religieux extérieurs dans les lieux publics, et ce ne serait voir que la partie émergée de l’iceberg que de s’arrêter à ce qui pourrait passer, en Israël, pour de la négligence ou la simple ignorance de la tradition.
« Si les signes extérieurs ne sont pas forcément visibles de prime abord », souligne Pachta, « une solide croyance intérieure demeure profondément ancrée. Il nous faut préparer les enseignants autant que les élèves. » A cette fin, Oshrat Hadad du ministère de l’Intégration, souligne que des consultants sont en contact permanent avec les directeurs, médiateurs, psychologues et travailleurs sociaux francophones, afin de déceler les difficultés susceptibles de toucher les enfants immigrés et les aider à les surmonter.

L’aliya, ça se prépare !

« Le nombre des olim de France va aller croissant », souligne Pachta, « et nous devons nous y préparer. » Il s’attend à une augmentation significative des chiffres en 2015, et ne serait pas surpris s’ils dépassaient les 10 000. L’éducation à l’aliya, en France, est en plein essor. Les réunions de préparation à l’aliya avaient lieu, jusqu’à présent, une fois par mois, avant de passer à une fois par semaine et maintenant, devant la demande accrue, elles ont lieu deux fois par jour.
Odette Yasinsky, conseillère à l’UNIFAN de Natanya, se dit fière des olim de France, qui arrivent avec une merveilleuse détermination et ne se laissent pas impressionner par la guerre. Malgré l’opération Bordure protectrice, « il n’y a pas eu d’annulations pendant l’été ». « Les bénévoles de l’UNIFAN sont là pour aider les olim français, dont certains ne peuvent même pas décrocher le téléphone pour demander de l’aide. Nous les accompagnons dans leurs diverses démarches administratives et les aidons à remplir la paperasse interminable. Nous leur fournissons également un havre familier : une bibliothèque francophone, des parties de bridge et des conférences et mettons tout en œuvre pour leur permettre de se familiariser avec leur nouveau pays. »

En août dernier, l’organisation a parrainé une foire de l’emploi sur la place de l’Indépendance à Natanya. « De nombreux contacts ont été établis et beaucoup de nouveaux immigrants ont trouvé du travail », affirme Yasinsky. « Le salon a été un succès tant pour les employeurs que pour les demandeurs d’emploi. »
Pachta estime qu’environ 80 % des immigrants arrivés en 2013-2014 ont trouvé du travail.
« Beaucoup commencent à travailler à temps partiel dans des centres d’appels où ils peuvent utiliser leur français. Parallèlement, ils vont à l’oulpan pour apprendre à parler l’hébreu, ce qui reste pour eux un défi majeur. Les olim qui exercent des professions comme la médecine et le droit ont déjà réussi les tests de qualification. »
L’Etat propose également une assistance aux olim qui possèdent les compétences nécessaires pour créer leurs propres entreprises. Les personnes expérimentées ouvrent des pâtisseries françaises, des magasins de vêtements, des salons de beauté et des bijouteries.



Les yeux tournés vers Sion

« Les Français se sentent à l’aise à Natanya », déclare Esther Cohen, arrivée de Marseille il y a 43 ans, avec son défunt mari et ses enfants.
« Pour ceux de ma génération qui ont grandi au Maroc, en Tunisie et en Algérie, Natanya nous rappelle l’Afrique du Nord, tant par le climat que par les paysages. Nous avons grandi au sein de communautés juives traditionnelles, unies, qui de tout temps avaient les yeux tournés vers Israël. Je me souviens que chaque année, après Yom Kippour, ma grand-mère nous répétait en arabe « l’an prochain à Jérusalem ». « Lorsque nous sommes arrivés de Tunis en France, les Français se sont d’abord montrés très accueillants et très compréhensifs. Tout doucement, la communauté juive a commencé à s’assimiler, à perdre ses traditions. Les mariages mixtes se sont multipliés. Mon mari, qui était avocat, était résolu à faire son aliya, et en 1972 nous sommes arrivés avec nos enfants. Je me souviens de la guerre du Kippour, des hommes qui couraient vers les autobus, certains pour ne jamais revenir.

« Peu importe, je ne regarde jamais en arrière. Mes enfants ont eu du mal à se faire à Israël, au départ. Mais aujourd’hui, ils reconnaissent que c’est la meilleure décision que nous ayons prise, pour eux, pour leurs enfants, c’est une véritable bénédiction. Je souhaite la même chose aux nouveaux olim de France. »
« Ils viennent en Israël avec courage et détermination, en dépit du taux d’assimilation et de la multiplication des incidents antisémites violents dignes de 1933 dans la France d’aujourd’hui », poursuit Esther Cohen.
« Pour moi, la France pour les juifs c’est fini. Dans le sang des juifs de France poussent le sionisme et l’amour de la Terre d’Israël. Ils n’ont pas l’impression de fuir, plutôt de rentrer chez eux en Israël. »


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