Déstresser la Ville sainte

Participation gratuite au club de remise en forme Bar MasterZ : telle est l’idée des frères Shlomo pour remplacer l’alcool et la violence au sein de la jeunesse sur les nerfs de Jérusalem

By ET GAR LEFKOVITS
December 23, 2014 12:52
Déstresser la Ville sainte

Déstresser la Ville sainte. (photo credit: MARC ISRAEL SELLEM/THE JERUSALEM POST)

 
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Dans le climat de violence et de tensions croissantes à Jérusalem, avec le risque inquiétant d’éruption d’une troisième Intifada, un groupe dirigé par deux Israéliens d’une vingtaine d’années propose des entraînements gratuits de musculation aux jeunes de la ville. Au programme : de simples barres d’exercice, pour permettre de déstresser et fournir une alternative à l’alcool, aux bagarres et à la révolte.

Le groupe de fitness, Bar MasterZ, lancé l’année dernière par deux frères hiérosolomytains, propose des cours de calisthenics, ou gymnastique suédoise, ou encore street workout, des exercices de gym d’un style relativement nouveau en Israël, pour développer l’hygiène physique, effectués pratiquement sans appareils, sans poids et haltères.
« Nous pensons que tout le monde à Jérusalem et en Israël devrait savoir comment utiliser son corps pour s’entraîner gratuitement », déclare le fondateur du groupe, Elad Shlomo. « Pourquoi une séance devrait-elle coûter de l’argent quand vous pouvez vous entraîner gratuitement, si vous savez comment ? »

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Shlomo est tombé par hasard sur ce sport, il y a plusieurs années, en regardant un clip vidéo de calisthenics filmé à l’étranger. Dès lors, il suit une formation à l’institut Wingate. Au vu des résultats, il se sent lui-même tellement renforcé qu’il décide de promouvoir cette méthode en Israël.

« C’est le clip qui a changé ma vie », déclare-t-il. Il entraîne dans l’aventure son frère Ouriel, qui vient de finir l’armée, et tous deux montent leur club de sport, afin de diffuser leur savoir à travers la capitale et dans tout le pays.
Au bout d’un an à peine, les frères offrent maintenant des cours deux fois par semaine, ainsi qu’une séance hebdomadaire gratuite au parc Sacher de Jérusalem. La plupart du temps, celle-ci attire des lycéens, mais aussi de jeunes adultes qui ont entendu parler du groupe par le bouche-à-oreille, des amis ou sur Facebook.

« Nous voulons utiliser ce sport comme outil éducatif, pour créer un climat d’égalité, de cohésion et de coexistence dans la ville », souligne Ouriel Shlomo. « Tous ceux qui viennent à nos cours attrapent le virus du calisthenics. En fait, le mot « calisthenics » est tiré du grec ancien kallos, qui signifie « beauté » et sténos, qui signifie « force ».

Se libérer des tensions

Un froid jeudi soir de novembre, à Jérusalem. Malgré la récente vague d’attaques terroristes, les bars et cafés du centre-ville débordent de jeunes, en cette veille de week-end : ils boivent, dansent ou passent le temps tout simplement.
La police est là en force. Pas seulement pour des raisons de sécurité au vu de la situation politique, mais aussi pour maintenir le calme et prévenir les bagarres de fin de soirée susceptibles d’éclater parmi les jeunes en état d’ébriété — ou dans les cas potentiellement plus graves, des échauffourées entre jeunes juifs et arabes.



Mais au parc Sacher, une vingtaine d’irréductibles du groupe sont bien loin de tout cela. Sans se laisser décourager par la fraîcheur du soir, dans leurs joggings et débardeurs noirs frappés du logo Bar MasterZ, le groupe travaille aux barres dans le cadre de la séance d’entraînement hebdomadaire gratuite du club sur ce site.

Beaucoup de jeunes dehors, cette nuit, sont des adolescents qui participent aussi aux cours bihebdomadaires du groupe, au stade municipal Teddy, tandis que d’autres sont de simples passants ou amateurs sportifs, tombés par hasard sur la séance d’entraînement.

« Je m’entraînais tout seul ici, dans le parc, jusqu’à ce que je rencontre ce groupe en train de faire des exercices. Ils m’ont invité à me joindre à eux », déclare Guy Rapp, qui a découvert le club l’année dernière. « Dès les premières minutes, j’ai été conquis. »

Depuis, Guy jongle entre ses devoirs du lycée – « C’est une année bien remplie » – et les séances d’entraînement trois fois par semaine.

Pour de nombreux adeptes, le sport apporte un soulagement particulièrement bienvenu en cette période tendue à Jérusalem, ainsi qu’un solide système de soutien.

« Par sa nature même, le sport libère des tensions, rend plus calme et moins nerveux », explique Rapp. « Je sais que je vais continuer ces séances d’entraînement toute ma vie. Elles renferment un potentiel immense pour les jeunes. »
« Quand on fait du sport ici, on se débarrasse de tout le stress environnant », ajoute Ron Shriki, qui fera son service militaire l’année prochaine.

Une alternative à l’alcool


« Presque tous les jours, les rapports de police font état de fusillades, de coups de couteau ou autres attentats », surenchérit Benny Ostrovsky. « Même quand je viens ici au parc le soir, ma mère est inquiète et me demande de l’appeler pour lui confirmer que tout va bien. Je suis en contact avec elle 24 heures sur 24. Mais il n’est pas question que je renonce à mes séances d’entraînement. Je serais vraiment dégoûté de rester chez moi à regarder la télé à la place. »

Ostrovsky a entendu parler du club par des amis sur Facebook. Auparavant, il s’entraînait dans une salle de sport, mais était déçu des résultats et de l’absence de camaraderie. « Dès ma première expérience ici, sur une échelle de 1 à 10, j’aurais donné un 20 ! », s’exclame-t-il avec enthousiasme. « Toute la semaine, j’attends avec impatience les jours d’entraînement. »

Pour bon nombre de participants, le sport, non seulement leur procure un moment de répit, mais leur offre une alternative à la flemmardise ou à l’alcool dans les bars.
« Je venais m’entraîner au parc quand j’avais des problèmes ou un coup de blues, pour éviter d’aller traîner en ville et faire des bêtises. Pour donner un cadre à ma vie », déclare Tsedek Ohayon. « Quand j’ai rencontré Elad et Ouriel ici, j’ai compris immédiatement que leur groupe m’offrait une structure avec des personnes de qualité, pour m’aider à sortir de la consommation excessive d’alcool et autres balivernes. »

« Impossible pour moi de manquer une séance d’entraînement », enchaîne Tomer Halbertal, qui avait l’habitude de faire la tournée des bars en compagnie de son beagle. « Cela vous débarrasse du stress de toute la journée. »
« Une fois l’entraînement commencé, on oublie tout ce qui se passe ici », ajoute Avner Zilberstein, qui souhaite s’engager prochainement dans une unité combattante. « Je sais que dès que j’aurai un week-end de libre, je serai là. »

Les filles aussi

Les cours en salle, qui ont lieu deux fois par semaine au stade Teddy, permettent aux participants de 20 à 40 ans de s’entraîner aux côtés de leurs collègues plus jeunes. Les classes sont divisées en groupes de niveau, débutants et avancés, d’une vingtaine de personnes environ, pour des sessions d’une heure, comprenant une multitude d’exercices. Pompes, abdos, tractions et flexions alternent avec une large variété d’étirements et un entraînement vigoureux aux barres.

« C’est tellement plus amusant que la salle de musculation », déclare Michal Belhassen, l’une des rares femmes dans cette foule à prédominance masculine. Elle n’a pas hésité à quitter sa salle de gym au profit des cours de calisthenics offerts par le groupe. Selon elle, d’autres femmes pourraient bien, à l’avenir, adhérer au club, car le sport en question suscite de plus en plus d’intérêt et d’attention en Israël.

« Beaucoup de filles viendraient si elles en avaient entendu parler », renchérit Inbar Zeldes, qui effectue tout spécialement le voyage à Jérusalem, depuis le centre du pays, où elle étudie pour être prof de sport, à l’institut Wingate.
« La vie est pleine de stress, et ces exercices apportent un véritable soulagement », soutient Zeldes.

Un facteur de cohésion sociale

Au-delà des cours et de l’opportunité offerte aux jeunes de la ville, l’objectif à long terme des frères Shlomo est de travailler avec la municipalité ou d’autres sources externes pour développer et multiplier les installations sportives très basiques, voire inexistantes, dans tous les parcs de Jérusalem, pour le bénéfice de tous ses habitants. Ils aimeraient mettre en place des installations similaires à celles des plages de Tel-Aviv, d’Eilat, et d’autres villes à travers le monde.
« Il s’agit d’un investissement initial ponctuel, dans de simples barres, qui serait d’une immense utilité pour les jeunes de tous les secteurs de la ville », insiste Ouriel Shlomo.

Dans une réponse écrite, la municipalité de Jérusalem déclare qu’il existe douze endroits en ville, dont deux parcs, où des barres sont déjà en place, et que des plans sont en cours pour en installer d’autres sur huit sites supplémentaires.
« Le service sportif de la municipalité de Jérusalem s’emploie à mettre sur pied un plan pluriannuel pour poursuivre la mise en œuvre du projet, d’abord dans les quartiers centraux de Jérusalem, pour l’étendre ensuite aux différents secteurs de la ville », indique le communiqué.

Les amateurs espèrent voir les quelques barres existantes dans les installations sportives des parcs de la ville se multiplier dans un proche avenir.

Pour Shlomo, le sport peut être un véritable pont entre les diverses populations de Jérusalem. Il note s’être connecté, lors d’un voyage aux Pays-Bas cette année, via Facebook avec un groupe similaire d’amateurs de gymnastique suédoise, surnommé les Bar Monsters, qui l’ont accueilli à bras ouverts. « L’amitié a été immédiate. Cela montre l’immense potentiel du sport comme facteur d’unification. Qui vous êtes ou d’où vous venez n’a aucune importance », assure-t-il.

« Nous voulons diffuser un climat positif auprès du grand public, afin de réduire le stress au sein des différents secteurs de la population : Juifs, Arabes, Chrétiens ; laïques et religieux », insiste Elad Shlomo.

« Notre corps constitue tout l’équipement, notre corps est la machine : tout ce que l’on doit savoir, c’est comment l’utiliser. »

« Nous croyons fermement que la forme physique est la clé d’un changement à la fois intérieur et extérieur », conclut-il. 

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