Karnit Flug, une femme aux commandes

Regard sur les questions économiques avec la gouverneuse de la Banque d’Israël. Elle explique notamment pourquoi le fait d’être une femme ne lui a jamais posé de problème dans ce monde dominé par les hommes

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March 9, 2015 11:37
Karnit Flug dans son bureau en février 2015

Karnit Flug dans son bureau en février 2015. (photo credit: MARC ISRAEL SELLEM/THE JERUSALEM POST)

 
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La barre est haute pour Karnit Flug lorsqu’elle prend ses fonctions de gouverneuse de la Banque d’Israël en novembre 2013.
Son prédécesseur, Stanley Fischer, est la coqueluche du monde politique autant que du monde économique, un mentor pour les plus importants dirigeants de banques centrales de la planète, dont l’ancien président de la Réserve fédérale américaine Ben Bernanke et le président de la Banque centrale européenne Mario Draghi. Le choix de son successeur traîne en longueur – certains parlent même d’une farce – alors que deux candidats se retirent de la course, suite à une couverture médiatique des plus féroces. Flug, quant à elle, passe presque inaperçue.
Mais l’ancienne adjointe de Fischer s’impose rapidement comme la première femme à diriger la Banque d’Israël et la première conseillère économique du gouvernement.

Elle le prouve : elle ne craint pas de prendre des mesures courageuses, en diminuant le taux d’intérêt de 0,25 % en août dernier. Elle laisse par ailleurs entendre qu’elle pourrait utiliser « d’autres outils » tels que l’assouplissement quantitatif si nécessaire. Elle n’hésite pas à affronter l’ancien ministre des Finances Yaïr Lapid et fait valoir ses arguments contre certains projets de loi comme le fameux plan de TVA zéro sur les nouveaux logements, de sa voix douce, mais d’un ton ferme.
Le magazine Global Finance ne s’y trompe pas. Dans son évaluation annuelle des banquiers centraux publiée en octobre, il attribue la note la plus haute à Karnit Flug, un « A », qu’elle partage avec seulement six autres banquiers.
Dans l’une des premières interviews accordée à un journal depuis qu’elle préside la Banque d’Israël, la gouverneuse partage ses vues sur de nombreuses questions : de l’inégalité à la réglementation des Bitcoins, en passant par la menace du boycott à l’encontre d’Israël.
Consciente de l’importance de maintenir une certaine neutralité politique, notamment en période préélectorale, Flug aborde prudemment les questions les plus explosives. Elle donne toutefois un aperçu de ce qu’Israël doit mettre en œuvre pour résoudre ses problèmes économiques les plus ardus.

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Femme, carrière et famille

Vous êtes entrée dans l’histoire comme la première femme à diriger la Banque d’Israël et l’une des rares femmes banquières centrales dans le monde. On évoque souvent la difficulté d’être une femme dans certains domaines traditionnellement réservés aux hommes. Comment avez-vous réussi à tourner cela à votre avantage ?

Je ne suis pas sûre d’avoir une réponse satisfaisante à vous fournir sur la question. J’ignore si cela constitue un avantage ou un inconvénient.
En fait, je n’ai jamais ressenti que cela puisse avoir un effet quelconque sur ma manière d’agir. Peut-être parce que j’ai passé la plus grande partie de ma carrière à la Banque d’Israël, où une attitude indifférente au sexe des économistes et des gestionnaires a toujours prévalu.
En fait, à la Banque d’Israël, la représentativité des femmes à tous les niveaux hiérarchiques est exactement la même que pour tous les autres postes – nous l’avons vérifié – cela ne pose donc vraiment aucun problème.
Dans certains domaines, comme le high-tech, la gent féminine ne semble pas occuper toute la place qui lui revient. A mon sens, les employeurs devraient faire preuve d’une plus grande ouverture d’esprit. Il faudrait aussi plus de flexibilité dans l’aménagement du lieu de travail. Cela demande également un certain ajustement au niveau de la structure de la famille.
Je sais que dans ma carrière, le fait d’avoir un mari qui a toujours été un partenaire à part entière, tant sur le plan de la gestion du foyer que pour s’occuper des enfants, m’a été d’un grand secours.
Il faut pouvoir s’entraider, pour la famille ou la maison, mais aussi parvenir à une meilleure répartition des tâches, ce qui n’est pas toujours évident. Cela fait partie d’un processus graduel et doit permettre à un plus grand nombre de femmes de s’épanouir pleinement.
Je suis persuadée que lorsque des femmes occupent des postes à responsabilité de haut niveau, cela ouvre la voie aux autres. Cela prouve qu’il est possible de mener de front à la fois carrière et famille. Réussir dans ce domaine est sans doute indispensable en début de carrière, au moment où les jeunes femmes hésitent et se demandent si elles seront vraiment capables de combiner tout cela.
Priorité à la croissance

Un nouveau gouvernement va arriver au pouvoir dans les prochains mois. Quelles devront être ses priorités économiques ? Quels conseils donneriez-vous au prochain Premier ministre, quel qu’il soit ?


Je pense que l’objectif principal de la politique économique devrait être une croissance durable et inclusive. Pour atteindre cet objectif, il faut s’attacher à l’augmentation de la productivité du secteur commercial. C’est-à-dire, à partir des infrastructures, promouvoir l’innovation, améliorer l’environnement des entreprises – nous n’occupons pas une très bonne place au classement de la Banque mondiale des échanges commerciaux – améliorer les compétences par la formation professionnelle, améliorer l’éducation dans tous les secteurs de la société. Ce sont là les grandes lignes.
Il est nécessaire de poursuivre nos efforts de manière très soutenue afin d’intégrer les groupes dont le taux de participation au marché du travail reste faible, comme les hommes chez les ultraorthodoxes et les femmes arabes.
En dépit des progrès dans ce domaine, il faut faire plus encore en termes de formation, de renforcement des compétences. Il faut faire sauter toutes sortes de verrous pour créer un environnement plus ouvert et plus accueillant dans le secteur des entreprises.

Mais nous avons récemment constaté quelques légères améliorations dans ces secteurs de la population. Pensez-vous qu’il faille intensifier les efforts ?


Certainement. Compte tenu du taux de pauvreté au sein de ces deux communautés, qui constituent une part de plus en plus importante de la population israélienne, les efforts pour favoriser leur intégration doivent se poursuivre et s’élargir.
Le secteur du logement représente un autre défi. Dans ce domaine, la question est de savoir comment maintenir un niveau élevé de mises en chantier et d’achèvements de logements, également dans les zones à forte demande et pas seulement dans la périphérie. Les efforts ont semble-t-il porté quelques fruits avec une augmentation sensible du nombre de mises en chantier en 2013 et 2014. Mais cela doit continuer.

Tout le monde s’accorde à reconnaître qu’il faut augmenter l’offre pour faire baisser le coût du logement, mais qu’est-ce qui bloque ? Quels sont les points d’étranglement qu’il nous faut dégager ?




Je devrais commencer par dire qu’il n’existe pas de solution miracle. Le processus de construction d’une maison est un processus très long.
Nous décrivons toutes les étapes dans l’un de nos rapports, et d’après celui-ci il aura fallu 13 ans du début à la fin du projet.
Certaines étapes ont déjà été améliorées, par exemple, dans certaines régions, le processus de planification a été raccourci, mais cela devrait être le cas de toutes les étapes.
Et puis vient la construction elle-même. Là aussi il convient de supprimer d’autres obstacles, notamment au niveau des infrastructures. Parfois, la construction elle-même est terminée, mais manque une partie de l’infrastructure, ce qui rend impossible la livraison de l’immeuble et l’occupation des quartiers.
Il est très important d’avoir suffisamment de terres planifiées en réserve afin de pouvoir réellement mettre aux enchères une quantité suffisante de terrains, pour maintenir un niveau élevé de mises en chantier, sur une période prolongée. On parle ici de plus de 40 000 ou 45 000 unités par an.

Le démantèlement de l’administration foncière israélienne (prôné par Moshé Kahlon, le leader de Koulanou) permettra-t-il cela ?


Je n’ai pas étudié ce projet. Il m’est donc difficile de donner une recommandation spécifique quant à la structure du système.

La vie chère : tout est relatif


La banque centrale se débat avec une inflation située en dessous de la fourchette cible. Pourquoi a-t-on l’impression que le coût de la vie est si élevé si l’inflation des prix est en fait négative ?


Dans certains domaines les prix ont augmenté plus que d’autres, notamment celui de la nourriture a dépassé l’augmentation moyenne de l’indice des prix à la consommation (IPC). Ce sont ces prix que nous rencontrons fréquemment lorsque nous faisons nos courses. C’est une partie du problème.
D’autre part, certains services, comme l’éducation et la santé, nécessitent un paiement substantiel à la charge du particulier : ceci contribue également à ce sentiment de pression croissante pour les ménages
De même, le coût du logement, qui n’est pas pris en compte par l’IPC, a connu une hausse sensible. Cela ajoute aussi à l’impression de cherté de la vie et aux difficultés. C’est un autre aspect de la question.
Mais la question du coût et de la qualité de la vie se pose à plusieurs niveaux. Il faut aussi prendre en compte les revenus. L’augmentation des salaires, concrètement, reste assez faible. C’est également une partie d’une équation complexe. Le verre à moitié plein, c’est l’évolution du revenu disponible, qui a en fait augmenté au cours des dix-onze dernières années, parallèlement à l’augmentation du PIB par habitant.
Il a augmenté à peu près dans les mêmes proportions pour le cinquième le plus faible de la population (les 20 % les plus pauvres du pays) que pour les cinquièmes supérieurs et intermédiaires. Mais les sources de cette augmentation sont différentes. Pour le cinquième inférieur, cette source de revenu disponible implique plus de revenus du travail provenant de participation plus élevée, autrement dit plus de salariés par ménage. Le cinquième supérieur a bénéficié d’une baisse accrue des impôts directs.
Mais encore une fois, se pencher sur le revenu disponible permet d’entrevoir seulement la partie émergée de l’iceberg, car plus on travaille à l’extérieur, plus les coûts associés, comme la garde d’enfants, augmentent. Donc même le revenu disponible ne donne pas une image complète. C’est une question très complexe.

Concurrence et productivité


Pour relever les défis économiques auxquels le pays est confronté, il existe plusieurs approches : accroître la concurrence et briser les monopoles, diminuer la bureaucratie et favoriser la redistribution par le biais des impôts et des prestations. Laquelle est la plus pertinente pour Israël ?


Toutes à mon sens, et même au-delà. Dans la lutte contre les inégalités, le premier problème est de fournir les compétences nécessaires à l’intégration de chaque individu afin de lui procurer le salaire adéquat en rapport avec son savoir-faire.
Nous comptons des industries à faible productivité, en particulier celles axées sur les marchés locaux dont le rendement par travailleur est limité. D’où des salaires relativement bas ou moyens pour une grande partie de la population active. Je pense également qu’il y a moins de concurrence pour les industries orientées vers le marché local. Or renforcer celle-ci est essentiel pour les obliger à augmenter leur productivité.
Le secteur des entreprises bénéficiera ainsi d’un meilleur environnement commercial, y compris en termes de réglementation et de bureaucratie. Ici, c’est surtout une question de coordination.
Lorsque de nombreux régulateurs régissent la même industrie, la réglementation est parfois incohérente et difficile à appliquer pour ces industries.

Sur le plan budgétaire, nous n’avons pas réussi à tenir nos objectifs financiers ces dernières années, et nous continuons à repousser les programmes visant réduire les déficits. Quels devraient être les objectifs selon vous, et comment peut-on les faire respecter ?

Les objectifs de déficit spécifiés par la loi sont généralement raisonnables. Ils devraient permettre de ramener le ratio de la dette publique par rapport au PIB à 60 % d’ici la fin de la décennie, ce qui, à mon sens, est un bon objectif. Je dois dire que, même si on s’en tient à la règle de dépenses adoptée par le gouvernement, ce qui implique une augmentation des dépenses de 2,6 % par an en termes réels, cela nécessitera au bout du compte une augmentation des recettes fiscales, de préférence en éliminant certaines exonérations actuellement en place.
Quand on analyse la manière dont fonctionne le gouvernement, on se rend compte qu’il a tendance à prendre beaucoup d’engagements spécifiques sur des dépenses à long terme. Or il n’existe pas de mécanisme pour adapter l’ensemble de ces engagements à la règle des dépenses, également adoptée par le gouvernement. D’où la difficulté à atteindre l’objectif fixé.
Il nous faut donc un mécanisme pour maintenir les engagements dans les limites des dépenses globales. C’est ce qui nous fait défaut jusqu’à présent.

Pouvez-vous donner quelques exemples d’exonérations fiscales qu’il faudrait supprimer ?


Je peux vous donner toute une liste – il existe un rapport sur toutes les exonérations fiscales établi par l’Administration des revenus de l’Etat – mais je ne veux pas mettre en avant d’exemples précis. Chaque cas doit être analysé individuellement en fonction de l’objectif qu’il était censé servir. Il faut vérifier si le but a été atteint. Certains n’ont vraisemblablement pas répondu à leurs attentes.
uuFaut-il envisager d’autres types d’impôts, sur les sociétés ou les plus-values en capital par exemple ?
La décision appartient au gouvernement, qui devra faire des compromis. Certaines taxes sont plus efficaces car elles touchent une base plus large, mais elles sont régressives car elles ne diminuent pas les inégalités. Les impôts directs sont plus progressifs, mais moins efficaces.

Des dépenses raisonnables


Du côté des dépenses, quelles devraient être les priorités budgétaires à votre avis ?


Il faut tenir compte du fait que l’ensemble des dépenses du gouvernement n’est pas très élevé. Il est inférieur à la moyenne de l’OCDE (Organisation de coopération et de développement économiques). D’autant que nos dépenses en matière de défense sont beaucoup plus lourdes que la plupart des pays développés et que nous consacrons une plus grande part du budget au service de la dette. Nos dépenses civiles – en matière d’éducation, de santé, de protection sociale, mais aussi de moteurs de croissance comme les infrastructures et la Recherche et le Développement – sont très modestes en termes de PIB, par rapport aux économies avancées. Contrairement au début des années 2000, lorsque la taille de notre gouvernement était assez élevée par rapport au PIB à l’échelle internationale.
En fait, nous sommes juste derrière la Corée – le seul pays dont les dépenses civiles sont inférieures aux nôtres en termes de PIB.

Le grand défi serait de savoir comment fournir des services de meilleure qualité, en particulier dans des domaines comme l’éducation, primordial pour la croissance à long terme ; ou les infrastructures et certains moteurs de croissance spécifiques pour aider à soutenir la productivité économique, un facteur essentiel à l’épanouissement des individus au sein de l’économie.

Un débat sérieux agite l’opinion à propos de l’attitude de l’Autorité de la concurrence israélienne sur le marché du gaz naturel. Quelle est la meilleure issue pour les négociations en cours ?


Des négociations sont en cours, justement. Aussi il est préférable de s’abstenir de tout commentaire en ce moment.

Transparence et stabilité bancaire


Certains politiciens [Kahlon en particulier, NDLR] ont critiqué le récent rapport sur la stabilité publié par la Banque d’Israël, qui mentionne la menace du marché du logement pour le système financier et propose des mesures pour limiter les prêts hypothécaires. Cela tendrait, selon eux, à donner la priorité à la stabilité financière des banques sur les besoins du public. Quelle est votre réaction ?

Je pense que la stabilité financière, ainsi que la concurrence et l’équité, concourent à l’intérêt de tous les citoyens et des ménages d’un pays. Nous avons assisté à des crises à travers le monde, où un krach financier ou des faillites bancaires ont eu des conséquences dramatiques en termes de souffrance humaine (il existe des résultats empiriques sur ce point), beaucoup plus graves dans ces pays que pour ceux qui ont réussi à échapper à ce fléau. Aussi lorsque l’on parle de stabilité financière ou de stabilité bancaire, on pense également au bien des ménages, des consommateurs et des individus.
J’ajouterais que dans les pays touchés par ces catastrophes, ce sont les contribuables qui ont payé les pots cassés et le coût a été énorme.

Je crois fermement que le maintien de la stabilité bancaire est aussi une preuve d’honnêteté de la part de la banque envers ses clients. La supervision bancaire a fait beaucoup de progrès à cet égard. Je ne vois donc aucun conflit entre le maintien de la stabilité bancaire et financière et le bien-être du public.
Je ne vois pas non plus de conflit avec le fait de promouvoir la concurrence, comme cela a été fait systématiquement avec la mise en œuvre des recommandations du comité de la concurrence dirigée par le contrôleur bancaire sortant Doudou Zaken.

Le fait qu’il soit beaucoup plus facile de transférer un compte d’une banque à l’autre, ou d’ouvrir un compte sur Internet, ou d’avoir accès à toutes les informations pour pouvoir vraiment les comparer, de même que le prix fixe de 10 shekels par mois ou en deçà pour un ensemble de services : toutes ces mesures donnent plus de pouvoirs aux ménages vis-à-vis des banques. De plus, je suis certaine que les autres recommandations seront mises en œuvre une par une pour améliorer réellement la concurrence, également en ce qui concerne la prestation de services pour les ménages et des petites entreprises.

Une des solutions que nous avons tenté d’instaurer est une recommandation du Fonds monétaire international, basée sur l’expérience d’autres pays, à savoir la mise en place d’un comité de stabilité financière chargé d’examiner tous les aspects du système financier et d’en surveiller les risques. Le rapport de stabilité financière soutient notre action dans ce domaine. Il fait partie de l’infrastructure mise en place pour parvenir à l’équilibre recherché.

Entre l’euro et le dollar


Passons à la politique monétaire. Nous sommes pris dans un dilemme intéressant entre deux zones commerciales majeures. L’euro est au plus bas, l’économie européenne stagne et est sur le point de se lancer dans l’assouplissement quantitatif. Alors que l’économie américaine se redresse, diminue son assouplissement quantitatif et s’apprête à relever ses taux d’intérêt. Comment conciliez-vous tout cela, dans la formulation de la politique monétaire israélienne ?


Nous observons essentiellement la façon dont tout cela affecte l’économie israélienne. Ces deux régions sont des partenaires commerciaux très importants. En fin de compte, nous voyons comment cela influe sur la demande de nos exportations combinées.
En ce sens, nous assistons depuis une période assez longue, à la croissance stagnante du commerce mondial, qui combine essentiellement les effets de l’évolution de chacune de ces régions et celle d’autres régions également.
C’est un environnement difficile pour notre secteur commercial, et notre économie dans son ensemble. Notre politique monétaire répond aux effets globaux sur l’inflation et les activités commerciales.

De toute évidence, notre capacité d’exportation s’en ressent. L’affaiblissement de l’euro rend également la concurrence difficile avec les pays européens sur les autres marchés.
Nous venons de visiter une entreprise située dans la région en bordure de Gaza qui produit des machines d’alimentation pour le bétail. Ils nous ont expliqué comment ils ont réorienté leurs destinations d’exportation pour réduire la part de l’Europe et passer à d’autres pays, mais aussi changé la monnaie avec laquelle leurs contrats sont établis de l’euro au dollar américain. Cela confirme donc, au niveau microéconomique, ce que nous disent les statistiques : le changement et la diversification des destinations d’exportation.

Flexibilité et inflation

Quelle incidence va avoir le nouveau gouvernement grec sur Israël, avec l’arrivée du Premier ministre d’extrême-gauche Alexis Tsipras ? Quelle est selon vous la meilleure issue pour la Grèce et pour l’Europe ?


Ce qui est crucial, c’est l’effet que cela va avoir sur l’Europe. Quelle que soit la solution, j’espère que, finalement, cela n’aura pas un effet néfaste sur la reprise européenne. Je ne tiens pas à commenter plus avant.
Un autre développement remarquable pour l’Europe est, par ailleurs, la décision suisse d’abolir le plancher de change vis-à-vis de l’euro. Une expérience d’autant plus intéressante si l’on se réfère aux débats qui ont agité Israël, il y a un an, où beaucoup soutenaient l’adoption d’un plancher pour le shekel. De toute évidence, nous ne savons pas encore si le plancher a eu un rôle bénéfique pour les Suisses lorsqu’il était en place. Mais il est clair que lorsqu’on adopte certaines orientations peu flexibles, il faut réfléchir à la façon d’en sortir. Il était important, pour l’économie israélienne, de maintenir la souplesse de notre politique monétaire. Heureusement, nous avons su résister aux pressions qui voulaient nous imposer une politique inflexible.

Boycott et Bitcoin


Croyez-vous que la menace de boycotts politiques représente un problème grave pour notre économie ?


Pour le moment, les effets substantiels de ces boycotts ne se sont pas fait sentir. Il n’y a pas eu non plus de véritable boycott, mais le ministère des Affaires étrangères surveille cela de près, pour en déceler les prémices. Cela dit, pour notre petite économie tournée vers l’exportation, nos performances dépendent fortement de marchés ouverts et accueillants.

Quel doit être l’attitude d’Israël vis-à-vis des monnaies virtuelles comme le Bitcoin ? Faut-il les reconnaître ? Les réglementer ? Les garder en réserve ?


Notre département de recherche possède un comité chargé d’étudier la question selon les différents les points de vue, afin de déterminer s’il nous faut prendre des mesures ou non. Nous avons publié une déclaration pour mettre en garde la population contre les risques potentiels de cette nouvelle monnaie. Ceux qui utilisent les Bitcoins doivent en effet avoir connaissance des risques encourus.

Cette interview a été éditée avec l’approbation de la Banque d’Israël



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