Le roi des Juifs

Le conseiller municipal Aryeh King s’est donné pour mission de judaïser Jérusalem-Est

By ANDREW FRIEDMAN
February 11, 2015 14:49
Aryeh King parle aux journalistes dans les rues de Sheikh Jarrah

Aryeh King parle aux journalistes dans les rues de Sheikh Jarrah. (photo credit: MIRIAM ALSTER)

 
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Aryeh King n’y va pas par quatre chemins. En se promenant à Sheikh Jarrah, quartier de Jérusalem-Est niché entre Arzei Habira et Ramat Eshkol à l’Ouest, et le mont Scopus à l’Est, par une belle matinée de novembre, ce conseiller municipal de 41 ans reconnaît volontiers quel est son objectif, pour ce quartier comme pour tous ceux à majorité arabe de Jérusalem-Est. « Je préfère que les Arabes quittent les lieux de leur plein gré, je fais tout mon possible pour empêcher la police d’expulser les gens », explique-t-il avec un sourire. « Mais s’il le faut, je n’ai aucun problème à faire accomplir ce qui doit être accompli. 75 % des maisons de Nahalat Shimon et de Shimon Hatzadik (vrais noms de cette zone que les Arabes appellent Sheikh Jarrah), appartiennent à des Juifs et nous avons la ferme intention de les restituer à qui de droit. »
King se targue de posséder ici une connaissance encyclopédique de l’histoire de la moindre parcelle de terre ou presque. La maison abandonnée dans la rue Pierre Van Paassen ? Elle appartenait à des Juifs qui l’ont abandonnée en 1948 en fuyant la ville devant l’avancée des Jordaniens. Le centre médical d’Al-Hayat ? C’était la propriété des Kupashka, une famille juive yéménite dont les membres, depuis, se sont dispersés aux Etats-Unis et en Israël. Les taudis de la rue Conder ? Leurs propriétaires étaient tous des Juifs, affirme King.
Rechercher des maisons appartenant à des Juifs dans des zones d’Israël peuplées en majorité d’Arabes est « l’œuvre de sa vie », motivée par une vision du sionisme qui inclut un maximum de Juifs et un minimum d’Arabes. Cette mission anime King depuis son enfance, passée au kibboutz Aloumim, de tendance nationale religieuse, dans le Nord-Ouest du Néguev.

Né au kibboutz de parents immigrés d’Angleterre, il a fondé avec quelques autres Maaleh Zeitim, communauté sous haute surveillance du mont des Oliviers, où il vit avec sa famille au cœur du quartier à majorité arabe de Ras al-Amoud. King parle couramment l’arabe et il est diplômé en études islamiques et en sciences politiques de l’Université hébraïque de Jérusalem.
Cette détermination de King à « rendre les biens juifs à leurs propriétaires » l’a poussé à créer le Fonds pour la Terre d’Israël (Israel Land Fund, ILF) en 2007, à la demande de Guma Aguiar, Juif d’Amérique du Sud, philanthrope non conformiste qui soutenait des organisations sionistes comme Nefesh b’Nefesh, ainsi que le Beitar, club de football de Jérusalem, et qui a disparu en mer au large de la Floride en juin 2012.
Par la suite, King a été le candidat n° 4 sur la liste du parti d’extrême droite Otzma leIsraël, qui n’est pas parvenueà faire son entrée dans la 19e Knesset. Il s’est alors présenté à la municipalité de Jérusalem à la tête du parti Jérusalem unifiée.

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Créer un lien avec la terre d’Israël

L’ILF est une organisation enveloppée de mystère. King ne peut révéler à combien s’élève son capital ni quels sont ses principaux investisseurs, mais il souligne qu’elle ne possède ni terres ni bâtiments. Elle sert uniquement d’agent entre acheteurs potentiels et vendeurs. Selon le site internet de la structure, de minutieuses enquêtes sont menées avant toute action du fonds, afin de s’assurer que les investisseurs potentiels sont bien juifs. Le site donne très peu d’informations sur les biens disponibles.
King affirme que l’ILF est très active en Israël (ses projets d’établir une présence juive de droite, principalement orthodoxe, à Saint-Jean d’Acre et à Jaffa font régulièrement les gros titres de la presse depuis quelques années), mais il ne fournit pas de statistiques sur le nombre de Palestiniens déplacés en conséquence de ses actions. Il préfère amener la conversation sur les grands principes qui le motivent.

« Nous repérons les propriétés ayant appartenu à des Juifs ; elles ont été consignées dans les registres des Turcs ou des Anglais, et ont été volées ou confisquées par des Arabes au fil du temps. Ensuite, nous nous efforçons de les restituer à leurs propriétaires juifs légitimes. Par ailleurs, nous trouvons des Arabes qui cherchent à vendre leurs terres ou leurs maisons et nous les mettons en rapport avec des acheteurs juifs potentiels. Ce second point est capital. Il faut que les gens comprennent qu’il n’est pas nécessaire d’être millionnaire pour récupérer des terres. Je préfère que 1 000 personnes se mettent ensemble pour acheter de petits lopins de terre de taille modeste, plutôt que ce soient deux gros investisseurs qui s’emparent de tout un projet, car, en fait, il s’agit de créer un lien avec la terre d’Israël. Et c’est précisément là notre troisième objectif : faire en sorte que les gens se sentent liés à la terre d’Israël. Je veux qu’ils comprennent qu’Eretz Israël fait partie d’eux-mêmes, qu’ils ont un intérêt à y vivre. Et qu’ils peuvent investir ne serait-ce que 10 000 ou 15 000 dollars pour bien se rendre compte de cela… »
L’ILF a aussi un côté éducatif, explique King, déplorant que si peu d’Israéliens, d’hommes politiques et de rabbins comprennent la réalité de Jérusalem aujourd’hui, y compris ses collègues du conseil municipal.

Un raciste avoué

Comme on pouvait s’y attendre, les activités de King lui ont attiré les foudres du camp de la gauche, en Israël comme à l’étranger. Pour celui-ci, installer des Juifs dans des quartiers à majorité arabe est, au mieux, une épine inutile dans le pied des Palestiniens et, au pire, un moyen immoral et sans doute illégal de convaincre les propriétaires arabes de vendre à des Juifs, transaction qui revient à mettre leur propre vie en danger. Cette tentative de judaïser Jérusalem-Est n’est autre qu’un nettoyage ethnique souhaité par un raciste avoué.



Ces critiques ne sont pas infondées. Dans son bureau du 3e étage de la mairie de Jérusalem, King ne fait pas mystère de ses plans pour lutter contre « l’ennemi » arabe – un maximum de démolitions de maisons pour raser les constructions illégales des Arabes – et n’hésite pas à recourir aux généralisations et aux qualificatifs injurieux pour décrire les Arabes et leur culture : « Ce sont des escrocs nés, mentir fait partie de leur culture ».
Ir Amim, représentant de l’un des groupes de gauche, souhaiterait voir les autorités interdire les activités de King, qui incitent à la violence et desservent les intérêts de l’Etat d’Israël.
Une autre militante de gauche, qui préfère pour sa part garder l’anonymat par crainte des attaques en justice – car King, dit-elle, a une longue histoire de procès en diffamation derrière lui : en 2008, il a gagné contre La Paix Maintenant, qui a dû lui verser 58 000 shekels de dommages et intérêts – affirme que King a recours aux pressions et aux menaces pour pousser les habitants arabes à quitter leurs maisons. Elle reconnaît toutefois que, si ces méthodes sont moralement répugnantes et le racisme de King écœurant, le fonds semble n’avoir jamais rien d’illégal.

Un gardien particulier

Pourtant, de nombreuses acquisitions de terres opérées par l’ILF restent nimbées de secret, ou du moins de mystère. On peut ainsi citer le cas de Nati Amichaï, célibataire de 28 ans qui vit dans l’une des maisons que King a « libérées » au nom de ses propriétaires juifs légitimes à Nahalat Itzhak, subdivision historique de Sheikh Jarrah. Amichaï a grandi dans le quartier à dominance nationale religieuse de Kiryat Moshé ; il vivait dans une maison « restituée » de Jebl Moukaber lorsque King lui a demandé de prendre possession, à Nahalat Itzhak, d’une propriété qui se trouvait dans un état déplorable.
Comme beaucoup de maisons de Nahalat Itzhak, cette maison possède un beau jardin et est entourée d’un très haut mur d’enceinte qui, contrairement aux autres, est surmonté de barbelés. A l’abri de ce mur, le petit jardin ressemble plus à un dépotoir pour matériaux de construction usagés. On y trouve des containers métalliques de formes et de tailles variées, ainsi que plusieurs canapés et fauteuils vétustes, trempés par les pluies de la veille, réunis sous un figuier.

La maison de deux pièces, délabrée à souhait, nécessiterait de gros travaux. Quant aux détails du contrat de location qui lie Amichaï à son propriétaire, il est impossible de les connaître : peut-être parce que notre équipe a tiré Amichaï du lit en arrivant à 9 h 45, peut-être aussi parce que l’intéressé n’a pas l’air totalement lucide… Amichaï, qui affirme travailler comme homme à tout faire, est incapable de nous indiquer quel est le montant de son loyer et à qui il le verse.
Pour le ministère de l’Intérieur, il habite chez ses parents. « Je suis venu vivre ici », nous explique-t-il néanmoins, « parce qu’Aryeh avait besoin de quelqu’un pour garder cet endroit [après l’éviction des habitants arabes]. Il faut avoir un caractère particulier pour vivre ici, mais je suis content d’y être. Jérusalem est ma ville et je peux vivre partout où j’en ai envie, que le quartier soit arabe ou juif », conclut-il.
Il affirme se sentir en sécurité (tout en soulignant avoir fait une demande de port d’arme). Pourtant, certaines maisons de Sheikh Jarrah ont été attaquées, dont la sienne, par des jets de pierres et de cocktails Molotov.

La justice en ligne de mire

En septembre dernier, King a perdu son siège dans la coalition de Nir Barkat pour s’être opposé au projet du maire de construire 2 200 maisons destinées à des Arabes dans le quartier d’Arav al-Swahara. Ce projet, estime King, aura pour effet d’ancrer davantage encore une séparation de facto de la ville ; il prouve que les gens ont beau considérer Barkat comme de centre droite, il n’est rien d’autre qu’un « gauchiste » qui cherche à empêcher les Juifs de vivre dans certains secteurs de la ville. A l’appui de sa théorie : il évoque les 600 à 700 maisons arabes construites illégalement à Jérusalem et cite la décision municipale de transférer dans les caisses de l’Etat 300 000 shekels du budget municipal prévus à l’origine pour leur démolition.
Toutefois, c’est contre la justice que King déchaîne toute sa fureur. « Les tribunaux sont les plus grands alliés des falsificateurs de patrimoine d’Israël », proclame-t-il avec fougue. « S’il n’ont pas été avocats spécialisés en immobilier et en droits de la propriété, les juges sont très faciles à abuser. Affaire après affaire, les Arabes arrivent avec de faux certificats, et les juges ne font rien pour rétablir la vérité. »

Les détracteurs de King font remarquer que, tandis qu’il se démène pour restituer les maisons de Jérusalem-Est à leurs propriétaires d’avant 1948, il rejette catégoriquement l’idée de rendre aux Palestiniens des maisons de Jérusalem-Ouest qui leur ont appartenu dans des quartiers comme Baka, Katamon ou Talbiyeh.
King affirme compatir à la cause palestinienne et se dit convaincu qu’il existe une solution aux aspirations politiques des Palestiniens… en Jordanie. « J’ai l’intime conviction que la Jordanie finira par devenir l’Etat palestinien, comme cela aurait dû se passer il y a des dizaines d’années. Prenez bonne note de ce que je vous dis : quand Hussein ibn Abdullah, le fils du roi hachémite actuel, accédera au trône, il sera roi de Palestine. »
D’ici là, King confirme qu’il continuera à tout faire pour que le plus de Juifs possible viennent vivre à Jérusalem.


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