Les jeunes bâtisseurs de Sderot

La ville du Sud bénéficie d’une infusion d’énergie nouvelle venue d’une population estudiantine, qui a entrepris de construire de ses mains les lieux qui l’abriteront.

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November 11, 2014 15:07
Les jeunes bâtisseurs de Sderot

Les jeunes bâtisseurs de Sderot. (photo credit: DEBORAH DANAN)

 
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Dans la vie, il n’y a rien de mieux qu’agir », disent les lettres peintes sur le mur d’une ancienne école élémentaire reconvertie à Sderot. Dans ce chantier plein de jeunes de 18 ans qui s’activent à édifier dans la ville cible des roquettes un village étudiant à partir de maisons abandonnées et de conteneurs recyclés, ces mots ont une intensité particulière. Ce projet de deux mois et demi est le fruit d’une initiative conduite par Ayalim (le plus grand mouvement sioniste pour la jeunesse en Israël), qui a reçu l’approbation du bureau du Premier ministre le 10 août dernier. En ce début d’année scolaire, il y a dans le village en construction 36 unités déjà prêtes. Il y en aura 150 à la fin.
Ces logements sont destinés aux 300 étudiants qui suivent les cours de l’institut d’études supérieures Sapir, tout proche. Les chambres se répartiront sur trois étages, constitués de conteneurs de transport maritime posés les uns sur les autres. Chaque unité pourra accueillir deux étudiants, avec un abri anti-bombes pour deux appartements, conformément aux besoins de cette zone exposée aux pluies de roquettes intermittentes venues de Gaza depuis 13 ans.
Avec ses jeunes qui préfèrent fuir vers le centre du pays, où le marché du travail est plus favorable et la stabilité économique bien meilleure, la population de Sderot prend de l’âge. Ayalim s’est donc fait un devoir d’inverser cette tendance avec les slogans : « Nous ne nous laisserons pas abattre, nous bâtirons » et « Aucune roquette ne nous empêchera de construire Sderot ». Des formules qui traduisent bien l’esprit de l’organisation, dont le nom vient de Yaël et Eyal, amis de ses fondateurs, morts dans un attentat pendant la seconde intifada. Avant de disparaître, le couple rêvait de fonder une famille dans le Néguev ; Ayalim travaille désormais à immortaliser cette vision pionnière.

Une cause à défendre

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Le projet de construction de Sderot s’inspire d’autres initiatives similaires lancées par Ayalim dans le Néguev et en Galilée. Un village d’étudiants, à base de conteneurs de transport maritime recyclés, a ainsi été récemment achevé à Lod, dont le nom est souvent associé à la criminalité et au trafic de drogue. Le but d’Ayalim est de bâtir dans des zones périphériques qui manquent de ressources en matière d’aide sociale, d’éducation, de culture et d’argent. L’idée est toujours de faire construire par des jeunes pour attirer d’autres jeunes issus pour leur part de ces zones en souffrance. Et il est très impressionnant de voir ces garçons et ces filles de 18 ans qui, avant leur service militaire, se portent volontaires pour poser des briques, étaler du mortier, peindre, porter des charges et conduire des tracteurs, en vue de construire un lieu d’accueil pour des étudiants qui auront quelques années de plus qu’eux.

L’autre mission d’Ayalim est d’offrir aux jeunes une cause à défendre, ce qu’à notre époque et à leur âge, la plupart n’ont pas, estime Dany Gliksberg. « Nous avons pris le Néguev comme outil pour élaborer une mission nationale », explique-t-il. C’est une reprise de l’idée sioniste de « faire fleurir le désert ». Selon Gliksberg, « les jeunes sont prêts à faire tout ce qu’il faut pour réussir, dès l’instant où ils considèrent que c’est important », ce qui, dans ce cas, signifie « amener les gens au cœur même de la guerre », y construire quelque chose et inciter des jeunes à venir y faire leurs études. « Nous voulons leur donner envie de s’installer ensuite dans le Néguev de façon permanente », confie-t-il. Le projet a débuté en pleine opération Bordure protectrice, mais les bénévoles ne se sont pas laissés démonter par le danger potentiel que posaient les attaques de roquettes, qui interrompaient sans cesse leur travail, ni par les 15 secondes à peine dont ils disposaient pour aller se mettre à l’abri dès que les sirènes retentissaient.

Un sionisme ben-gourionesque

Lorsqu’on discute avec eux de l’initiative, leur attachement à l’idéal sioniste saute aux yeux. Un sionisme ben-gourionesque, celui-là même dont les seniors déplorent aujourd’hui la disparition. Ido a 19 ans et vient du Golan. Il tient à faire son service militaire parce que cela s’inscrit dans la droite ligne de ses valeurs : il entend donner de lui-même à l’Etat et au sionisme. Selon lui, le projet Ayalim permet à chacun d’exprimer sa créativité. Il a déjà, pour sa part, aidé à rénover un abri anti-bombes à Akko dans une école pour adolescents en danger. Avec plusieurs anciens bénévoles, il a ensuite reçu une formation professionnelle et a été choisi pour aider à gérer et à superviser le projet de Sderot durant l’été. Il partira bientôt faire son service militaire dans une unité de parachutistes.

Nimrod, 19 ans, du moshav Sitriya, est en train de diriger un tracteur sur le site. Pour sa part, c’est l’association bénévolat-travail physique qui l’a d’abord attiré dans le programme. Après avoir travaillé un an comme bénévole avec Ayalim et Perah – projet de soutien scolaire pour enfants défavorisés – il entrera cette année dans l’unité Maglan de Tsahal. Neta, de Mevasseret Zion, vient d’un milieu extrêmement sioniste et d’une famille qu’elle qualifie de « militaire » : un père officier de carrière dans Tsahal et un frère qui a servi 7 ans au lieu de 3 dans l’armée. Elle ne prend pas Israël comme un acquis et estime que ce qu’elle peut faire de mieux pour le pays est de participer à son développement. « Nous devons développer, et le Nord, et le Sud », explique-t-elle. Elle a commencé le programme cet été, à peine sortie du lycée, avec Yaël, une autre bénévole de l’association venue pour sa part de Netafim. Yaël explique qu’elle sera heureuse de faire son service national afin d’apporter sa pierre au pays, de sortir de sa bulle et de découvrir d’autres aspects de la société.



Quand « Am Israël » devient « Klal Israël »

Les valeurs de l’action sociale sont profondément enracinées dans l’éthique d’Ayalim. Dans le village de Sderot en construction, il y aura un club où les étudiants aideront les enfants du quartier à faire leurs devoirs et où ils auront aussi leurs propres activités sociales. En échange de l’aide au logement qu’ils recevront pour payer leur chambre, les étudiants devront offrir 500 heures de leur temps à la communauté de Sderot. Le logement leur coûtera 420 shekels par mois. Les conteneurs transformés en pièces d’habitation seront équipés de lits, canapés, tables, bureaux et seront climatisés. « Si vous voulez changer l’idée que se font les gens de la vie à Sderot, vous devez donner aux étudiants une bonne qualité de vie pendant qu’ils sont là », affirme Gliksberg. Le projet a attiré l’attention de quelques associations juives à l’étranger. Ainsi, des rabbins libéraux des Etats-Unis sont venus en groupe au plus fort de l’opération de Gaza et ont enfilé des bleus de travail pour aider les jeunes bénévoles.

Quant au rabbin Arye Scheinenberg, de San Antonio, Texas, qui s’est rendu sur place le mois dernier, il s’est dit frappé par la passion que manifestent les jeunes pour leur cause. « Aujourd’hui, les jeunes ne s’intéressent plus qu’à eux-mêmes, à leur ordinateur, et à des gens qui se trouvent à des kilomètres, mais jamais à leurs proches voisins », soupire-t-il. Voilà pourquoi il admire Ayalim, qui a su insuffler aux jeunes bénévoles une vision, un objectif et l’envie de construire des liens. Le rabbin visitait Sderot au cours du voyage qu’il organise chaque année en Israël, accompagné cette fois d’un groupe de 500 Chrétiens. Ce projet, a-t-il dit, réunit des gens venus d’horizons très différents et réalise le concept de « Am Israël » qui devient « Klal Israël », la nation d’Israël devenant un ensemble unifié. A San Antonio, où il vit, les gens se sentent très proches de chaque juif, chose qu’il dit ressentir ici aussi, avec ces jeunes issus de différents milieux qui se rassemblent et apprennent à s’apprécier les uns les autres.

Juste avant la rentrée universitaire, l’organisation a programmé une « semaine de travail » avec 1 000 bénévoles d’Ayalim affluant sur le chantier pour aider au développement de l’ensemble. Il faudra quelques années pour que les responsables d’Ayalim puissent savoir si leur ambitieux projet a réussi à donner un nouvel élan à la ville, mais au moins, il aura aidé à rendre une bonne partie de la génération montante de jeunes adultes active et désireuse de constituer une société réellement soudée.


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