A l’Est, rien de nouveau

La position palestinienne sur le droit du retour n’a pas changé.

Abbas at Arab League meeting 370 (photo credit: REUTERS/Mohamad Dabbouss)
Abbas at Arab League meeting 370
(photo credit: REUTERS/Mohamad Dabbouss)

Tant de bruit pour rien. D’aucuns disaient déjà que leprésident de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas avait renoncé au droit duretour. Affirmations sans fondement à la lumière des explications qu’Abbass’est lui-même chargé de fournir en qualifiant le retour de « droit sacré » etse réengageant pleinement sur la position palestinienne traditionnelle. Débutde la polémique : l’entretien du dirigeant sur Aroutz 2, diffusé le 2 novembre.Abbas y déclare qu’en tant que natif de Safed, il a le désir de visiter laville mais pas de retourner y vivre. Et d’aller plus loin : « Pour moi, laPalestine, ce sont les frontières de 1967 avec Jérusalem-Est.

Je suis un réfugié, je vis à Ramallah.

La Judée-Samarie et la bande de Gaza, c’est la Palestine, tout le reste, c’estIsraël ». Israéliens et Palestiniens n’en croient pas leurs oreilles.

Tollé général 

Le leadership politique israélien ne se bouscule pas pour ajouterfoi au supposé renoncement d’Abbas. De son côté, le Hamas l’accuse d’avoirtraitreusement violé les principes palestiniens de base. Mais, dès lelendemain, l’agence de presse palestinienne se dépêche de publier un entretienexplicatif, accordé avec Abbas à la chaîne égyptienne Al Hayat, à Amman. Leleader s’y plaint que les médias, en particulier Al-Jazzera, ont sorti sespropos de leur contexte. Et clarifie sa position : « Depuis 1988, le Conseilnational palestinien reconnaît les résolutions 242 et 338 de l’ONU. Unereconnaissance réitérée à maintes reprises par l’Initiative de paix arabe, etque le Hamas et le Djihad islamique ont acceptée. Lors des dernièresnégociations en vue d’une réconciliation au Caire, il y a eu accord sur lesfrontières de 1967, une résistance pacifique et populaire et des élections.

En janvier dernier, une discussion s’est tenue au Caire en présence de 36représentants de la commission centrale du Fatah, et il y a eu accord sur lesfrontières de 1967 et sur Jérusalem-Est comme capitale de la Palestine. Tousles Etats arabes et islamiques étaient d’accord. Mes propos sur Safed exposentune position personnelle et n’indiquent pas un renoncement au droit du retourcar il est impossible d’y renoncer en raison des résolutions internationales etarabes.

La résolution 194 indique qu’une solution doit être trouvée au problème desréfugiés, et emploie le terme ‘consentie’, ce qui signifie l’accord du côtéisraélien ».

Toujours selon Wafa, Abbas a qualifié le droit de retour de « sacré » au coursde l’entretien. Ce droit, ainsi que les autres points cruciaux du conflit,seront discutés dans le cadre de l’accord de statu quo en vigueur avec Israël.Selon la résolution 191, a continué Abbas, le droit du retour est un principequi s’exerce par défaut, sauf en cas de compensation financière pour ceux quichoisiraient de ne pas revenir. Et de promettre que tout futur accord concluavec Israël serait soumis à un référendum.

De son côté, Nabil Abou Rudeineh, porte-parole du président palestinien, afermement rejeté les accusations du Hamas.

Et affirmé, dans un communiqué officiel : « Le leadership palestinienn’acceptera jamais un Etat aux frontières temporaires. Quiconque accepteraitcela céderait en réalité le droit du retour et compromettrait les principesnationaux de base. Ce qui serait une catastrophe pour toutes les générations dePalestiniens à venir ». Selon Abou Rudeineh, le droit au retour des « réfugiés» fait partie des sujets négociés avec les Israéliens dans le cadre du statuquo, avec les frontières et la gestion de l’eau. « Nous adhérons aux principesnationaux de base, que nos institutions nationales corroborent et il n’y a riende nouveau dans cette position ».

Nabil Shaath, chargé officiel des relations étrangères pour le Fatah a, de soncôté, déclaré que les propos d’Abbas avaient été sortis de leur contexte parles médias. Dans l’entretien, a dit Shaath, le dirigeant n’a rien affirméd’autre que « chaque Palestinien a le droit de retourner sur sa terre natale,mais c’est son droit de choisir, personnellement, s’il veut rentrer dans unpays ou un autre ». Enfin, d’autres leaders du Fatah ont apporté leur soutien àAbbas, soulignant sa loyauté envers le droit du retour.

Incompatibilité technique 

Le fossé entre Israéliens et Palestiniens sur laquestion des réfugiés semble infranchissable. Pour les Palestiniens, ce droitdu retour ne saurait être remis en question. Dans toutes les démarchesrelatives à la résolution du conflit, leurs représentants ont toujours fondéleur position sur l’idée d’une « justice » et non d’un « compromis », comme ilest clairement indiqué dans les chartes des institutions palestiniennes. Vue deRamallah, la « justice » signifie la pleine réalisation du droit des réfugiésen accord avec les institutions internationales et la résolution 191 qui, pourles Palestiniens, ne fait rien de moins que sanctifier le droit au retour et àla compensation. D’où il découle que la formule « une solution juste etconsentie basée sur la résolution 194 » n’implique pas que les Palestinienssoient prêts au compromis, mais plutôt que le terme « consentie » signifiecontraindre Israël à accepter les demandes palestiniennes au nom de la «justice ».

Pendant ce temps, l’OLP, l’AP et le Hamas continuent de cultiver dans lasociété palestinienne l’idée du retour des réfugiés, d’empêcher toutepossibilité d’une installation desdits réfugiés en dehors des camps dans lespays arabes, et de maintenir l’UNRWA (en français Office de secours et detravaux des Nations unies pour les réfugiés de Palestine dans le Proche-Orient)comme un symbole de l’impérissable idée du retour. Pour bien ancrer cesnotions, le Conseil législatif palestinien a voté une loi sur le sujet en 2008.En substance, le texte déclare que : •Le droit de retour des réfugiéspalestiniens envers leurs demeures, leurs biens, et la garantie descompensations pour la souffrance qui a été la leur, est un droit sacré etfondamental qui ne peut ni s’acheter ni se convertir. Aucune réinterprétationn’est possible.

•Le droit du retour est un droit naturel, personnel, groupal, civil etpolitique s’héritant de père en fils qui ne peut être annulé par le passage dutemps ou par la signature d’un accord, quel qu’il soit. Il est interditd’annuler ou de céder sur aucun des aspects mentionnés.

•Il est interdit d’installer les réfugiés palestiniens ailleurs ou de lescouper de leurs racines en tant qu’alternative au droit du retour.

•Quiconque enfreindrait ces principes serait coupable de haute trahison etpassible de toutes les condamnations criminelles et civiles prévues à ceteffet.

Un droit non négociable 

Selon le point de vue palestinien, soutenu par lesassociations palestinienne et israéliennes des droits de l’Homme, le droit duretour est un droit « privé » de chacun des réfugiés et c’est pourquoi aucunreprésentant du peuple palestinien (tout comme les Nations unies) ne possèdel’autorité morale pour céder ce droit au nom de tous les réfugiés. Selon leconsensus palestinien, en l’absence de l’exercice de ce droit, le conflit avecIsraël restera à jamais ouvert et justifiera la poursuite de la lutte armée,même après la création d’un Etat. Tout leader palestinien qui oserait défiercette idée et mettre le droit du retour sur la table des négociations avecIsraël serait, au mieux, ostracisé et renversé de son pouvoir et, au pire,exécuté. Les violentes réactions à l’interview d’Abbas sur Aroutz 2 montre bienl’impossibilité pour le leadership palestinien, même s’il en a le désir, deproposer un compromis sur la question des réfugiés. En clair, le président nes’est pas écarté des positions familières et établies sur le sujet et continued’envisager le retour des réfugiés comme « un droit sacré » qui se trouve auxmains des réfugiés eux-mêmes et ne peut être concédé en leurs noms. Parailleurs, les efforts diplomatiques menés par Abbas aux Nations unies ontfocalisé l’intention internationale sur un Etat palestinien basé sur lesfrontières de 1967. Le dirigeant espère ainsi gagner une validation politiqueet légale de la demande palestinienne d’une évacuation totale par Israël de laJudée et Samarie, sans que les Palestiniens n’aient rien à céder en retour - etsurtout pas sur la question des réfugiés. Le problème demeure donc au coeur duconflit israélo-palestinien. Pour les Palestiniens, c’est un atout à employercontre Israël bien après la création d’un Etat palestinien, capable de modifierradicalement la donne démographique israélienne et, à terme, transformer l’Etatjuif en une Palestine unique depuis le Jourdain et jusqu’à la Méditerranée.L’auteur est chercheur au Centre de Jérusalem pour les Affaires publiques surle Moyen-Orient et l’islam radical. Il est également ancien conseiller audépartement de la planification politique au ministère des Affaires étrangères.


OPINION

Hamas vs Fatah : la fin du conflit ? 

Lesconséquences sur la scène politique palestinienne des récents évènements à Gazaet de l’offensive Pilier de défense lancée par Tsahal ne sont pas des moindres.Explications 

Edy Cohen 

Tout d’abord, il y a ceux qui disent que cetteoffensive a affaibli Mahmoud Abbas, ce qui est complètement faux. Bien aucontraire, cette mini-guerre a uni les Palestiniens et a diminué la tensiondans ce conflit entre le Fatah de Cisjordanie et le Hamas de Gaza. Ce conflit adébuté en 2007, lorsque le Hamas a occupé toute la bande de Gaza et que l’OLP(l’Organisation de la Libération de la Palestine) en est sorti. Les différencesentre ces deux entités sont religieuses et idéologiques. Plusieurs pays arabesont tenté vainement de les réconcilier... Par contre, Israël y est parvenu sansle vouloir : ses ennemis sont dorénavant unis. Mahmoud Abbas s’est rendu àl’ONU à New York pour y faire naître un Etat palestinien avec les frontières de1967, malgré le refus américano-israélien. Mais, fait nouveau cette fois-ci :il a reçu l’appui et le soutien du Hamas. Jusqu’à présent, l’entité terroristes’était opposée aux démarches de Mahmoud Abbas pour être fondamentalementopposée aux Accords d’Oslo et prône une résistance militaire. Selon le Hamas,l’Etat hébreu ne comprend que la force... De plus, le Hamas a toujours refuséles frontières de 1967 ; il veut récupérer les frontières de 1948 et rendre auxrefugiés leurs droits de l’époque. Mais, chose plus significative et plusimportante dans cette dualité, c’est que le Hamas refuse toujours dereconnaître l’Etat d’Israël. Ce qui signifie qu’il a toujours ajourné laformule de deux Etats vivant côte-à-côte : un Etat palestinien et un Etatisraélien. Et en outre, il s’oppose à un prolongement des négociations directesou indirectes avec Israël. Il y a quelques semaines à peine, Mahmoud Al-Zahar,le dirigeant du Hamas, déclarait que Mahmoud Abbas ne représentait pas lepeuple palestinien et en était même la « honte ». Dorénavant, beaucoup dequestions se posent sur le fait que le Hamas ait accepté les démarches devantl’ONU du leader de l’AP. Est-ce que ce mouvement terroriste serait prêt à se lancerdans la diplomatie et deviendrait moins extrémiste, ou bien tout cela fait-ilpartie du jeu égyptien qui veut légitimer la présence et l’influence des Frèresmusulmans à Gaza ? De toute façon, on voit bien qu’en coulisses se cache unegrande dispute au sein des dirigeants du Hamas : certains d’entre eux, modérés,soutiennent Abbas, et d’autres, plus extrémistes, s’opposent totalement à lui.Aujourd’hui, cette « réconciliation » augmente les responsabilités de MahmoudAbbas en tant que chef de toute la « Palestine ». Maintenant que la Palestineest un Etat observateur non membre à l’ONU, le leader du Fatah est responsable,non seulement de tout ce qui se passe en Cisjordanie, mais aussi dans la bandede Gaza. Chaque roquette lancée en territoire israélien sera désormais sous saresponsabilité, et non plus seulement sous celle du Hamas. Edy Cohen, titulaired’un doctorat d’Etudes sur le Moyen- Orient à l’université Bar-Ilan, estspécialiste des Affaires arabes. Il a travaillé pour le ministère de la Défenseet Tsahal.