Eviter un Etat binational

Déclaration sans précédent de Netanyahou : « Il faut faire la paix avec les Palestiniens pour éviter qu’Israël ne devienne un Etat binational ».

JFR P6 370 (photo credit: Emil Salman - Reuters)
JFR P6 370
(photo credit: Emil Salman - Reuters)
Les pourparlers reprennent vie. La semaine dernière, plusieurséléments semblaient indiquer un retour vers le chemin des négociations entreIsraéliens et Palestiniens. Mercredi 1er mai, le Premier ministre BinyaminNetanyahou s’est exprimé devant les hauts fonctionnaires du ministère desAffaires étrangères, dont il assume la direction par intérim en attendant unéventuel retour d’Avigdor Liberman. Bibi a ainsi déclaré qu’il était nécessairede conclure un accord de paix avec les Palestiniens pour éviter qu’Israël nedevienne un Etat binational. Le dirigeant a également affirmé que le refus desPalestiniens à reconnaître le droit de l’Etat hébreu à exister constituait lecoeur du conflit.

Dans la même journée, Netanyahou s’est dit prêt à reprendre les pourparlerssans conditions préalables, cette fois-ci devant une délégation de membres duCongrès américain en déplacement. « Nous apprécions l’effort conduit par leprésident Barack Obama et le secrétaire d’Etat John Kerry pour relancer lesnégociations entre nous et les Palestiniens, et nous nous y investissons », adéclaré Bibi. « Nous sommes impatients de nous lancer, nous ne mettons pas deprécondition et nous ne pensons pas qu’il devrait y en avoir », a poursuivi ledirigeant, ajoutant toutefois que le succès des négociations dépendra de deuxprincipes importants. « Le premier : que les Palestiniens reconnaissent l’Etatjuif. Le second : qu’Israël obtienne des garanties sécuritaires solides ».

« Le problème n’est pas la Judée-Samarie » 

Au ministère des Affairesétrangères, Netanyahou a précisé qu’à ses yeux, le conflit ne se réduit pas àune affaire territoriale. « Le problème n’est pas la Judée-Samarie. Cela acommencé bien avant 1967. Vous avez bien vu ce qui s’est passé après notredépart de Gaza. Nous avons déraciné jusqu’au dernier Israélien, etqu’avons-nous obtenu en échange ? Des missiles ! », s’est indigné le Premierministre.

Et de mettre en garde : « Avant de signer un accord, je veux être assuré que leconflit s’arrêtera, qu’il n’y aura plus d’autres revendications palestiniennespar la suite ».

Ces déclarations de Netanyahou intervenaient 2 jours après une nouvelle annoncefaite par la Ligue arabe. Lundi 29 avril, une délégation de la Ligue avait eneffet indiqué être prête à accepter que l’initiative de paix arabe de 2002comporte également des modifications mineures du tracé des lignes pré-1967,dans le cadre d’un accord israélo-palestinien. Une annonce dont s’est félicitéJohn Kerry. Pour le secrétaire d’Etat, en cas de traité de paix, les 22 membresde la Ligue arabe, ainsi que les 57 membres de l’Organisation de la coopérationislamique, devraient considérer le conflit terminé et normaliser leursrelations avec l’Etat d’Israël.

« Je ne sous-estime pas le poids de l’Arabie Saoudite, du Qatar, des EmiratsArabes Unis, de l’Egypte, de la Jordanie et d’autres encore qui viennent à latable des négociations et se disent prêt à faire la paix, aujourd’hui, en 2013».

« Il parlait de plus en plus des martyrs palestiniens » 

Evyatar Borovsky aété poignardé à mort par Salam Zaghal, mardi 30 avril. Pour le père dumeurtrier, son fils « n’a fait que son devoir ».  
Un ultimemessage. C’est avec inquiétude qu’Ali Zaghal a lu un mystérieux texto, mardi 30avril au matin : « Pardonne-moi, mon frère ». Quelques instants plus tard,Salam, son cadet, 21 ans, poignardait Evyatar Borovsky, résident d’implantationet père de 5 enfants, au carrefour de Tapouach. Salam a immédiatement étéarrêté par des soldats qui avaient auparavant fait feu sur lui. La familleBorovsky est toujours en deuil, mais la famille Zaghal, elle, estime que lepassage à l’acte de Salam était justifié.

« C’est le destin. La famille est fière de lui. Il a fait son devoir au nom detous les Palestiniens, agressés par l’armée et les habitants d’implantations »,déclare son vieux père, Assad, assis sur une chaise en plastique dans levillage de Shweikeh, près de Toulkarem.

Mais tandis que le crime de Salam peut attirer l’estime de certainsPalestiniens envers sa famille, il n’est pas sûr qu’il saura effacer une vielletache qui ternit la réputation des Zaghal : la condamnation de son frèreAbdelfattah pour espionnage au profit d’Israël par l’Autorité palestinienne.

Les forces de l’ordre enquêtent également pour savoir si le geste de Salamétait destiné à redorer le blason familial, ce que le clan réfute. La sociétépalestinienne excommunie les espions et les familles survivent rarement à lahonte provoquée. C’est un des paradoxes de la politique palestinienne enJudée-Samarie qui coopère avec Israël et a renoncé à la violence, mais continuede violemment rejeter ses ressortissants accusés de traîtrise. De son côté,l’Etat hébreu s’appuie sur un réseau d’informateurs qui lui permettent de fairearrêter les terroristes. Le calme de ces dernières années dans les territoirespalestiniens résulte, entre autres, de cette coopération.

Abdelfattah avait été condamné à 10 ans de prison, mais sa peine a été réduitepar égard à la grande pauvreté de sa famille, selon des sources sécuritaires. «J’ai fait 1 an.

Ils m’ont accusé d’espionnage, mais c’est totalement faux et ils n’avaient pasde preuves », dit pensivement le jeune homme. Salam venait lui aussi d’êtrelibéré, il y a 2 mois, après 3 ans et demi de détention dans une prisonisraélienne pour avoir planté des explosifs à la sortie de son village et tentéde voler l’arme d’un soldat, explique la famille. « Ils l’ont relâché, maisvers quoi ? Cette prison en plein air ? », s’interroge son autre frère, Ali. «Il n’avait pas de travail, et il parlait de plus en plus du martyre desprisonniers détenus en Israël. Il ressentait profondément leur souffrance,mais, à part cela, il semblait aller bien », conclut-il.

Tapouach, un carrefour mortel 

L’attaque terroristede mardi 30 avril est la dernière en date d’une longue liste d’attentatsparfois mortels qui ont eu lieu au carrefour de Tapouach, en Judée- Samarie.Retour sur les incidents marquants des dernières années 23 janvier 2013 : unIsraélien de 17 ans est poignardé et modérément blessé. Dans la même journée,la police arrête 3 Palestiniens et retrouve 8 bombes artisanales, un pistoletet un couteau.
10 mai 2012 : les forces de l’ordre arrêtent deux hommes transportant plusieursengins explosifs.
7 mai 2012 : un Palestinien de 17 ans est arrêté en possession d’une bombeartisanale.
21 avril 2012 : deux adolescents palestiniens sont arrêtés en possessiond’engins explosifs et d’armes à feu.
10 février 2010 : un Palestinien poignarde un officier de Tsahal à mort.
9 février 2002 : une femme est tuée par balles par un Palestinien alors qu’ellecirculait en voiture avec son fils.