Libération des terroristes : le pays est déchiré

26 détenus palestiniens devaient être libérés avant mercredi. Jusqu’au bout, familles des victimes et ministres de droite s’y sont opposés.

P4 JFR 370 (photo credit: Marc Israël Sellem/The Jerusalem Post)
P4 JFR 370
(photo credit: Marc Israël Sellem/The Jerusalem Post)
La liste finaleest tombée. Dans la nuit du dimanche au lundi 12 août, le service pénitencierisraélien a publié les noms des 26 prisonniers palestiniens qui devaient êtrelibérés jusqu’au mercredi 14 août, après en avoir informé les familles desvictimes. Incarcérés avant la signature des accords d’Oslo avec « du sang surles mains », leur libération a été décidée dans le cadre de la reprise despourparlers israélo-palestiniens.

Dans les 48 heures suivant la publication, le public pouvait encore faire appelde la décision. Dimanche, l’association des familles Almagor a été reçue enaudience par un panel de 3 magistrats de la Cour suprême, pour tenter de fairerévoquer la décision. Comme dans des cas similaires par le passé, les parentsdes victimes s’opposent catégoriquement à la libération des terroristes. Ils sesont présentés furieux au tribunal, munis de portraits de leurs disparus. Maisleur complainte a été rapidement interrompue par le président de l’instancesuprême, Asher D. Grunis, qui a refusé de laisser s’exprimer tous lesreprésentants et voulu lever la séance. S’en est suivi un brouhahaindescriptible dans le tribunal. Au bout de quelques minutes, les magistratsont quitté la salle.

Ces 26 premiers détenus (104 prisonniers doivent être libérés sur 9 mois, parétapes) ne comportent aucun citoyen israélien. Dans un communiqué publié auxalentours de minuit, dimanche, le cabinet du Premier ministre a fait savoir que14 d’entre eux seront relâchés vers la bande de Gaza et que les 12 autresretourneront en Judée-Samarie. 8 auraient été libérés dans les 3 ans à venir,dont 2 d’entre eux dans un délai de 6 mois.

Ce premier jet de relaxe devait avoir lieu avant que la ministre de la JusticeTzipi Livni et le négociateur en chef palestinien Saeb Erekat ne se rencontrentmercredi à Jérusalem pour une première session de négociations directes.

Le Premier ministre Binyamin Netanyahou se remettant de son opération, c’est leministre de la Défense Moshé Yaalon qui a présidé à la réunion ministérielledestinée à approuver la libération. Etaient également présents : Tzipi Livni,le ministre des Sciences et de la Technologie Yaakov Peri (ancien directeur duShin Beth), l’actuel dirigeant de l’agence de sécurité intérieure, Yoram Cohen,des représentants des services pénitenciers, de Tsahal et du ministère de laJustice. Il a été unanimement décidé que tout détenu à nouveau arrêté pour uneaction hostile à Israël serait renvoyé en prison pour le restant de sa peineinitiale.

« En quoi libérer des meurtriers fera venir la paix ? »

Comme à sonhabitude, la classe politique était extrêmement mitigée lundi matin. « La placed’un terroriste est derrière les barreaux. Sinon, le gouvernement se moque dusystème judiciaire qui a décidé que ces vils meurtriers doivent aller en prison», s’est emporté le ministre de la Construction et du Logement Ouri Ariel(HaBayit HaYehoudi). Soulignant que ces détenus avaient tué femmes et enfants,l’élu a ajouté qu’il ne comprenait pas « en quoi libérer des meurtriersapportera la paix. Libérer des terroristes, c’est même le contraire de la paix».

Du même parti, le député Moti Yoguev a estimé qu’il était immoral de libérerdes prisonniers et accusé le gouvernement de céder aux diktats américains. «Ceci nous dévoile le vrai caractère du président des Etats-Unis et de sesenvoyés. Que valent des négociations fondées sur un acte immoral ? » a lancél’élu avant de marteler : « Nous continuerons de bâtir sur toute notre terre etcertainement à Jérusalem, notre capitale ».

Le président du groupe parlementaire Yesh Atid, Ofer Shelah, était d’accordpour dire que cette libération était immorale et minait la souveraineté del’Etat. Le député s’est néanmoins déclaré en faveur de la décision du Premierministre Binyamin Netanyahou. « Un Premier ministre qui se lance dans desnégociations en dépit de certains membres de son propre parti et de lacoalition mérite d’être soutenu. Il lui faut du courage pour commencer cespourparlers, et nous devons le suivre », a déclaré l’ancien journaliste aumicro de la radio militaire.

Du côté de l’opposition, le député Yaacov Margui (Shas) a accusé HaBayitHaYehoudi d’« échanger les familles des victimes contre des constructions dansles implantations ». Abondant dans son sens, le parlementaire travailliste OmerBar-Lev a déclaré que le gouvernement avait rejeté les alternatives à lalibération des détenus pour des raisons politiciennes. « Dans la situationactuelle, il est évident que la bonne chose à faire pour garantir un avenir sûret prospère à l’Etat d’Israël est de libérer les prisonniers. Mais du point devue de notre crédibilité, de nos valeurs et de notre stratégie, c’est la piredes alternatives ».

Et l’élu d’appeler Netanyahou à « cesser ce dangereux et embarrassant zigzag »,consistant à autoriser de nouvelles constructions dans les implantations et àcritiquer le président palestinien Mahmoud Abbas alors que les négociationssont en cours. « Ces manœuvres nous coûtent énormément. Cela pourrait mal sefinir pour l’image d’Israël sur la scène internationale, et pourrait mêmedéboucher sur une crise sécuritaire », a conclu le député.