Retour sur une semaine de violences palestiniennes

Alors que la trêve avec Gaza est menacée, la Judée-Samarie s’embrase à nouveau.

Fatah supporter Hebron 370 (photo credit: Mussa Qawasma/Reuters)
Fatah supporter Hebron 370
(photo credit: Mussa Qawasma/Reuters)

Retour sur unesemaine de violences palestiniennes Alors que la trêve avec Gaza est menacée,la Judée-Samarie s’embrase à nouveau Yaakov Lapin Le secrétaire d’Etataméricain John Kerry est en visite au Proche-Orient, mais rien ne semble moinsactuel qu’une relance du processus de paix au vu de la flambée de violence surle front palestinien.

Mardi 2 et mercredi 3 avril, deux roquettes et un obus de mortier sont tirésdepuis la bande de Gaza vers Ashkelon et la région d’Eshkol, sans faire deblessés.

Une attaque à laquelle Tsahal riposte avec fermeté tandis que de hauts gradéset la classe dirigeante menacent le Hamas de lourdes conséquences en cas derupture du cessez-le-feu. L’armée estime d’ailleurs que ce n’est pas lemouvement au pouvoir à Gaza qui est derrière ces tirs, mais des groupusculesislamistes radicaux.

Toujours mardi 2 avril, le terroriste Maissara Abou Hamdiyeh meurt à 63 ansdans une prison israélienne des suites d’un cancer de l’oesophage. Un décès quiembrase la Judée- Samarie, portant aux nues cet ancien leader du Fatah, mortselon la foule « en martyr ». Dans le climat de tension qui précède sesfunérailles, deux jeunes Palestiniens, Amer Nassar, 17 ans, et Naji Balbisi, 18ans, meurent sous les balles israéliennes, alors qu’ils attaquent un poste degarde militaire à l’extérieur de Toulkarem, tard dans la nuit de mercredi.

Une enquête sur l’incident a été ouverte par Tsahal.

Ce n’est donc pas un homme, mais trois qui sont enterrés jeudi 4 avril,accompagnés par des milliers de Palestiniens. Ils sont 15 000 à Hébron pour lesobsèques d’Abou Hamdiyeh, réunis autour de factions politiques. Les drapeauxsont agités par la foule en colère, tandis que des appels à la vengeance necessent de se faire entendre. Des funérailles symboliques ont également eu lieuà Djénine, Ramallah et Gaza. Des affrontements avec l’armée, avec jets depierres et de cocktails Molotov, ont ensuite eu lieu jusque dans la journée desamedi. Plusieurs centaines de Palestiniens sont impliqués dans ces violences.

Quand l’Autorité palestinienne mise sur ses prisonniers 

Unefois encore, l’Autorité palestinienne se sert des prisonniers palestiniens pourlancer une vague de condamnations à l’encontre d’Israël. Pour Ramallah, la mortd’un détenu dans une prison israélienne (même s’il s’agit en l’occurrence d’undécès à l’hôpital de Beersheva) est une opportunité à saisir pour porterl’attention de la communauté internationale sur les prisonniers palestiniens.

Voilà plusieurs années que le gouvernement d’Abbas place cette question parmises plus grandes priorités. La libération des détenus est même devenue une desconditions du dirigeant palestinien pour reprendre les négociations de paixavec l’Etat hébreu.

Jusque récemment, le chef de l’AP ne mettait que deux conditions à son retourvers la table des négociations : le gel complet des constructionsd’implantations et la reconnaissance, par Jérusalem, des lignes pré-1967 commefrontières du futur Etat palestinien. Mais le leader a dû revoir ses prioritéssuite à une intense pression et à des critiques croissantes de la part de larue palestinienne.

Abbas s’est même senti obligé d’aborder le problème lors de la visite duprésident Obama à Ramallah, à la fin du mois de mars. Les Palestiniens ontainsi confié une missive au leader américain de la part de certains prisonnierspalestiniens, lui demandant d’oeuvrer pour leur libération.

Une cause populaire
Il se passe rarement une semaine sans manifestations ourassemblement en soutien aux détenus dans la bande de Gaza comme en Judée etSamarie. Les médias contrôlés par l’Autorité palestinienne se sont largementfait l’écho de cette cause populaire, enquêtant sur les conditions de détentiondes prisonniers et interviewant les familles. Des appels au gouvernement pourobtenir leur libération se font régulièrement entendre. Abbas et ses prochessont également critiqués pour ne pas en faire davantage afin de mettre un termeau « calvaire » des incarcérés, que l’on n’hésite pas à qualifier de «prisonniers de guerre ». Certains vont jusqu’à accuser l’Autorité d’avoirabandonné les prisonniers et leurs familles.


Pour contrer ces critiques, Abbas a créé un « ministère des Prisonniers » etplacé Issa Qaraqi à sa tête. Celui-ci mène depuis une campagne sans merci contrel’Etat hébreu au sujet des détenus. Mauvais traitements et actes de torturessont des accusations régulières. Qaraqi affirme même qu’Israël conduit desexpériences humaines sur les détenus, vole leurs organes et les prive detraitements médicaux appropriés.

Peu avant la visite de Barack Obama, la mort d’Arafat Jaradat dans un centre dedétention israélien a déchaîné Qaraqi ainsi que d’autres dignitaires deRamallah qui ont été très prompts à lancer des accusations de torture. Unecharge fermement démentie par l’Etat juif.

Mardi 2 avril, Maissara Abou Hamdiyeh décède des suites d’un cancer généraliséalors qu’il purgeait une peine de prison en Israël. Le scénario se répète.Cette fois-ci, Qaraqi et ses collaborateurs s’écrient que le détenu n’a pasreçu les soins médicaux nécessaires et exigent une commission d’enquête.

Des allégations ont, là encore, été vigoureusement rejetées par Jérusalem.

Ces graves attaques sont avant tout destinées à prouver à l’opinionpalestinienne que le gouvernement de Ramallah se soucie du sort de sesprisonniers. Mais elles aggravent également les tensions entre Israéliens etPalestiniens et ouvrent tout grand la voie aux violences. En formulant detelles accusations à l’encontre d’Israël, l’AP ne fait que radicaliser ses citoyenset en jette certains dans les bras du Hamas et du Djihad islamique. Et lorsqueRamallah se décidera à reprendre les pourparlers avec son voisin israélien,Abbas et ses ministres seront traités de traîtres et de collaborateurs par denombreux Palestiniens enragés.

Difficile de voir comment, dans ce contexte, le leader palestinien pourraitretourner à la table des négociations, même si Israël acceptait de geler lesconstructions dans les implantations. Car alors les Palestiniens exigeraientd’Abbas qu’il honore sa promesse de faire libérer les prisonniers.