Trouver un toit à Tel-Aviv : la loi de la jungle

Le marché locatif de la Ville blanche est ingrat pour tout le monde. En particulier pour les nouveaux immigrants.

P17 JFR 370 (photo credit: Reuters)
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Trouver unappartement correct à Tel-Aviv ressemble à chercher une aiguille dans une bottede foin : quasiment impossible et « frustrant » durant tout letemps que vous devez y consacrer.

Dans la stationcôtière, où une part importante de la population affiche moins de 35 ans,82 % des résidents âgés de 18 à 35 ans vivent dans des appartements enlocation, selon les chiffres de la municipalité. Des logements bien souventdélabrés et dont les loyers sont rarement en rapport avec les salaires.

Le marché locatifde la Ville blanche affecte tous les Israéliens, de souche ou nouveauximmigrants. Mais pour ces derniers, une faible maîtrise de l’hébreu pourcomprendre les contrats de location, l’ignorance des lois en vigueur et unmarché locatif très concurrentiel créent une situation particulièrementdifficile.

Ces dernièresannées, tous se plaignent des problèmes de logement qui ont dépassé les bornes.Au menu des récriminations : loyers exorbitants, propriétaires de taudissans scrupules, bâtiments délabrés. Conséquence, Tel-Aviv et sa régionenregistrent un manque total d’appartements décents.

« Tel-Avivest unique et beaucoup de jeunes désirent vivre ici », note Guy Seeman,fondateur de Kol Oleh (la voix du nouvel immigrant), un groupe de militantslocaux. « Et comme la demande est si forte parmi les jeunes, [lespropriétaires] investissent très peu. »

Un problème quebeaucoup qualifient de multifacette, et qui se caractérise avant tout parl’absence de réglementation du marché locatif : un marché libre, sanscontrôle du gouvernement, où les propriétaires sont en mesure de fixer les prixqu’ils veulent et ainsi d’obtenir le meilleur rendement pour des appartementsdans un état pitoyable, car ils savent qu’ils trouveront toujours deslocataires prêts à signer des baux qu’ils ne comprennent pas, et à accepter deslogements en état de vétusté totale.

Sans foi, ni loi

Guy Flysher,programmeur informatique israélien de 34 ans, originaire de Petah Tikva, a vécuun cauchemar avec sa location. Il comprend combien cela peut être difficile dene pas savoir se débrouiller dans le système du marché locatif.

Il y a 3 ans etdemi, il louait un deux-pièces de 100 m², près de la place Rabin, pour 6 500shekels par mois. « Un immigrant aurait sans doute eu plus de mal à sedépatouiller avec le propriétaire, mais quand on a affaire à quelqu’un d’aussidingue que celui-ci, qui que vous soyez, cela n’a pas beaucoupd’importance », explique Flysher en riant. Après avoir trouvé sonappartement sur Yad2, il se retrouve aux prises avec un propriétaire« toujours radin », négociant chaque réparation qui lui incombe etdemandant des comptes au centime près pour un climatiseur mort, refusant de leremplacer.

Puis, quand,exaspéré, Flysher décide de quitter l’appartement, le propriétaire cesse derépondre à ses appels et garde la caution déposée avant l’emménagement. Ilfaudra que le jeune homme engage un avocat et fasse rédiger une lettre menaçantde poursuivre le propriétaire pour obtenir enfin une réponse, et sa caution enretour. Mais pour la simple lettre et les services de l’avocat, il lui en acoûté la bagatelle de

2 500shekels. Après avoir quitté l’appartement, Flysher se lancera dansl’acquisition d’un bien plutôt que de se retrouver à nouveau à la merci d’unpropriétaire.

Parce quel’hébreu est sa langue maternelle, Flysher se rend compte que cela lui a permisde gérer la situation plus facilement.

Et il n’est pasle seul dans son cas. De nombreux locataires interrogés ont déclaré que, sansles moyens nécessaires pour engager un avocat, écrire une lettre et entamer uneprocédure juridique, ils ne pourraient pas se battre seuls pour récupérer lescautions élevées et les retenues de loyer.

Bien souvent,alors qu’ils doivent jongler avec de longues heures de travail et n’ont ni letemps, ni l’argent, ni la moindre notion du système locatif israélien, leslocataires doivent eux-mêmes s’acquitter des réparations, las de négociationsinterminables avec des propriétaires récalcitrants qui se contentent uniquementde percevoir leur loyer.

Des prix en hausseconstante

Bien que Tel-Avivait la réputation d’être une ville « qui ne dort jamais », connuepour sa foule de noctambules jeunes et dynamiques, au bout du compte tout lemonde veut pouvoir rentrer chez soi sous un toit digne de ce nom.

« Trompeurs » :c’est ainsi qu’une immigrante qualifie les loyers à Tel-Aviv. Selon elle, lepremier reproche dans la recherche de logement, ce sont « les prixabsolument horripilants par rapport à ce que l’on reçoit pour son argent ».

« C’est unevéritable catastrophe », s’exclame Guy Seeman, qui souligne que, laplupart du temps, les locataires sont obligés de signer un accord auquel ils necomprennent pas grand-chose, pressés par une loi de l’offre et de la demandesur le marché locatif à Tel-Aviv qui ne leur est pas favorable. Par exemple, denombreux habitants se sont plaints d’avoir dû signer des contrats quiautorisent les propriétaires à augmenter le loyer de 15 % l’annéesuivante.

Le coût desloyers à l’intérieur de la ville affiche donc une forte tendance à la hausse,que les locataires ne peuvent pas suivre, dans une réalité de plus en pluspressante où il devient presque impossible de vivre seul. Ainsi, parmi prèsd’une vingtaine d’olim de différents pays interrogés, beaucoup déclarentconsacrer plus de la moitié de leur salaire au loyer pour une chambre encolocation dans un appartement de plusieurs pièces, bien souvent en mauvaisétat.

Beth Herzog, quia eu affaire à divers propriétaires à Tel-Aviv, a vécu neuf ans dans unappartement de 60 m² jusqu’à ce que son propriétaire l’informe que l’espaceétait assez grand pour être divisé – illégalement – en deux appartementsdistincts, et s’empresse simultanément de doubler le loyer.

Un autrepropriétaire, ajoute-t-elle, s’arrangeait toujours pour ne « jamais venirréparer quoi que ce soit », mais se sentait « dans son bon droit pouraugmenter le loyer d’un véritable taudis ».

En dehors ducircuit

En plus desproblèmes rencontrés à l’intérieur des logements, de nombreux locatairesexpriment leur frustration vis-à-vis des questions de sécurité à l’extérieurdes bâtiments. Manque d’entretien, absence d’éclairage dans les couloirs etsquatters sans-abri sont des phénomènes courants, trop souvent négligés,auxquels ils sont confrontés.

Une locataire,qui souhaite conserver l’anonymat, s’est plainte de trouver constamment desexcréments humains devant son immeuble, que le propriétaire refusait denettoyer. Propriétaire qui a également choisi d’ignorer le problème dessquatters dans et autour du complexe.

Bien quetotalement habités, les bâtiments qui abritent les appartements mis en causepar de nombreux locataires sont dans un état de délabrement absolu. En cetteseule année, deux bâtiments insalubres du centre de Tel-Aviv se sont effondrés.« Il n’existe aucune réglementation et rien n’est fait pour inciter lespropriétaires à changer de comportement », explique Seeman, qui cite unbâtiment de Nahalat Binyamin où, plus tôt cette année, l’un des étagessupérieurs s’est effondré (heureusement, personne n’a été touché). « Il vay avoir des blessés et les bâtiments vont continuer à se dégrader. »

Alors, certes, denombreux habitants préféreraient acheter un appartement plutôt que d’avoir àtraiter avec des propriétaires sans scrupules, mais l’objectif ne semble pastrès réaliste, vu le prix moyen d’un bien de deux ou trois pièces à Tel-Aviv.

Seeman fait partde son expérience personnelle : il a passé plus de quatre mois à visiterd’innombrables logements trouvés sur les sites internet. En vain. L’état desappartements était souvent bien au-dessous de la normale. Il a donc fini parpasser par un agent et payer un mois de loyer supplémentaire pour les fraisd’agence.

Les sites Web enhébreu comme Homeless et Yad2 sont considérés comme de bons portails pourtrouver des appartements à Tel-Aviv, avec ou sans colocataires, tandis queleurs équivalents anglais sont souvent conçus pour des appartements devacances, avec une clientèle étrangère ciblée et des prix beaucoup plus élevés.

Cependant, mêmepour les hébraïsants, les appartements restent difficiles à trouver.

David Lévy est enIsraël depuis six ans. Il a vécu dans quatre appartements et habiteactuellement en sous-location. Selon lui, la plupart des bons produitsn’arrivent pratiquement jamais sur le marché. « Ils se transmettent à desamis ou des parents, ce qui les rend à peu près inaccessibles aux nouveauximmigrants, qui demeurent, dans la plupart des cas, un peu en dehors ducircuit. »

Preuves à l’appui

Parce que lalocation n’est toujours pas réglementée par l’Etat (Israël est l’un des rarespays développés à ne pas avoir de réglementation en la matière), jusqu’à trèsrécemment, il n’y avait pas ou peu de recours possible pour les résidents, endehors de conseils juridiques privés.

DaliteGold-Dryer, qui a fait son aliya avec son mari et ses quatre enfants deLiverpool en 2007, a eu sa part de batailles juridiques avec ses propriétaires.Après avoir déménagé d’un appartement qu’elle dit avoir laissé en bien meilleurétat qu’au moment d’y emménager (le tout complètement documenté avec desphotos), son propriétaire l’a poursuivie en justice. Elle a remporté le premierprocès, mais le propriétaire a fait appel, et l’affaire a fini par lui coûterplus de 15 000 shekels, en coûts de traduction, avocat et frais de justice.« Il faut absolument tout documenter », prévient Dalite. « Neperdez pas de temps en coups de téléphone inutiles, parce qu’il vous faut despreuves à l’appui quand vous avez affaire aux propriétaires. »

Seeman estime queles immigrants ne sont pas suffisamment préparés en ce qui concerne le marchélocatif lorsqu’ils arrivent en Israël. Il souhaiterait que des conseils soientdispensés avant l’aliya, pour sensibiliser les éventuels locataires.

Constatant cetteabsence d’assistance pour les olim, la municipalité de Tel-Aviv a conclu unpartenariat avec Mazeh 9. En plus d’offrir une plate-forme pour donner auxjeunes des conseils en matière d’initiative sociale et leur fournir un espacede travail, ils proposent maintenant des services juridiques pour immigrants etnatifs Israéliens, afin de les aider à se frayer un chemin dans l’univers de lalocation.

Lancé il y a unpeu plus de deux mois, Mazeh 9 met ses avocats à la disposition des jeuneslocataires, et leur apporte une aide en hébreu et en anglais. Les servicesjuridiques sont en partie subventionnés par la municipalité : les clientspeuvent consulter un avocat pour

70 shekels, et lamunicipalité complète les 130 shekels restants.

Outre une aidejuridique, Mazeh 9 dispose d’ateliers sur des sujets tels que la rénovation etla planification financière.

Un universimpitoyable

Assaf Zamir estle représentant du parti Rov Haïr qui siège au conseil municipal de la Villeblanche. Il considère Mazeh 9 comme une étape importante de la plate-forme deson parti qui s’est engagé à promouvoir les intérêts des jeunes de la ville. Enraison de la médiocrité des transports autour de Tel-Aviv, les jeunes préfèrentêtre installés intra-muros, plutôt qu’en banlieue. « Vivre loin estproblématique. C’est à Tel-Aviv que se trouvent les emplois. Son cœur est lecentre culturel et commercial d’Israël », affirme-t-il.

Zamir déplore luiaussi l’absence de réglementation en matière de logement, due à un manque detransparence et de responsabilisation, et souhaite que cela change au niveaugouvernemental.

En plus de Mazeh9, Rov Haïr a deux autres projets de logements à des prix abordables, dans uneffort appuyé pour venir en aide aux habitants de la ville blanche.

Et une Fondation,lancée il y a deux ans, a pour vocation de proposer des aides au logementpouvant atteindre 9 600 shekels par an, avec un maximum de trois étudiantspar appartement, depuis la rentrée universitaire jusqu’à l’obtention dudiplôme.

En outre, desbiens à loyer modéré ont été mis en place sur des terrains appartenant à lamunicipalité, dans le quartier Shapira au sud de Tel-Aviv. Subventionnés par lamunicipalité, les loyers mensuels se situent entre 2 900 et 3 100shekels pour un habitat moyen de 85 m².

« Nous nousefforçons de créer des services dans les limites de nos compétences et d’aiderles jeunes habitants, en particulier le secteur croissant des olim »,ajoute Assaf Zamir.

Cependant, pourles locataires, si les propriétaires ne sont pas tenus pour responsables deleurs biens et si le gouvernement ne prend pas des mesures appropriées dans cedomaine, le marché locatif demeurera en état de délabrement.

Reste à espérer,en attendant, que grâce aux programmes d’information et de sensibilisation misen place, les olim seront plus à même de trouver leurs marques dans l’universimpitoyable du marché locatif.