Un malencontreux héritage

Le statut de réfugié se transmet de génération en génération chez les Palestiniens. Une nouvelle initiative souhaite revoir ce procédé controversé.

1303JFR06 521 (photo credit: Dr)
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New York, jeudi 7 mars. Le Harvard Club de Manhattan reçoit desdignitaires et experts autour d’une conférence sur le statut de réfugiés de lapopulation palestinienne. Selon l’ambassadeur israélien à l’Onu, Ron Prosor,cette classification onusienne des Palestiniens comme réfugiés est aujourd’huile principal obstacle à un accord de paix entre Israël et l’Autoritépalestinienne.

Cette conférence constitue la première étape d’une initiative visant lacréation d’une loi américaine pour empêcher le transfert automatique du statutde réfugié aux descendants de Palestiniens.

Un transfert qui a cours depuis 1948. Le Dr Daniel Pipes, expert reconnu sur leProche-Orient, prend le premier la parole et déclare que la situation desréfugiés palestiniens est mauvaise pour tout le monde. Selon lui, l’approcheactuelle de l’UNRWA (en français : Office de secours et de travaux des Nationsunies pour les réfugiés de Palestine au Proche-Orient) crée « une culture devictimisation et pousse à l’extrémisme », pointe-il.

Le Forum du Moyen-Orient, un think tank basé à Philadelphie et dirigé parPipes, est à l’origine de la conférence, intitulée : « Changer la politiqueaméricaine sur l’UNRWA et les réfugiés de Palestine ». « Personne ne veutl’admettre et pourtant… le véritable obstacle à la solution à deux Etats, c’estle droit au retour de millions de Palestiniens réfugiés », déclare Prosor.Avant d’insister : « C’est le problème des réfugiés qui est aujourd’hui leprincipal obstacle à la paix, et non les implantations », car un retour desréfugiés « causerait la destruction d’Israël », plaide le diplomate. Il y avait700 000 réfugiés palestiniens en 1950. Ils sont aujourd’hui plus de 5,1millions, selon les chiffres officiels qui varient beaucoup en fonction deleurs sources.

Historiquement, les réfugiés qui deviennent citoyens d’un autre pays perdentleur statut de réfugiés. Or, un large pourcentage de Palestiniens vitaujourd’hui en Jordanie ou en Syrie. Syrie où ils subissent actuellement denouveaux départs forcés en raison de la guerre civile.

Beaucoup de participants à la conférence sont tombés d’accord pour dire que lerapport aux réfugiés palestiniens fait figure d’exception au sein des autrespopulations de ce genre dans le monde. Pour Prosor, leur permettre detransférer leur statut de réfugiés en héritage est malavisé de la part del’UNRWA. « Israël s’oppose résolument à l’idéologie politique de l’UNRWA, maissoutient son activité humanitaire », a continué le diplomate. Pour ensuiteajouter : « Aucune nation arabe n’apparaît sur la liste des 10 premiers mécènesde l’agence ». Ses subventions proviennent essentiellement des paysoccidentaux. Et d’accuser les pays arabes, « saturés de pétrodollars », de nepas prêter main-forte à l’institution.

Pour l’ancienne députée Avoda et Hatzmaout (Indépendance), Einat Wilf, il estimportant de casser le mythe largement répandu des réfugiés palestiniens «blottis sous des tentes ». Et de citer un diplomate européen qui lui auraitconfié : « Ne le dites à personne, mais je connais des familles bourgeoises àRamallah ».

« L’Union européenne affirme que les Palestiniens savent qu’ils ne retournerontpas en Israël », or il faudrait que l’UE commence à « leur dire », conclutl’ancienne parlementaire.

Le Dr Jonathan Schanzer, vice-président de la recherche à la Fondation dedéfense des démocraties, située à Washington, a, quant à lui, évoqué « unecrise des réfugiés fabriquée de toutes pièces ». Et s’est interrogé pour savoirsi « l’UNRWA est une institution propalestinienne », car celle-ci se bat contrela mise en place de réformes voulues par les Etats-Unis.
Un bien vaste sujet dont on peut espérer qu’il continuera d’être à l’ordre dujour dans les mois à venir.